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La question qui te ronge
Tu as 17 ans. Tu regardes les programmes de cégep. Il y en a un qui t’intéresse vraiment à Montréal. Ou à Québec. Ou à Sherbrooke.
Mais toi, tu habites à Rimouski. Ou à Chicoutimi. Ou dans un petit village près de Trois-Rivières.
Partir signifierait laisser ton parent qui a la sclérose en plaques. Ton parent qui compte sur toi pour l’aider. Qui a besoin de toi.

Sommaire
Ma réponse directe
Non. Tu n’es pas égoïste.
Je vais le répéter parce que je sais que tu vas avoir besoin de le relire plusieurs fois: tu n’es pas égoïste de vouloir poursuivre tes études ailleurs.

Même si ton parent a besoin d’aide. Même si la situation est difficile. Même si tu te sens coupable juste à y penser.
Tu as le droit de choisir ton avenir.
Ce que personne ne te dit
Voici quelque chose que les adultes autour de toi ne disent probablement pas assez clairement:
Ce n’est pas ton rôle de mettre ta vie en pause pour prendre soin de ton parent.
Je sais. Ça sonne dur. Ça sonne même un peu cruel.
Mais c’est la vérité.
Aider ton parent? Oui, c’est bien. C’est normal. C’est important.
Sacrifier tes rêves, tes ambitions, ton développement personnel? Non. Ce n’est pas ce qu’on devrait attendre de toi.
Mon histoire (la vraie)
J’avais 18 ans. J’avais été acceptée en travail social à l’Université de Montréal. Un programme que je voulais tellement.

Mais on habitait à Drummondville. Ma mère avait de plus en plus de difficulté à se déplacer. Mon père travaillait beaucoup.
J’ai failli refuser l’admission. J’ai même regardé les programmes à l’Université de Sherbrooke pour pouvoir revenir à la maison les fins de semaine.
Tu sais ce qui m’a fait changer d’idée? Ma mère.
Elle m’a dit: « Léa, si tu refuses cette opportunité à cause de moi, je vais me sentir coupable pour le reste de ma vie. Et tu vas finir par m’en vouloir. Les deux vont ruiner notre relation. »
Elle avait raison.
La culpabilité qui t’empêche de dormir
Je parie que tu as déjà eu ces pensées-là, tard le soir:
- « Comment je peux penser à partir alors qu’elle a besoin de moi? »
- « Qu’est-ce qui va arriver si elle fait une poussée et que je suis pas là? »
- « Mon père va être tout seul pour s’occuper d’elle. »
- « Je suis une mauvaise fille/un mauvais fils. »
J’ai eu exactement les mêmes pensées. Exactement.

Et tu sais quoi? Ces pensées viennent de l’amour que tu portes à ton parent. Mais elles ne devraient pas dicter les choix qui vont affecter les 60 prochaines années de ta vie.
Les « mais » que tu me lances probablement
« Mais elle a vraiment besoin d’aide au quotidien! »
Oui. Et c’est là que les adultes doivent trouver des solutions. Aide à domicile, réorganisation des tâches, implication d’autres membres de la famille, services communautaires.
Ce n’est pas ton rôle de 17-18 ans d’être la solution permanente.
« Mais mon autre parent ne peut pas tout faire seul! »
Tu as raison. Mais ton autre parent est un adulte. C’est à lui de trouver du soutien, pas à toi de sacrifier ton avenir pour combler ce manque.
Dur à entendre? Oui. Mais vrai quand même.
« Mais qu’est-ce que les gens vont penser? »
Honnêtement? Les gens qui vont te juger de poursuivre tes études, ce sont pas des gens dont l’opinion compte.

Les gens qui t’aiment vraiment vont comprendre. Les gens qui ont de la sagesse vont t’encourager. Le reste? Du bruit.
Ce que ton parent veut vraiment (probablement)
Je travaille avec des familles tous les jours. Tu sais ce que les parents atteints de SP me disent le plus souvent?
« Je veux pas que ma maladie gâche la vie de mes enfants. »
La plupart des parents, même ceux qui ont vraiment besoin d’aide, ne veulent pas que leurs enfants restent à la maison par obligation.
Ils veulent que tu vives ta vie. Même si ça veut dire partir. Même si c’est difficile pour eux.
Ton parent t’aime. Et quand on aime quelqu’un, on veut son bonheur. Même quand ça implique de la distance physique.
Partir ne veut pas dire abandonner
Voici ce qui est important à comprendre:
Partir au cégep dans une autre ville ≠ Abandonner ton parent

Tu peux partir ET rester impliqué. Tu peux partir ET revenir les fins de semaine (certaines, pas toutes). Tu peux partir ET appeler régulièrement.
La distance physique ne signifie pas la distance émotionnelle.
En fait, parfois, un peu de distance améliore la relation. Tu reviens en visite parce que tu veux, pas parce que tu dois. Ça change tout.
Les solutions pratiques existent
Si la culpabilité vient vraiment de préoccupations pratiques, voici des pistes:
Avant de partir:
- Aide à mettre en place des services d’aide à domicile
- Trouve des ressources communautaires pour ton parent
- Organise un réseau de soutien (famille élargie, voisins, amis)
- Établis un plan avec ton autre parent
Une fois parti:
- Appels réguliers (mais pas 5 fois par jour non plus)
- Retours à la maison selon TES capacités et TON budget
- Aide à distance pour certaines tâches (commandes en ligne, recherche d’info, etc.)

Tu vois? Tu peux contribuer sans être physiquement présent 24/7.
Ce qui va arriver si tu restes par culpabilité
Je vais être honnête avec toi. Si tu choisis de rester uniquement par culpabilité, voici ce qui risque de se passer:
Année 1: Tu te dis que c’est juste pour un an. Tu vas t’ajuster.
Année 2: Tu commences à ressentir du ressentiment. Tu vois tes amis vivre leur vie ailleurs pendant que toi, tu es coincé.
Année 3-4-5: Le ressentiment se transforme en amertume. Tu en veux à ton parent, même si ce n’est pas sa faute. Ta relation se détériore.
Plus tard: Tu regardes en arrière et tu regrettes. Tu te demandes qui tu serais devenu si tu avais fait ce choix différent.
Je ne dis pas ça pour être méchante. Je le dis parce que j’ai vu ce pattern tellement souvent dans mon travail.
La vraie générosité
Tu sais ce qui est vraiment généreux? Vraiment mature?

C’est de partir vivre ta vie TOUT EN gardant un lien authentique avec ton parent. C’est de réussir tes études pour devenir autonome financièrement, pour ne pas devenir un poids pour ta famille plus tard.
C’est de créer ta propre vie pour pouvoir mieux soutenir ton parent à long terme, quand tu auras vraiment les ressources pour le faire.
Rester par obligation maintenant, ça aide personne à long terme. Ni toi, ni ton parent.
Comment avoir la conversation
Si tu décides de partir, tu vas devoir en parler avec ton parent. Voici comment j’aborderais ça:
« Maman/Papa, j’ai été accepté à [nom du cégep/programme]. Je sais que la situation est pas facile ici, mais c’est vraiment important pour moi de saisir cette opportunité. J’aimerais qu’on trouve des solutions ensemble pour que tu continues d’avoir le soutien dont tu as besoin, même si je suis pas là tous les jours. »
Honnête. Direct. Mais avec empathie.

Donne à ton parent la chance de te surprendre. Peut-être qu’il va te dire exactement ce que tu avais besoin d’entendre.
Si ton parent réagit mal
Des fois, par peur ou par habitude, un parent va essayer de te faire sentir coupable de partir.
« Comment tu peux me laisser toute seule? » « Tu penses juste à toi. » « J’ai tellement besoin de toi ici. »
C’est tough. C’est émotivement manipulateur, même si c’est pas intentionnel.
Si ça arrive, tiens ton bout. Avec amour, mais tiens ton bout.
« Je t’aime. Je veux ton bien-être. Mais je dois aussi penser à mon avenir. On va trouver des solutions, mais je vais accepter cette admission. »
Mon souhait pour toi
J’aimerais tellement que tu ne portes pas ce poids sur tes épaules.
J’aimerais que tu puisses choisir ton cégep en fonction de TES intérêts, de TES forces, de TES rêves. Pas en fonction de la distance entre le cégep et la maison.

La sclérose en plaques affecte déjà tellement d’aspects de ta vie. Ne la laisse pas dicter ton parcours scolaire aussi.
La vérité que j’aurais voulu entendre à 18 ans
Tu n’es pas responsable du bonheur de ton parent.
Tu n’es pas responsable de sa maladie.
Tu n’es pas responsable de compenser pour ce que la SP lui a enlevé.
Tu es responsable de devenir la meilleure version de toi-même. C’est ça, ton job. Le reste, c’est aux adultes de le gérer.
Permission de partir
Si personne d’autre ne te le dit, je te le dis moi:
Tu as ma permission de partir.
Tu as ma permission de choisir le programme qui t’allume, même s’il est à 300 km de chez toi.
Tu as ma permission de vivre ta vie de jeune adulte.
Tu as ma permission de ne pas être le soignant principal de ton parent.

Cette permission, elle vaut ce qu’elle vaut venant d’une inconnue sur internet. Mais parfois, on a besoin de l’entendre de quelqu’un qui comprend vraiment.
Alors voilà. Tu as ma permission.
NOTE IMPORTANTE
Si la situation à la maison est vraiment préoccupante ou si tu te sens piégé dans un rôle de proche aidant qui dépasse tes capacités, contacte les ressources ci-dessous. Il existe de l’aide pour les jeunes proches aidants, et personne ne devrait porter ce fardeau seul.
NOTE DE LÉA
Je suis partie à Montréal pour mes études. Ça a été une des meilleures décisions de ma vie.
Oui, j’ai eu des moments de culpabilité. Oui, il y a eu des urgences où j’aurais aimé être plus proche. Oui, c’était difficile certains soirs de savoir que ma mère vivait une mauvaise journée et que j’étais à 100 km.
Mais tu sais quoi? Ma relation avec ma mère est meilleure aujourd’hui parce que j’ai fait ce choix. Je suis devenue travailleuse sociale grâce à ce choix. Je peux maintenant vraiment aider ma mère (et plein d’autres familles) grâce à ce choix.
Si j’étais restée à Drummondville par culpabilité, je serais probablement amère aujourd’hui. Notre relation en aurait souffert. Et ironiquement, je serais probablement moins capable de l’aider maintenant.
Fais confiance à ton instinct. Si ton cœur te dit de partir, c’est probablement ce que tu dois faire.
Pour aller plus loin : Ressources professionnelles
Au Québec:
Société canadienne de la sclérose en plaques – Division du Québec
- Ligne info-SP: 1-800-268-7582
- Site web: scleroseenplaques.ca/quebec
- Offre des ressources pour les proches aidants, incluant les jeunes
L’Appui pour les proches aidants
- Ligne Info-aidant: 1-855-852-7784
- Site web: lappui.org
- Ressources et soutien spécifique pour les proches aidants
Tel-jeunes
- Téléphone: 1-800-263-2266
- Texto: 514-600-1002
- Site web: teljeunes.com
- Pour parler de tes inquiétudes concernant ton avenir
Aide financière aux études (AFE)
- Site web: quebec.ca/aide-financiere-etudes
- Pour explorer les options de soutien financier si tu dois vivre en appartement
