Soulagement et colère: mes émotions contradictoires face à la SP

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Jeune adulte assise sur un canapé, regard pensif tourné vers le côté, expression calme mais réfléchie, dans un intérieur lumineux et sobre.

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La montagne russe émotionnelle

Le matin, tu te réveilles. Tu descends à la cuisine. Tu regardes ta mère.

Si elle marche bien, si elle sourit, si elle semble avoir de l’énergie, tu respires. Tu te sens léger. Soulagé.

Si elle a de la difficulté à marcher, si elle semble épuisée, si tu vois la douleur dans ses yeux, quelque chose monte en toi. Quelque chose qui ressemble à de la colère. Ou de la frustration. Ou les deux.

Et immédiatement après, tu te sens horrible. Quel genre de personne ressent de la colère parce que sa mère souffre?

Laisse-moi te dire un secret

C’est normal. Complètement, totalement, absolument normal.

Ces émotions contradictoires? Tous les jeunes dans ta situation les vivent. Tous.

Tu n’es pas un monstre. Tu n’es pas égoïste. Tu n’es pas une mauvaise personne.

Tu es un être humain qui vit une situation vraiment difficile. Et les êtres humains ont des émotions compliquées.

Ce qui se passe vraiment dans ta tête

Décortiquons ces émotions pour les comprendre.

Le soulagement des bonnes journées

Quand ta mère a une bonne journée, ce que tu ressens vraiment, c’est:

  • « Aujourd’hui, je n’ai pas à m’inquiéter autant »
  • « Peut-être qu’elle va rester stable »
  • « On va pouvoir avoir une journée normale »
  • « Je peux respirer un peu »

C’est pas du soulagement qu’elle soit malade. C’est du soulagement de voir qu’aujourd’hui, elle souffre moins.

Mère et jeune adulte rient ensemble dans une cuisine, partageant un moment de légèreté et de complicité.

La colère des mauvaises journées

Quand ta mère a une mauvaise journée, ce qui monte en toi, ce n’est pas vraiment de la colère contre elle. C’est de la colère contre:

  • La maladie qui lui fait ça
  • L’injustice de la situation
  • L’impuissance que tu ressens
  • L’imprévisibilité qui te vole ta stabilité
  • La peur de ce que ça signifie pour l’avenir

Tu n’es pas fâché contre ta mère. Tu es fâché contre la sclérose en plaques. C’est très différent.

Mon histoire embarrassante

J’avais 15 ans. Ma mère avait planifié venir à mon spectacle de danse. J’étais tellement excitée.

Le matin du spectacle, je suis descendue. Ma mère était encore en pyjama à 10h. Mauvais signe.

« Léa, je suis tellement désolée. Je me sens pas bien aujourd’hui. Je pense pas pouvoir y aller. »

Tu sais ce que j’ai ressenti? Une rage. Une rage tellement intense que j’ai dû sortir de la maison.

Je me suis assise dehors et j’ai pleuré de colère. Contre ma mère. Contre la SP. Contre l’univers.

Puis je me suis sentie tellement coupable que j’ai vomi.

Ma mère était malade. Elle souffrait. Et moi, je lui en voulais? Quel genre de fille horrible j’étais?

Ce que j’aurais aimé comprendre à l’époque

Ma colère était légitime. Ma déception était légitime. Ma frustration était légitime.

J’avais le droit d’être fâchée que ma mère manque mon spectacle. Même si ce n’était pas sa faute.

Les deux peuvent coexister: comprendre que ce n’est pas sa faute ET être quand même fâchée que ça arrive.

Balance avec deux plateaux parfaitement équilibrés, symbolisant la coexistence et l’équilibre de différentes émotions.

C’est ce que personne m’avait dit. Que je pouvais avoir de la compassion pour ma mère ET de la colère pour la situation en même temps.

L’imprévisibilité qui te rend fou

Tu sais ce qui rend ces émotions encore plus intenses? L’imprévisibilité de la sclérose en plaques.

Tu peux pas planifier. Tu sais jamais comment ta mère va être demain. Ou dans deux heures.

Ça crée une anxiété constante. Tu vis sur le qui-vive. Toujours en train d’évaluer: « Est-ce une bonne journée ou une mauvaise journée? »

Et quand c’est une mauvaise journée? Toute l’anxiété que tu contenais explose. Souvent sous forme de colère.

Calendrier affichant plusieurs dates marquées de points d’interrogation, symbolisant l’incertitude et l’imprévisibilité.

C’est normal. C’est humain. C’est pas quelque chose que tu peux contrôler complètement.

Les autres émotions contradictoires

La colère et le soulagement, c’est juste la pointe de l’iceberg. Il y a probablement d’autres émotions contradictoires qui te torturent:

Amour et ressentiment

Tu aimes ta mère profondément. Mais tu lui en veux aussi parfois de t’imposer cette vie.

Les deux sont vrais. Les deux peuvent exister en même temps.

Compassion et impatience

Tu comprends qu’elle souffre. Mais des fois, tu es juste tellement fatigué d’en tenir compte tout le temps.

Conférence 1: Le microbiote
Adolescent aidant son parent à marcher, montrant une expression mêlant tendresse, responsabilité et fatigue dans un moment du quotidien.

Espoir et désespoir

Certains jours, tu crois qu’elle va se stabiliser. D’autres jours, tu as peur qu’elle se dégrade rapidement.

Culpabilité et besoin de liberté

Tu te sens coupable de vouloir ta vie à toi. Mais tu en as aussi tellement besoin.

Toutes ces émotions contradictoires? Elles sont toutes valides.

Ce que la colère te dit vraiment

Ta colère, c’est souvent un messager. Elle te dit quelque chose d’important.

Peut-être qu’elle te dit:

  • « J’ai peur »
  • « Je me sens impuissant »
  • « J’en ai assez de cette situation »
  • « Je veux une vie normale »
  • « Je suis fatigué de m’adapter tout le temps »
Iceberg montrant une petite partie visible au-dessus de l’eau et une grande partie immergée, symbolisant les émotions apparentes et celles cachées comme la peur, la tristesse et l’épuisement.

La colère, c’est souvent plus facile à ressentir que la tristesse ou la peur. C’est une émotion qui te donne l’impression d’avoir du pouvoir, même si tu en as pas vraiment.

Alors ton cerveau choisit la colère. Mais en dessous, il y a souvent autre chose.

Qu’est-ce que tu fais avec ces émotions?

D’abord, arrête de te battre contre elles. Arrête de te dire que tu ne devrais pas les ressentir.

Tu as le droit de ressentir ce que tu ressens.

Ensuite, trouve des façons saines de les exprimer.

Nomme-les

« Je suis fâché en ce moment. Et c’est correct. »

« Je ressens du soulagement, et ça ne veut pas dire que je veux que ma mère soit malade. »

Adolescent assis à un bureau en train d’écrire dans un journal, concentré et pensif, illustrant un moment d’introspection calme.

Juste nommer l’émotion lui enlève déjà un peu de pouvoir.

Exprimer la colère sainement

La colère a besoin de sortir. Mais pas sur ta mère. Pas sur ton père. Pas sur toi-même.

Trouve des exutoires:

  • Faire du sport intense
  • Crier dans un oreiller
  • Écrire rageusement dans un journal
  • Écouter de la musique forte
  • Frapper dans un sac de boxe

Parle à quelqu’un qui comprend

Un autre jeune qui vit la même chose. Un intervenant. Un groupe de soutien.

Deux adolescents assis sur un banc de parc discutent calmement, montrant une relation de confiance et d’écoute dans un cadre extérieur apaisant.

Ces gens-là vont pas te juger. Ils vont comprendre parce qu’ils ont ressenti exactement la même chose.

Ce que tu ne dois PAS faire

Voici ce qui aide pas:

Garder tout en dedans

Si tu refoules ces émotions, elles vont sortir de façon explosive. Ou elles vont t’empoisonner de l’intérieur.

Te punir pour ce que tu ressens

Te traiter de mauvaise personne, te priver de choses que tu aimes, t’isoler… ça aide pas. Ça empire tout.

Exploser sur ta mère

Dans un moment de frustration intense, tu pourrais être tenté de crier sur ta mère. « C’est de ta faute si je peux jamais rien planifier! »

Porte de chambre fermée brusquement, suggérant un conflit non résolu et une rupture de communication.

Tu vas le regretter immédiatement. Et la culpabilité qui va suivre va être pire que tout.

Si tu sens que tu vas exploser, sors de la pièce. Prends l’air. Calme-toi d’abord.

Séparer ta mère de la maladie

Voici quelque chose qui m’a vraiment aidée avec le temps:

Ta mère ≠ La sclérose en plaques

Ta mère, c’est la personne qui t’aime, qui fait de son mieux, qui souffre aussi de cette situation.

La SP, c’est l’ennemi. C’est la chose qui cause le problème.

Deux cercles distincts et séparés, l’un représentant « maman », l’autre « SP », illustrant la dissociation entre la personne et la maladie.

Quand tu es fâché, essaie de diriger cette colère vers la SP, pas vers ta mère.

Oui, c’est difficile. Oui, des fois la ligne est floue. Mais avec la pratique, ça devient plus facile.

NeuroÉquilibre

Quand le soulagement devient de l’espoir

Voici quelque chose de bizarre qui arrive parfois:

Les bonnes journées de ta mère te donnent de l’espoir. « Peut-être qu’elle va mieux! Peut-être que la maladie régresse! »

Puis les mauvaises journées te frappent encore plus fort parce que tu avais osé espérer.

Montagnes russes avec des montées et des descentes marquées, symbolisant les hauts et les bas émotionnels.

C’est épuisant. C’est douloureux.

Essaie de trouver un équilibre: apprécier les bonnes journées sans te convaincre que tout est réglé. Survivre aux mauvaises journées sans perdre tout espoir.

C’est pas facile. Mais c’est possible.

La vérité sur la culpabilité

La culpabilité que tu ressens après avoir été en colère? Elle vient de l’amour.

Si tu aimais pas ta mère, tu te sentirais pas coupable. Tu t’en ficherais.

Alors oui, la culpabilité, c’est inconfortable. Mais c’est aussi la preuve que tu es quelqu’un de bien.

Tu peux ressentir de la colère ET aimer profondément ta mère. Les deux coexistent.

Ce que j’ai appris avec le temps

Aujourd’hui, à 28 ans, je comprends que mes émotions d’adolescente étaient toutes valides.

J’avais le droit d’être soulagée les bonnes journées. J’avais le droit d’être fâchée les mauvaises journées.

Ces émotions ne faisaient pas de moi une mauvaise personne. Elles faisaient de moi un être humain qui vivait une situation difficile.

Et tu sais quoi? Ma mère le savait. Elle comprenait. Même quand je pensais être tellement subtile avec mes émotions.

Mère et fille adulte se regardant avec complicité et compréhension, partageant un moment calme et sincère.

Les parents savent plus qu’on pense. Et la plupart du temps, ils comprennent plus qu’on leur donne crédit.

Permission de ressentir

Je te donne la permission de:

  • Être soulagé quand ta mère va bien
  • Être fâché quand elle va mal
  • Ressentir les deux le même jour
  • Avoir des émotions contradictoires qui n’ont aucun sens
  • Ne pas être parfaitement compassionné 24/7

Tu n’es pas un saint. Tu es un adolescent qui vit quelque chose de vraiment difficile.

Tes émotions sont normales. Toutes. Même celles qui te font honte.

NOTE IMPORTANTE

Si tes émotions deviennent tellement intenses qu’elles affectent ta vie quotidienne (école, amitiés, sommeil, alimentation), c’est important d’en parler à un professionnel. Les émotions fortes sont normales, mais elles ne devraient pas te paralyser complètement.

NOTE DE LÉA

Cet article, c’est celui que j’aurais voulu lire à 15 ans quand je pleurais dans ma chambre, honteuse de mes propres émotions.

Aujourd’hui je travaille avec des jeunes qui vivent exactement ce que tu vis. Et quand ils m’avouent, en chuchotant, qu’ils sont parfois fâchés contre leur parent malade, tu sais ce que je leur dis?

« Moi aussi, je l’étais. Et c’était correct. »

Tu devrais voir le soulagement sur leur visage. Juste le fait de savoir qu’ils sont pas seuls, qu’ils sont pas des monstres, ça change tout.

Alors je te le dis à toi aussi: tes émotions sont normales. Tu n’es pas seul. Et tu n’es certainement pas une mauvaise personne.

Pour aller plus loin : Ressources professionnelles

Au Québec:

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  • Tu peux parler de ces émotions difficiles 24/7

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  • Texto: Texte PARLER au 686868
  • Site web: jeunessejecoute.ca
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Société canadienne de la sclérose en plaques – Division du Québec

Ordre des psychologues du Québec

  • Site web: ordrepsy.qc.ca
  • Pour trouver du soutien professionnel dans ta région

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