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Oui. C’est correct.
Voilà, je l’ai dit. Et je vais le redire parce que c’est important: oui, c’est totalement correct de parfois souhaiter que ton parent soit « comme les autres ».
Je sais que c’est une pensée qui fait mal. Je sais que tu te sens probablement coupable juste en la lisant.

Sommaire
La culpabilité que personne ne nomme
Quand j’avais 14 ans, je me souviens d’être assise dans la cafétéria de mon école. Mes amies se plaignaient de leurs mères.
« Ma mère capote parce que j’ai eu 78% en maths! » « La mienne fouille dans mon cell! » « La mienne m’oblige à porter des jeans tellement laids! »
Et moi? Je souriais. Mais dans ma tête, je pensais: « J’aimerais tellement ça que ma mère puisse venir me chercher à l’école sans sa canne. »

Ce que tu souhaites vraiment
Quand tu souhaites que ton parent soit « normal », tu ne souhaites pas qu’il soit quelqu’un d’autre. Tu ne l’aimes pas moins.
Ce que tu souhaites vraiment, c’est:
- Pouvoir vivre les mêmes préoccupations que tes amis
- Ne pas avoir à t’inquiéter tout le temps
- Avoir le droit d’être juste un ado, pas un aidant
- Pouvoir te plaindre de trucs normaux de parents normaux
C’est pas égoïste. C’est humain.
« Mais ma mère souffre vraiment, elle »
Je devine ce que tu penses en lisant ça. « Oui, mais MOI au moins je suis en santé. C’est elle qui vit avec la SP, pas moi. J’ai pas le droit de me plaindre. »
Arrête.
Ton parent vit avec la sclérose en plaques. C’est vrai. C’est difficile pour lui ou elle. Personne ne dit le contraire.
Mais toi, tu vis avec un parent qui a la SP. Et ça aussi, c’est difficile.

Vous ne vivez pas la même chose, mais vous vivez tous les deux quelque chose de dur. Sa douleur n’annule pas la tienne. Ses défis ne rendent pas tes émotions moins valides.
Ce que j’aurais aimé qu’on me dise
Quand j’étais ado, j’aurais tellement aimé que quelqu’un me dise: « Léa, c’est correct d’être fâchée que ta mère ait annulé encore une fois. C’est correct de vouloir une vie normale. Ça veut pas dire que tu l’aimes moins. »
Personne ne me l’a dit. Alors je le dis à toi maintenant.
Tu peux aimer ton parent de tout ton cœur ET trouver ça injuste de vivre cette situation. Les deux peuvent coexister. Tu peux être reconnaissant pour les bonnes journées ET en vouloir aux mauvaises journées.
Les pensées « interdites » sont normales
Tu sais quoi? Parfois, j’ai pensé: « Pourquoi c’est MA mère qui a la SP? Pourquoi pas la mère de quelqu’un d’autre? »
Horrible, non? Sauf que non. C’est pas horrible. C’est une pensée que tous les jeunes dans ta situation ont eue à un moment ou un autre.

Ces pensées ne font pas de toi une mauvaise personne. Elles font de toi quelqu’un qui vit une situation vraiment difficile et qui a le droit d’avoir des émotions par rapport à ça.
Ça veut pas dire que tu aimes moins ton parent
Écoute-moi bien: avoir ces pensées ne change absolument rien à l’amour que tu portes à ton parent.
Tu peux souhaiter que les choses soient différentes ET être là pour ton parent. Tu peux être fâché contre la situation ET aider quand c’est nécessaire. Tu peux vouloir une vie « normale » ET créer de beaux moments avec ta famille telle qu’elle est.
La culpabilité que tu ressens? C’est justement la preuve que tu aimes ton parent. Si tu t’en fichais, tu ne te sentirais pas coupable.
Qu’est-ce que tu fais avec ces pensées?
D’abord, arrête de te taper dessus mentalement chaque fois qu’elles apparaissent. Elles vont venir. C’est normal. Ça fait partie du processus.
Ensuite, trouve quelqu’un à qui en parler. Un autre jeune qui vit la même chose, un intervenant, un prof en qui tu as confiance. Ou écris-le dans un journal que personne ne lira jamais.

Ces pensées perdent de leur pouvoir quand tu les sors de ta tête. Quand tu les gardes en dedans, elles grossissent et la culpabilité t’étouffe.
La vérité pas facile
Voici ce que personne ne te dit: tu vas probablement avoir ces pensées pour le reste de ta vie. Pas tout le temps. Pas intensément. Mais elles vont revenir à l’occasion.
Et tu sais quoi? Ça va être correct.
Avec le temps, tu vas apprendre à les accueillir sans culpabilité. Tu vas comprendre qu’elles font partie de ton expérience. Tu vas même peut-être pouvoir en rire un peu.
Un dernier mot
Si tu retiens juste une chose de cet article, que ce soit celle-ci: tes émotions sont valides. Toutes. Même celles qui te font honte.
Tu n’es pas obligé d’être un saint. Tu n’es pas obligé d’être reconnaissant 24/7. Tu n’es pas obligé de toujours être compréhensif.
Tu as le droit d’être humain. Et parfois, être humain, ça veut dire souhaiter que les choses soient différentes.

NOTE IMPORTANTE
Cet article parle d’émotions difficiles liées à la vie avec un parent qui a la sclérose en plaques. Si tu vis beaucoup de détresse, de colère ou de tristesse qui t’empêche de fonctionner au quotidien, c’est important d’en parler à un professionnel. Ce n’est pas un signe de faiblesse, c’est un signe de force.
NOTE DE LÉA
Cet article, je l’ai écrit en pensant à la Léa de 14 ans qui se sentait tellement seule avec ces pensées-là. J’aurais tellement aimé savoir que j’étais pas la seule à les avoir.
Aujourd’hui, dans mon travail, je rencontre plein de jeunes comme toi. Et tu sais quoi? Ils me disent tous, un jour ou l’autre, exactement ce que tu penses en silence.
Tu n’es pas seul. Et tu n’es pas une mauvaise personne.
Pour aller plus loin : Ressources professionnelles
Au Québec:
Société canadienne de la sclérose en plaques – Division du Québec
- Ligne info-SP: 1-800-268-7582
- Site web: scleroseenplaques.ca/quebec
- Offre des groupes de soutien pour les proches, incluant parfois des rencontres spécifiques pour les jeunes
Tel-jeunes
- Téléphone: 1-800-263-2266
- Texto: 514-600-1002
- Site web: teljeunes.com
- Service gratuit et confidentiel, disponible 24/7
Jeunesse, J’écoute
- Téléphone: 1-800-668-6868
- Texto: Texte PARLER au 686868
- Site web: jeunessejecoute.ca
- Soutien professionnel gratuit pour tous les jeunes au Canada
