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Vous venez de recevoir un diagnostic de sclérose en plaques. Vous devez retourner au travail lundi matin. Et vous vous demandez : est-ce que je le dis à mon boss?
Cette question me revient dans presque chaque rencontre que je fais avec une personne nouvellement diagnostiquée. C’est normal. C’est même une des questions les plus stressantes à gérer après un diagnostic.
Laissez-moi vous dire d’emblée une chose importante : vous n’êtes pas obligé de le dire immédiatement. Respirez. Vous avez le temps de réfléchir.
Sommaire
Ce que dit la loi au Québec
Au Québec, la Charte des droits et libertés de la personne protège votre droit à la vie privée. Vous n’avez aucune obligation légale de divulguer votre diagnostic de SP à votre employeur, sauf dans une situation précise que je vais expliquer dans un instant.
Le handicap est un motif de discrimination interdit par la Charte. Cela signifie qu’un employeur ne peut pas vous congédier, vous refuser une promotion, ou vous traiter différemment à cause de votre SP.
Important : La SP est considérée comme un handicap au sens de la Charte, même si vos symptômes sont invisibles ou intermittents. Même en rémission. Même si vous ne «paraissez pas malade».
[IMAGE SUGGÉRÉE : Personne assise à un bureau, l’air pensif, regardant par la fenêtre]
Quand vous devez divulguer (et quoi dire)
Il y a UN cas où vous devez fournir de l’information : quand vous demandez un accommodement raisonnable.
Par exemple :
- Horaire flexible pour vos rendez-vous médicaux
- Télétravail certains jours
- Pauses plus fréquentes
- Adaptation de votre poste de travail
- Diminution temporaire de vos heures
Dans ces situations, vous devez expliquer vos limitations fonctionnelles, mais vous n’êtes pas obligé de nommer la maladie.
Vous pouvez dire :
« J’ai une condition médicale chronique qui nécessite des ajustements. Mon médecin recommande [l’accommodement spécifique]. Voici une note médicale qui confirme mes limitations. »
Vous n’avez PAS à dire :
« J’ai la sclérose en plaques et voici tous mes symptômes en détail. »
Votre médecin peut rédiger une note qui décrit vos limitations sans nommer le diagnostic. Par exemple : « Cette personne a une condition neurologique chronique qui nécessite un horaire flexible pour des traitements médicaux réguliers. »
[IMAGE SUGGÉRÉE : Main tenant une enveloppe contenant un document médical]
L’obligation d’accommodement raisonnable de l’employeur
Une fois que vous avez demandé un accommodement pour des raisons médicales, votre employeur a une obligation légale de vous accommoder, à moins que cela ne lui cause une « contrainte excessive ».
Cette obligation vient de la Charte des droits et libertés. Ce n’est pas une faveur. Ce n’est pas de la gentillesse. C’est la loi.
L’employeur doit :
- Évaluer votre demande sérieusement
- Chercher activement des solutions
- Faire preuve de créativité et de flexibilité
- Vous accommoder jusqu’à la limite de la contrainte excessive
Qu’est-ce qu’une contrainte excessive?
C’est évalué au cas par cas. Les facteurs considérés incluent :
- La taille de l’entreprise
- Les coûts financiers
- L’impact sur les opérations
- Les questions de santé et sécurité
Ce n’est PAS une contrainte excessive de :
- Modifier légèrement votre horaire
- Vous permettre du télétravail
- Ajuster votre charge de travail temporairement
- Installer un équipement ergonomique de base
- Vous donner des pauses supplémentaires
Une petite entreprise de 5 employés pourrait démontrer une contrainte excessive plus facilement qu’une grande compagnie. Mais même les petites entreprises ont des obligations.
[IMAGE SUGGÉRÉE : Poste de travail ergonomique adapté avec fauteuil confortable et éclairage ajusté]
Les avantages de divulguer
Je ne vais pas vous mentir : la divulgation comporte des risques. Mais elle comporte aussi des avantages importants.
Les avantages :
- Vous pouvez obtenir des accommodements – Sans divulgation, vous ne pouvez pas demander d’aide formelle.
- Vous réduisez votre stress – Cacher une maladie chronique est épuisant mentalement. Beaucoup de personnes me disent ressentir un soulagement après avoir parlé.
- Vous obtenez du soutien – Vos collègues et superviseurs peuvent vous aider si ils comprennent votre situation.
- Vous êtes protégé contre les malentendus – Si votre performance diminue ou si vous êtes absent, votre employeur comprendra pourquoi plutôt que de penser que vous êtes désintéressé ou négligent.
- Vous créez un dossier documenté – Si jamais il y a un problème plus tard, vous avez une trace écrite que votre employeur était au courant et avait des obligations.
[IMAGE SUGGÉRÉE : Deux personnes en conversation professionnelle, une tenant des documents, atmosphère positive]
Les risques de divulguer (et comment les gérer)
Soyons francs. Malgré la protection légale, certains employeurs réagissent mal.
Les risques possibles :
- Discrimination subtile – Être écarté des promotions, des projets importants, des formations. C’est illégal, mais difficile à prouver.
- Changement d’attitude des collègues – Certains pourraient vous traiter différemment, vous infantiliser, ou douter de vos capacités.
- Pression pour quitter – Dans les pires cas, certains employeurs créent un environnement hostile pour pousser la personne à démissionner.
- Inquiétudes exagérées – Votre employeur pourrait surestimer l’impact de votre condition et vous retirer des responsabilités inutilement.
Comment minimiser ces risques :
Préparez-vous avant de parler
- Renseignez-vous sur vos droits
- Préparez ce que vous allez dire
- Documentez tout par écrit
- Ayez une note médicale prête
Choisissez le bon moment
- Pas dans un moment de crise ou de poussée
- Quand vous pouvez avoir une conversation calme
- Idéalement en privé, dans un bureau fermé
Contrôlez le message
- Mettez l’accent sur ce que vous POUVEZ faire
- Expliquez que vous êtes sous traitement
- Mentionnez que beaucoup de gens avec la SP travaillent normalement
- Fournissez de l’information factuelle (comme le Guide de l’employeur de la Société canadienne de la SP)
Gardez des traces écrites
- Suivez la conversation verbale par un courriel résumant ce qui a été dit
- Conservez tous les documents
- Notez les dates, heures, et contenus de toutes les discussions
[IMAGE SUGGÉRÉE : Calendrier et documents organisés sur un bureau]
Comment avoir la conversation
Voici un modèle de conversation que vous pouvez adapter :
Ouverture : « J’aimerais vous parler d’une situation personnelle qui pourrait affecter mon travail à l’occasion. Est-ce qu’on peut prendre 15-20 minutes pour en discuter en privé? »
Le message principal : « J’ai récemment reçu un diagnostic de sclérose en plaques. C’est une condition neurologique chronique qui évolue différemment pour chaque personne. Je suis sous traitement et je suis suivi par une équipe médicale. »
Rassurer : « Pour l’instant, je peux accomplir toutes mes tâches normalement. Je voulais vous en parler maintenant parce que je pourrais avoir besoin de quelques ajustements à l’avenir, comme [donnez un ou deux exemples concrets]. »
Fournir de l’information : « Je vous ai apporté un guide créé par la Société canadienne de la sclérose en plaques qui explique ce que les employeurs doivent savoir. Ça répond à beaucoup de questions que vous pourriez avoir. »
Proposer des solutions : « Pour l’instant, ce qui m’aiderait le plus serait [accommodement spécifique]. Est-ce que c’est quelque chose qu’on pourrait mettre en place? »
Garder le contrôle de l’information : « Je préférerais garder cette information confidentielle pour le moment. Si d’autres personnes ont besoin de savoir, j’aimerais qu’on en discute avant. »
[IMAGE SUGGÉRÉE : Deux personnes assises face à face dans un bureau, discussion professionnelle]
Si vous décidez de ne PAS divulguer
C’est un choix parfaitement valide. Beaucoup de personnes avec la SP travaillent pendant des années sans en parler à leur employeur.
Comment gérer sans divulguer :
Pour les rendez-vous médicaux :
- Utilisez vos congés personnels ou vacances
- Prenez vos rendez-vous tôt le matin ou en fin de journée
- Demandez simplement « congé pour rendez-vous médical » sans détails
Pour les absences :
- Votre médecin peut écrire des notes d’absence sans mentionner le diagnostic
- La note peut dire « raisons médicales » ou « condition médicale »
- Votre employeur ne peut pas vous forcer à divulguer le diagnostic
Pour la fatigue ou les symptômes invisibles :
- Gérez votre énergie intelligemment
- Utilisez des stratégies personnelles (pauses discrètes, outils d’organisation)
- Priorisez vos tâches selon vos niveaux d’énergie
Limites de ne pas divulguer :
- Vous ne pouvez pas demander d’accommodements formels
- Si votre performance est affectée, vous n’avez pas d’explication
- En cas de congédiement, vous avez moins de protection
[IMAGE SUGGÉRÉE : Personne travaillant calmement à son bureau avec une tasse de café]
Vos droits en détail
Voici ce que la loi protège au Québec :
Vous avez le droit de :
- Garder votre diagnostic privé
- Demander des accommodements raisonnables
- Refuser de répondre à des questions intrusives sur votre santé
- Exiger la confidentialité de votre information médicale
- Être traité également dans les promotions et opportunités
- Travailler dans un environnement sans harcèlement
Votre employeur NE PEUT PAS :
- Vous congédier à cause de votre SP
- Vous refuser une promotion à cause de votre diagnostic
- Vous questionner sur les détails de votre maladie
- Partager votre information médicale sans votre permission
- Vous forcer à prendre votre retraite
- Créer un environnement hostile pour vous pousser à partir
Votre employeur DOIT :
- Évaluer sérieusement toute demande d’accommodement
- Chercher activement des solutions
- Maintenir la confidentialité de votre information
- Vous protéger contre le harcèlement et la discrimination
- Documenter les accommodements mis en place
Si ça tourne mal : vos recours
Malgré les protections légales, il arrive que des employeurs discriminent. Voici quoi faire.
Étape 1 : Documentez tout
Dès que vous suspectez un problème, commencez à documenter :
- Dates, heures, lieux de tous les incidents
- Noms des personnes présentes
- Ce qui a été dit exactement (ou aussi proche que possible)
- Les courriels et messages écrits
- Les changements dans vos tâches, horaire, ou responsabilités
Gardez ces notes chez vous, pas au bureau.
Étape 2 : Mettez tout par écrit
Envoyez des courriels résumant les conversations importantes :
« Bonjour [nom],
Suite à notre rencontre d’aujourd’hui à 14h, je voulais confirmer ma compréhension de ce qui a été discuté :
- [point 1]
- [point 2]
- [point 3]
Si j’ai mal compris quelque chose, merci de me le faire savoir. »
Ceci crée une trace écrite.
Étape 3 : Parlez à la personne appropriée
Selon votre situation :
- Votre gestionnaire direct (si le problème vient d’ailleurs)
- Les ressources humaines
- Votre syndicat (si vous êtes syndiqué)
Faites-le par écrit avec copie par courriel à vous-même.
Étape 4 : Déposez une plainte formelle
Si rien ne change, vous avez plusieurs options :
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ)
Téléphone : 1 800 361-6477
Formulaire de plainte : En ligne sur leur site web
Vous avez 3 ans après l’incident pour porter plainte.
La CDPDJ :
- Reçoit votre plainte gratuitement
- Fait enquête si elle juge que votre plainte est recevable
- Peut vous représenter au Tribunal des droits de la personne
- Peut négocier un règlement avec l’employeur
Processus :
- Vous remplissez le formulaire en ligne
- La CDPDJ évalue si votre situation relève de la Charte
- Si oui, enquête (plusieurs mois habituellement)
- Tentative de médiation
- Si échec, possibilité de recours au Tribunal
Ce que vous pouvez obtenir :
- Réintégration dans votre emploi
- Dommages et intérêts pour préjudice moral
- Dommages punitifs (pour punir l’employeur)
- Ordonnance d’accommodement
- Changement des politiques de l’entreprise
[IMAGE SUGGÉRÉE : Personne remplissant un formulaire officiel]
Autres recours possibles :
Tribunal administratif du travail (TAT)
Si vous êtes congédié, vous pouvez contester le congédiement
Cour du Québec ou Cour supérieure
Vous pouvez poursuivre directement en dommages et intérêts (nécessite un avocat)
Syndicat
Si vous êtes syndiqué, déposez un grief
Ressources et soutien
Vous n’êtes pas seul dans cette décision. Voici où obtenir de l’aide :
Pour des conseils juridiques :
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse
1 800 361-6477
Service-conseil gratuit sur vos droits
Aide juridique du Québec
1 844 408-6003
Si vous êtes admissible selon vos revenus
Barreau du Québec – Service de référence
1 844 954-3528
Consultation initiale à tarif réduit avec un avocat
Pour du soutien et de l’information :
Société canadienne de la sclérose en plaques – Centre-du-Québec
819 474-6556
Navigateur en santé (c’est moi!)
Guide de l’employeur gratuit
Info-Social
811
Soutien psychosocial téléphonique
ROSEPH (Regroupement des organismes spécialisés pour l’emploi des personnes handicapées)
Aide à l’emploi pour personnes handicapées
Pour des accommodements et adaptations :
Consultez aussi notre article sur les accommodements au travail avec la SP au Québec pour des détails sur les aménagements possibles.
[IMAGE SUGGÉRÉE : Personne au téléphone, prenant des notes, l’air concentré mais serein]
Ce qu’il faut retenir
Voici l’essentiel à retenir de cet article :
Vous n’êtes pas obligé de divulguer immédiatement. Prenez le temps de réfléchir à ce qui est le mieux pour VOTRE situation.
La loi vous protège. Le handicap est un motif de discrimination interdit au Québec. Votre employeur a des obligations légales envers vous.
Documentez tout. Que vous divulguiez ou non, gardez des traces écrites de tout.
Vous avez des recours. Si vous êtes victime de discrimination, la CDPDJ peut vous aider gratuitement.
Vous n’êtes pas seul. Des milliers de personnes avec la SP travaillent au Québec. Des ressources existent pour vous soutenir.
Il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse. Certaines personnes divulguent immédiatement et tout va bien. D’autres ne divulguent jamais et ont des carrières longues et satisfaisantes. D’autres divulguent après quelques mois ou années. Vous connaissez votre situation, votre employeur, et vos besoins mieux que quiconque.
NOTE IMPORTANTE
Les informations dans cet article sont d’ordre général et ne constituent pas un avis juridique. Les lois et les programmes peuvent changer. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou contactez la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
NOTE DE DANIEL
J’ai accompagné des centaines de personnes dans cette décision. Voici ce que je leur dis toujours :
Vous gardez le contrôle de votre information. Pas votre employeur. Pas vos collègues. Vous.
La divulgation n’est pas une décision unique et définitive. Vous pouvez décider de ne pas divulguer maintenant et changer d’idée dans six mois. Vous pouvez divulguer à votre superviseur mais pas à vos collègues. Vous pouvez divulguer seulement ce qui est nécessaire pour obtenir un accommodement.
Et si ça se passe mal? Vous avez des recours. La CDPDJ sera là. Vos droits sont protégés par la loi.
Mais souvent, ça se passe mieux qu’on le craint. J’ai vu des employeurs faire preuve d’empathie et de créativité. J’ai vu des accommodements simples faire toute la différence.
Prenez le temps de réfléchir. Faites le choix qui vous semble le meilleur pour VOTRE situation. Et rappelez-vous : quelle que soit votre décision, vous avez des droits.
Pour aller plus loin : Ressources professionnelles
Droits et protections légales :
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ)
1 800 361-6477
www.cdpdj.qc.ca
Porter plainte, obtenir des conseils sur vos droits
Éducaloi
www.educaloi.qc.ca
Information juridique vulgarisée et gratuite
Tribunal administratif du travail
1 866 463-2304
www.tat.gouv.qc.ca
Contester un congédiement
Soutien et navigation :
Société canadienne de la SP – Centre-du-Québec
819 474-6556
1140 rue Cormier, Drummondville, Qc
Info-Social
811
Soutien psychosocial, références
ROSEPH (Regroupement des organismes spécialisés pour l’emploi des personnes handicapées)
www.roseph.ca
Soutien à l’emploi pour personnes handicapées
Au Bas de l’Échelle
514 270-7878
www.aubasdelechelle.ca
Information sur les droits des travailleurs non-syndiqués