Devenir aidant sans l’avoir choisi : naviguer cette nouvelle réalité

Mis à jour le :

Jeune adulte vivant avec la sclérose en plaques assis près d’une fenêtre, pendant qu’un proche aidant réfléchit à la table, illustrant la réalité de devenir aidant sans l’avoir choisi.

CLAUSE DE NON-RESPONSABILITÉ

Ce site est strictement un site d'informations sur la sclérose en plaques. Il ne fournit pas de conseils médicaux, de diagnostic, ni de traitements. Ce contenu n'est pas destiné à remplacer un avis médical professionnel, un diagnostic ou un traitement. Demandez toujours l'avis de votre médecin ou d'un autre fournisseur de soins de santé qualifié pour toute question que vous pourriez avoir concernant une condition médicale. Ne négligez jamais un avis médical professionnel ou ne tardez pas à le demander à cause de quelque chose que vous avez lu sur ce site Web.

Getting your Trinity Audio player ready...

Personne ne se réveille un matin en se disant « Tiens, aujourd’hui je vais devenir aidant naturel ». Ça ne fonctionne pas comme ça. Il n’y a pas de cérémonie, pas de formation obligatoire, pas de moment précis où quelqu’un vous remet un badge « aidant officiel ».

Pourtant, un jour, vous réalisez que c’est exactement ce que vous êtes devenu.

Je m’appelle Marc, j’ai 52 ans, et je suis le conjoint aidant de Diane qui vit avec la sclérose en plaques progressive depuis 8 ans. Avant ça, j’étais infirmier en soins à domicile pendant 25 ans. J’ai vu des centaines d’aidants. J’ai donné des conseils à des centaines de familles.

Et pourtant, quand c’est devenu mon tour, j’ai été surpris par à quel point c’était différent de ce que j’imaginais.

Homme dans la cinquantaine regardant par une fenêtre avec une expression pensive, illustrant la réflexion et le poids des responsabilités liées au rôle d’aidant auprès d’un jeune adulte vivant avec la sclérose en plaques.

Le jour où tout bascule (ou pas)

Pour certains, le moment est clair. Un diagnostic tombe. Un accident se produit. Une crise majeure force les choses à changer rapidement.

Pour d’autres – et c’est souvent le cas avec la SP – c’est beaucoup plus graduel. C’est une accumulation de petits changements.

Quand Diane a été diagnostiquée avec une SP progressive primaire il y a 8 ans, on s’est dit qu’on allait s’adapter. On était ensemble depuis déjà 8 ans. On était solides. On allait gérer ça ensemble.

Au début, les changements étaient subtils. Diane avait besoin d’un peu plus de temps pour s’habiller certains matins. Je l’aidais avec ses boutons de chemisier sans y penser. C’était juste un coup de main entre conjoints.

Puis il y a eu les rendez-vous médicaux. Je l’accompagnais. Je prenais des notes pendant que le neurologue parlait. Encore là, ça semblait normal. C’est ce qu’on fait quand on aime quelqu’un.

Graduellement, j’ai commencé à gérer ses médicaments. À adapter nos activités en fonction de son niveau d’énergie. À planifier nos sorties autour de l’accessibilité. À faire plus de tâches domestiques parce qu’elle n’avait plus la force.

Je ne me souviens pas du moment exact où je suis devenu « aidant ». C’est arrivé par petites touches. Comme si quelqu’un ajoutait des grains de sable sur mes épaules, un à la fois, jusqu’à ce que je réalise que je portais maintenant un sac complet.

Les différents visages de l’aidance

L’aidance, ça prend toutes sortes de formes. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, ça ne suit pas toujours les liens du sang.

Le conjoint ou la conjointe aidant·e – C’est souvent le premier à endosser ce rôle. La transition de partenaire de vie à aidant principal peut être difficile. Comment rester amoureux quand on doit aider l’autre à s’habiller? Comment préserver l’intimité quand on gère les soins personnels? C’est un défi quotidien.

Le parent aidant – Voir son enfant adulte affecté par la SP, c’est une douleur particulière. Même si votre enfant a 30, 40 ou 50 ans, vous restez parent. L’instinct de vouloir « réparer » les choses est puissant. Mais respecter l’autonomie d’un enfant adulte tout en offrant du soutien demande un équilibre délicat.

L’enfant adulte aidant – Le renversement des rôles est difficile à vivre. Vous vous occupez maintenant de la personne qui s’est occupée de vous. C’est souvent compliqué par le fait que vous avez votre propre famille, votre carrière, votre vie. La culpabilité de ne pas en faire assez est constante.

L’ami ou le voisin aidant – Moins commun, mais ça arrive. Parfois, c’est la personne qui est là, qui choisit de s’impliquer. Ces aidants sont souvent oubliés dans les programmes de soutien, mais leur contribution est tout aussi valable.

[Image suggérée : Illustration montrant différentes configurations familiales – couple, parent-enfant, ami proche – représentant la diversité des aidants]

Illustration représentant différentes configurations d’aidants — couple, parent avec jeune adulte et ami proche — montrant la diversité des personnes qui soutiennent un jeune adulte vivant avec la sclérose en plaques.

Dans mon cas, comme conjoint, j’ai dû apprendre à séparer mes deux casquettes : Marc le conjoint et Marc l’aidant. C’est plus facile à dire qu’à faire.

Les premières émotions : un mélange compliqué

Quand vous réalisez que vous êtes devenu aidant, les émotions qui arrivent sont rarement simples. Et elles sont rarement celles qu’on s’attend à ressentir.

Le déni – « Ce n’est pas si pire. On va gérer. » Au début, j’étais convaincu que ma formation d’infirmier me donnait un avantage. Je connaissais la maladie. Je comprenais les soins. Ça allait être facile pour moi. Spoiler alert : ce n’était pas facile du tout.

L’amour mélangé au devoir – Vous aidez parce que vous aimez cette personne. Mais parfois, vous vous demandez où finit l’amour et où commence l’obligation. Cette question peut être dérangeante, mais elle est légitime.

La peur – Peur de l’avenir. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de ce que la maladie va faire à la personne qu’on aime. Peur de ce qu’elle va faire à vous. Ces peurs sont normales, même si on n’en parle pas souvent.

Le soulagement d’avoir un nom – Bizarrement, il y a parfois un soulagement quand on reconnaît qu’on est aidant. Ça valide ce qu’on vit. Ça explique pourquoi on est fatigué, pourquoi notre vie a changé. Ce n’est pas juste dans notre tête.

La colère – Oui, de la colère. Contre la maladie. Contre le timing. Contre l’injustice de tout ça. Et parfois – même si c’est difficile à admettre – de la colère contre la personne malade. Ce n’est pas leur faute, mais les émotions ne sont pas toujours rationnelles.

Je me souviens d’un soir où Diane m’a demandé de l’aide pour quelque chose – je ne me rappelle même plus quoi – et j’ai ressenti une vague de frustration intense. J’étais fatigué. J’avais passé la journée à travailler. J’avais juste envie de me reposer.

J’ai aidé Diane, bien sûr. Mais après, je me suis senti horrible. Comment pouvais-je être frustré contre elle? Ce n’était pas sa faute. Elle ne choisissait pas d’avoir besoin d’aide.

Il m’a fallu du temps pour comprendre que ces deux choses pouvaient coexister : aimer Diane profondément ET être parfois frustré par la situation. L’un n’annule pas l’autre.

Ce qui change vraiment

Devenir aidant, ça change des choses concrètes dans votre vie. Personne ne vous prépare vraiment à ça.

Votre emploi du temps – Vous ne contrôlez plus vraiment votre horaire. Les rendez-vous médicaux s’accumulent. Les urgences arrivent sans prévenir. Les plans changent à la dernière minute parce que la personne aidée a une mauvaise journée.

Votre vie sociale – Les invitations deviennent compliquées. Parfois vous acceptez et devez annuler. Parfois vous refusez d’avance. Graduellement, certains amis arrêtent d’inviter. Pas par méchanceté, mais parce que vous avez dit non tellement souvent qu’ils pensent que c’est mieux de ne plus demander.

Votre carrière – Pour beaucoup d’aidants, les compromis professionnels sont inévitables. Réduire les heures. Refuser des promotions. Manquer des opportunités. Éventuellement, pour certains, quitter complètement le travail.

J’ai pris ma retraite anticipée il y a quelques années. Financièrement, ce n’était pas idéal. Mais continuer à travailler temps plein tout en étant aidant principal était devenu impossible, surtout après mon burnout.

Vos autres relations – Même les relations avec votre famille proche peuvent changer. Vos propres enfants peuvent avoir besoin de vous alors que vous êtes déjà épuisé. Vos parents vieillissants peuvent aussi avoir besoin de soutien. Vous vous retrouvez étiré dans toutes les directions.

Votre santé – Les aidants ont tendance à négliger leur propre santé. Les rendez-vous médicaux qu’on reporte. L’exercice qu’on n’a plus le temps de faire. Le stress qui s’accumule. Le sommeil qui devient rare. Tout ça a des conséquences réelles.

[Image suggérée : Calendrier surchargé avec des rendez-vous médicaux, tâches de soins, et très peu d’espace personnel]

Calendrier mural très rempli avec rendez-vous médicaux, tâches de soins et obligations quotidiennes, illustrant la charge organisationnelle d’un proche aidant d’un jeune adulte vivant avec la sclérose en plaques.

Accepter le rôle sans perdre qui vous êtes

Voici quelque chose qu’on ne dit pas assez aux nouveaux aidants : vous pouvez accepter ce rôle sans que ça devienne toute votre identité.

Oui, vous êtes maintenant aidant. Mais vous êtes aussi toujours vous.

Vous êtes toujours la personne qui aime le hockey. Qui collectionne les disques vinyles. Qui fait du bénévolat. Qui aime cuisiner. Qui joue de la guitare. Qui marche dans la nature.

Ces parties de vous n’ont pas disparu juste parce que vous êtes devenu aidant.

Une des erreurs que j’ai faites au début – et que je vois beaucoup d’aidants faire – c’est de laisser le rôle d’aidant engloutir tout le reste. Toutes mes conversations tournaient autour de la SP de Diane. Tous mes choix étaient dictés par ses besoins. J’avais arrêté mes activités personnelles.

Après mon burnout, j’ai dû réapprendre à être Marc, pas juste « l’aidant de Diane ».

J’ai recommencé à marcher régulièrement, même si c’était juste 20 minutes. J’ai gardé contact avec mes amis, même si c’était juste par téléphone. J’ai repris quelques projets de menuiserie que j’avais abandonnés.

Ces choses ne rendent pas la SP de Diane moins importante. Elles me permettent juste de continuer à être là pour elle à long terme.

Les questions qu’on se pose (et c’est normal)

Si vous venez de réaliser que vous êtes devenu aidant, vous vous posez probablement beaucoup de questions. En voici quelques-unes que j’entends souvent, et que je me suis posées moi-même.

« Est-ce que j’ai le droit de trouver ça difficile? »
Oui. Aimer quelqu’un et trouver la situation difficile ne sont pas incompatibles.

« Est-ce que je vais toujours me sentir aussi dépassé? »
Avec le temps et les bons soutiens, ça devient plus gérable. Mais oui, il y aura toujours des moments difficiles.

« Est-ce que c’est égoïste de vouloir du temps pour moi? »
Non. C’est nécessaire. Un aidant épuisé ne peut pas bien aider.

« Comment je vais tenir le coup? »
Un jour à la fois. Avec du soutien. En acceptant de l’aide. En étant réaliste sur vos limites.

« Est-ce que j’ai le droit de dire non parfois? »
Absolument. Même aux demandes de la personne que vous aidez.

Mes conseils pour les nouveaux aidants

Après 8 ans d’aidance, dont 25 ans à observer d’autres aidants dans mon travail d’infirmier, voici ce que j’aurais voulu qu’on me dise au début.

Informez-vous, mais pas trop – Comprendre la maladie est utile. Mais tomber dans le piège de googler tous les pires scénarios à 2h du matin ne l’est pas. Trouvez des sources fiables et arrêtez-vous là.

Construisez votre équipe maintenant – N’attendez pas d’être épuisé pour chercher du soutien. Identifiez les ressources disponibles dès le début. Consultez notre guide complet des ressources pour aidants au Québec [ARTICLE À CRÉER].

Parlez-en – À des amis. À un psychologue. À d’autres aidants. L’isolement est un des plus grands dangers de l’aidance.

Fixez des limites dès maintenant – C’est plus facile d’établir des limites au début que d’essayer d’en mettre en place après des années à tout accepter.

Gardez au moins une activité rien qu’à vous – Une promenade hebdomadaire. Un cours. Un hobby. Quelque chose qui est juste pour vous et qui n’a rien à voir avec l’aidance.

N’abandonnez pas votre emploi trop vite – Je sais que c’est tentant quand c’est compliqué. Mais la stabilité financière et l’identité professionnelle sont importantes. Explorez d’abord les options de réduction d’heures ou d’aménagements. Plus de détails sur comment concilier travail et aidance [ARTICLE À CRÉER].

Acceptez que vous ne serez pas parfait – Vous allez faire des erreurs. Vous allez perdre patience. Vous allez avoir besoin de pauses. Tout ça est normal.

La réalité : c’est un marathon, pas un sprint

La SP progressive, c’est une maladie à long terme. L’aidance qui vient avec est aussi à long terme.

Ce n’est pas une situation temporaire où si vous donnez tout maintenant, ça va se régler rapidement. C’est une nouvelle réalité qui va durer des années, peut-être des décennies.

Ça veut dire que vous devez penser durabilité, pas héroïsme.

Les aidants qui s’épuisent rapidement sont souvent ceux qui essaient d’être des superhéros. Ils refusent toute aide. Ils font tout eux-mêmes. Ils ne prennent jamais de pause. Ils pensent que c’est ce qu’un « bon » aidant doit faire.

Mais un aidant qui s’effondre après deux ans n’aide personne.

Un aidant qui établit un système durable, qui accepte de l’aide, qui prend soin de lui, qui respecte ses limites – cet aidant-là peut être là pour le long terme.

[Image suggérée : Coureur de marathon plutôt que sprinter, symbolisant l’approche à long terme]

Coureur avançant à rythme constant sur une longue route dégagée, illustrant l’approche à long terme nécessaire au rôle de proche aidant auprès d’un jeune adulte vivant avec la sclérose en plaques.

L’acceptation n’est pas linéaire

Accepter qu’on est devenu aidant n’est pas quelque chose qui arrive une fois et c’est fait. C’est un processus continu.

Il y aura des jours où vous vous sentirez en paix avec la situation. D’autres où vous serez en colère contre le monde entier. Des journées où vous aurez l’impression de bien gérer. D’autres où vous vous demanderez comment vous allez tenir encore un jour.

Tout ça est normal.

Huit ans plus tard, j’ai encore des moments où je réalise quelque chose de nouveau que l’aidance a changé dans ma vie. J’ai encore des jours difficiles. Mais j’ai aussi développé des stratégies, construit un réseau de soutien, et appris à me connaître d’une façon que je n’aurais jamais imaginée.

Un dernier mot

Si vous lisez ceci parce que vous venez de réaliser que vous êtes devenu aidant, je veux que vous sachiez quelque chose : vous n’êtes pas seul.

Des milliers de personnes au Québec vivent exactement ce que vous vivez. Nous formons une communauté invisible, mais bien réelle.

Il y aura des moments très difficiles. Il y aura aussi des moments de connexion profonde avec la personne que vous aidez. Des moments où vous découvrirez que vous êtes plus fort que vous le pensiez. Des moments de gratitude pour la relation que vous avez.

Mais surtout, rappelez-vous ceci : être aidant est important, mais ce n’est pas toute votre valeur en tant que personne. Vous méritez du soutien. Vous méritez des pauses. Vous méritez de prendre soin de vous.

Bienvenue dans cette nouvelle réalité. Elle n’est pas celle que vous aviez choisie, mais vous pouvez apprendre à la naviguer d’une façon qui respecte à la fois la personne que vous aidez et vous-même.

NOTE IMPORTANTE

Les expériences partagées dans cet article reflètent mon parcours personnel comme aidant. Chaque situation est unique.

Pour des conseils personnalisés, consultez les ressources d’aide aux aidants de votre région ou parlez à votre médecin.

NOTE DE MARC

Si tout ce que j’ai écrit vous semble décourageant, ce n’est pas mon intention. Je veux juste être honnête.

L’aidance est difficile, mais elle n’est pas impossible. Avec les bons outils, le bon soutien, et la bonne approche, vous pouvez le faire sans vous y perdre complètement.

Dans les prochains articles, je vais partager des stratégies concrètes pour gérer les différents aspects de l’aidance. Des choses qui fonctionnent vraiment, pas juste des platitudes.

En attendant, soyez patient avec vous-même. Vous apprenez à faire quelque chose pour lequel personne ne vous a préparé.

C’est correct de ne pas tout savoir. C’est correct d’avoir besoin d’aide.

Pour aller plus loin : Ressources professionnelles

Ressources pour les nouveaux aidants au Québec

Lecture recommandée :