Le jour où j’ai dû admettre que je n’y arrivais plus

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AVERTISSEMENT DE CONTENU : Cet article aborde la décision difficile de placer un proche en hébergement, incluant les sentiments de culpabilité, d’échec et de deuil qui l’accompagnent. Si vous vivez actuellement cette situation, sachez que vous n’êtes pas seul et que demander de l’aide est un signe de force, pas de faiblesse.

[IMAGE : Porte entre-ouverte avec lumière douce, métaphore du passage et de la transition]

Je me souviens du matin exact où j’ai su.

Marc était tombé pendant la nuit. Encore. J’avais dormi à travers ses appels à l’aide. Quand je l’ai trouvé au matin, il était par terre depuis des heures, incapable de se relever, tremblant de froid et d’humiliation.

Il m’a regardée avec des yeux que je n’oublierai jamais. Pas de la colère. Pas du reproche. Juste une résignation profonde, une acceptation silencieuse de ce que nous refusions tous les deux d’admettre depuis des mois.

« Je ne peux plus te garder en sécurité », j’ai dit, ma voix cassée par les larmes. « Je ne peux plus. »

Et dans ce moment, j’ai ressenti ce que je n’avais jamais voulu ressentir : je n’étais plus capable de prendre soin de lui à la maison. Pas parce que je ne l’aimais pas assez. Pas parce que je n’essayais pas assez fort. Mais parce que l’aidance à domicile avait atteint ses limites.

Aujourd’hui, des années plus tard, je travaille avec des familles qui vivent ce même moment. Et chaque fois, je vois la même culpabilité, la même honte, le même sentiment d’avoir échoué.

Alors laissez-moi vous dire ce que j’aurais eu besoin d’entendre : reconnaître que l’aidance à domicile n’est plus possible, ce n’est pas abandonner. C’est aimer assez pour faire le choix le plus difficile.

Les signes que le domicile n’est plus sécuritaire

J’ai ignoré les signes pendant longtemps. Trop longtemps.

Je me disais : « Je vais juste adapter ça. Je vais juste faire plus attention. Je vais juste dormir moins. »

Mais il y a un point où « juste faire plus » ne suffit plus. Et ignorer ce point met votre proche en danger. Et vous détruit.

[IMAGE : Liste manuscrite sur un papier froissé, suggérant des préoccupations accumulées]

Les signes liés à la sécurité physique

Chutes répétées

Marc tombait de plus en plus souvent. D’abord une fois par mois. Puis une fois par semaine. Puis plusieurs fois par jour.

J’avais beau installer des barres d’appui partout, retirer tous les tapis, éclairer chaque coin de la maison, je ne pouvais pas le surveiller 24 heures sur 24. Et chaque chute était une roulette russe : allait-il se fracturer quelque chose? Se blesser à la tête?

Si votre proche :

  • Tombe régulièrement malgré tous les aménagements
  • Ne peut plus se relever seul après une chute
  • A déjà subi des blessures graves suite à une chute
  • Tombe même la nuit, quand personne ne le surveille

C’est un signal d’alarme majeur.

Besoins médicaux complexes

Les soins de Marc devenaient de plus en plus techniques. Gestion des médicaments multiples, surveillance des symptômes, ajustements constants. J’avais une feuille de suivi avec 12 médicaments différents, chacun avec ses horaires précis, ses interactions, ses effets secondaires à surveiller.

Un matin, j’ai réalisé que j’avais oublié une dose importante. Une seule fois. Mais cette fois aurait pu avoir des conséquences graves.

Si votre proche nécessite :

  • Une surveillance médicale constante
  • Des soins infirmiers plusieurs fois par jour
  • Une gestion complexe de multiples médications
  • Une intervention rapide en cas de crise (difficulté respiratoire, convulsions)

Vous n’êtes pas infirmière. Vous n’avez pas à l’être.

Mobilité extrêmement réduite

Les transferts étaient devenus impossibles. Lit-fauteuil. Fauteuil-toilette. Fauteuil-voiture. Chaque transfert était une épreuve physique qui me laissait épuisée, le dos en feu, les épaules endolories.

Et j’avais peur. Peur de l’échapper. Peur qu’on tombe tous les deux. Peur qu’il se blesse par ma faute.

Si votre proche :

  • Ne peut plus se déplacer du tout sans aide totale
  • Nécessite deux personnes pour les transferts sécuritaires
  • Est trop lourd pour que vous le déplaciez seul (risque de blessure pour vous deux)
  • Passe la majeure partie de la journée alité

Les limites physiques sont réelles. Ignorer votre propre corps ne protège pas votre proche.

Les signes liés à la sécurité cognitive

Errance et risques de fugue

Je n’ai pas eu à vivre ça avec Marc, mais je le vois chez tant de familles que j’accompagne.

Une dame m’a raconté avoir retrouvé son mari en robe de chambre à trois coins de rue, en plein hiver, confus et effrayé. Elle avait juste pris une douche de 10 minutes.

Si votre proche :

  • Sort de la maison sans comprendre où il va
  • Ne reconnaît plus son environnement familier
  • A besoin de surveillance constante pour sa sécurité
  • A déjà été retrouvé errant ou en danger

Vous ne pouvez pas être éveillé 24/7. Personne ne le peut.

Comportements agressifs ou imprévisibles

Conférence 1: Le microbiote

C’est un sujet tabou, mais il faut en parler. Certaines maladies neurolo

giques changent la personnalité. Créent de l’agressivité. De la violence même.

Ce n’est pas la faute de la personne. Ce n’est pas votre faute non plus. Mais ça reste dangereux.

Si votre proche :

  • Devient physiquement agressif (frappe, pousse, mord)
  • A des comportements imprévisibles et potentiellement dangereux
  • Ne reconnaît plus les gens (vous voit comme un intrus)
  • Refuse catégoriquement les soins essentiels

Votre sécurité compte aussi. Vous ne méritez pas d’être blessé, même si « ce n’est pas vraiment lui/elle ».

Les signes que VOUS n’en pouvez plus

C’est peut-être le signe le plus important. Et celui qu’on ignore le plus longtemps.

[IMAGE : Miroir reflétant un visage fatigué, métaphore de l’épuisement]

Épuisement physique complet

Je n’arrivais plus à dormir plus de deux heures d’affilée. Je me réveillais au moindre bruit, terrifiée qu’il soit arrivé quelque chose. Je n’avais plus d’appétit. J’avais perdu 15 livres. Mon dos me faisait constamment mal. Mes mains tremblaient.

Mon médecin m’a dit clairement : « Julie, votre corps est en train de lâcher. Si vous continuez comme ça, vous allez faire un AVC ou un infarctus. Qui prendra soin de Marc alors? »

Signes d’épuisement physique critique :

  • Vous dormez moins de 4-5 heures par nuit depuis des semaines
  • Vous avez des problèmes de santé qui s’aggravent (hypertension, diabète, douleurs chroniques)
  • Vous avez eu des blessures physiques à cause des soins (dos, épaules, hernies)
  • Vous oubliez de manger, de prendre vos propres médicaments

Détresse psychologique sévère

Je pleurais tous les jours. Parfois plusieurs fois par jour. Je n’avais plus d’énergie pour rien. Voir des amis? Impossible. Sortir? Hors de question. Je vivais dans un brouillard constant d’anxiété et de dépression.

Et le pire : je commençais à en vouloir à Marc. À être irritée par ses besoins. À regretter certains matins de m’être réveillée.

Cette pensée m’a terrifiée. « Je suis en train de devenir quelqu’un que je ne reconnais pas. »

Signes de détresse psychologique :

  • Symptômes de dépression ou d’anxiété sévère
  • Pensées autodestructrices
  • Irritabilité ou ressentiment envers votre proche
  • Sentiment d’être piégé, sans issue
  • Isolement social complet

Négligence involontaire

C’est arrivé progressivement. J’oubliais des choses. Des petites choses d’abord. Puis des choses plus importantes.

Un jour, j’ai réalisé que Marc portait le même pyjama depuis trois jours. Que je n’avais pas changé ses draps depuis deux semaines. Que je lui donnais les mêmes repas faciles parce que je n’avais plus l’énergie de cuisiner.

Ce n’était pas par manque d’amour. C’était parce que je n’avais plus rien à donner.

Signes de négligence involontaire :

  • Oubli de médicaments ou de rendez-vous médicaux
  • Hygiène de votre proche qui se détériore
  • Alimentation inadéquate
  • Environnement qui devient insalubre

Si vous en êtes là, c’est un appel à l’aide. C’est votre corps et votre esprit qui vous disent : « Je ne peux plus. »

Pourquoi c’est si difficile d’admettre qu’on n’y arrive plus

La culpabilité. C’est le mot qui revient dans la bouche de toutes les familles que je rencontre.

« Je lui avais promis qu’il finirait ses jours à la maison. »

« Si j’étais une meilleure personne, j’y arriverais. »

« Les gens vont penser que je l’abandonne. »

[IMAGE : Photo conceptuelle d’un fardeau, peut-être un sac à dos surchargé]

Je les ai toutes pensées, ces pensées. Je les pense encore parfois, même aujourd’hui.

La promesse qu’on croit avoir faite

« Je ne te mettrai jamais en CHSLD. » Combien de fois j’ai entendu cette phrase. Combien de fois je l’ai dite moi-même.

Mais cette promesse, on l’a faite quand? Quand la maladie venait d’être diagnostiquée? Quand notre proche était encore relativement autonome? Quand on ne comprenait pas encore ce que « perte d’autonomie sévère » voulait vraiment dire?

Cette promesse était faite avec le cœur. Mais elle n’était pas informée par la réalité.

Et voici ce que j’ai appris : tenir une promesse qui vous détruit et qui met votre proche en danger n’est pas de l’amour. C’est de l’entêtement.

Le jugement des autres (réel ou imaginé)

« Qu’est-ce que les gens vont penser? » Cette pensée me hantait.

NeuroÉquilibre

J’imaginais ma belle-famille me juger. Les voisins chuchoter. Les amis penser que je n’avais pas assez essayé.

Et oui, quelques personnes ont jugé. Ma belle-sœur m’a dit : « Moi, je n’aurais jamais fait ça. » (Elle n’avait jamais été aidante une seule journée de sa vie.)

Mais vous savez quoi? La plupart des gens qui jugent n’ont aucune idée de ce que c’est. Et leur opinion ne devrait pas décider de votre santé et de la sécurité de votre proche.

Le sentiment d’échec personnel

C’est peut-être le plus douloureux. Se dire : « Si j’étais plus forte, plus patiente, plus dévouée, j’y arriverais. »

Non. Faux. Complètement faux.

L’aidance à domicile a des limites objectives. Des limites physiques. Des limites de sécurité. Des limites médicales.

Ces limites n’ont rien à voir avec votre valeur en tant qu’aidant ou en tant que personne. Elles sont réelles, concrètes, et elles existent même pour les aidants les plus aimants, les plus compétents, les plus dévoués du monde.

Les alternatives à explorer AVANT le placement en CHSLD

Avant d’en arriver à l’hébergement permanent, il y a des options à considérer. Certaines peuvent prolonger l’aidance à domicile de façon sécuritaire. D’autres peuvent être des étapes de transition.

Maximiser le soutien à domicile

J’aurais dû demander plus d’aide plus tôt. J’aurais dû pousser plus fort pour obtenir des services.

[IMAGE : Infirmière ou préposé en visite à domicile, ambiance professionnelle mais chaleureuse]

Services disponibles au Québec :

  • Services du CLSC : Soins infirmiers, aide à l’hygiène, physiothérapie
    • Gratuits, mais souvent limités en fréquence
    • Demandez une réévaluation si vos besoins ont augmenté
  • Préposés aux bénéficiaires privés : Aide pour les soins personnels et tâches quotidiennes
  • Entreprises d’économie sociale : Services à coût réduit
    • Moins cher que le privé traditionnel
    • Bonne option pour les budgets serrés
  • Aides techniques et adaptation domiciliaire : Lève-personne, lit ajustable, rampes
    • Programmes d’aide financière disponibles via la RAMQ et autres organismes

La question honnête à se poser : « Même avec tout le soutien possible, est-ce que ce serait suffisant pour assurer la sécurité de mon proche et préserver ma santé? »

Parfois, la réponse est non. Et c’est correct.

Ressources intermédiaires (RI) et ressources de type familial (RTF)

Ces options sont moins connues, mais elles peuvent être des alternatives intéressantes aux CHSLD.

Ressources intermédiaires (RI) :

  • Petits milieux de vie (9-20 personnes généralement)
  • Supervision et soins 24/7
  • Ambiance moins institutionnelle qu’un CHSLD
  • Coûts similaires aux CHSLD publics (déterminés par la RAMQ)
  • Accès via le même mécanisme que les CHSLD (MAH)

Ressources de type familial (RTF) :

  • Encore plus petites (maximum 9 personnes)
  • Souvent dans une maison privée ou un logement adapté
  • Atmosphère familiale
  • Bonne option pour personnes avec besoins modérés à élevés

Résidences privées pour aînés (RPA)

Si votre proche a besoin d’aide mais pas de soins médicaux constants, une RPA pourrait convenir.

Points à considérer :

  • Coûts variables : 1500$ à 6000$+ par mois selon services et région
  • Pas de listes d’attente (admission rapide possible)
  • Niveaux de soins variés (de léger à modéré)
  • Certaines RPA acceptent les personnes avec pertes cognitives

Attention : Les RPA ne conviennent généralement pas aux personnes nécessitant des soins médicaux complexes ou une surveillance constante.

Répit prolongé

Parfois, vous n’avez pas besoin d’un placement permanent. Vous avez besoin d’une pause. Une vraie pause.

Options de répit :

  • Répit en CHSLD ou ressource : Séjours temporaires de quelques jours à quelques semaines
    • Permet de récupérer, de vous soigner, de respirer
    • Demandez au CLSC ou à l’hôpital
  • Halte-répit : Services de jour quelques fois par semaine
    • Activités et surveillance pour votre proche
    • Vous donne du temps libre régulier

Le répit n’est pas égoïste. C’est de la prévention d’épuisement.

La décision : comment et quand la prendre

Il n’y a pas de « bon moment » parfait. Il n’y a que le moment où continuer devient plus dangereux que changer.

[IMAGE : Carrefour ou intersection, métaphore d’un choix de direction]

Impliquer votre proche dans la décision (si possible)

Si votre proche est encore capable de participer à la décision, impliquez-le. Pas pour qu’il « décide » seul – vous connaissez sa sécurité mieux que lui parfois – mais pour qu’il se sente respecté.

Comment aborder le sujet : « Je veux te garder en sécurité. Je t’aime trop pour risquer qu’il t’arrive quelque chose de grave. Les chutes se multiplient et j’ai peur que tu te blesses sérieusement. On doit envisager d’autres options ensemble. »

Avec Marc, cette conversation a été déchirante. Mais nécessaire. Il a pleuré. J’ai pleuré. Mais à la fin, il a dit : « Je ne veux pas que tu te rendes malade à cause de moi. »

Si votre proche refuse catégoriquement :

C’est votre décision à prendre. Pas facile. Mais nécessaire.

Vous avez le droit – et parfois le devoir – de prendre une décision que votre proche n’aime pas si c’est pour sa sécurité et votre survie.

Consulter les professionnels

Ne prenez pas cette décision seule.

Parlez avec :

  • Le médecin de votre proche : Évaluation médicale objective
  • Le travailleur social du CLSC : Connaissance des ressources et du processus
  • Votre propre médecin : Évaluation de votre santé et capacité
  • Un psychologue ou conseiller : Soutien pour gérer la culpabilité et le deuil

Ces professionnels ont vu des centaines de situations similaires. Leur perspective peut clarifier une décision qui vous semble impossible.

Atelier: Le dessin conceptuel au service des émotions

Faire la demande d’hébergement

Au Québec, l’accès aux CHSLD publics, RI et RTF passe par le Mécanisme d’accès à l’hébergement (MAH).

Les étapes :

  1. Contactez votre CLSC et demandez une évaluation pour l’hébergement
  2. Évaluation complète par un professionnel (besoin médical, social, sécurité)
  3. Inscription au MAH si l’hébergement est jugé nécessaire
  4. Attente de la place disponible qui correspond aux besoins
  5. Appel pour une place disponible (vous avez généralement 24-48h pour accepter ou refuser)

Délais d’attente actuels (2025) : Environ 3 564 personnes en attente au Québec. Les délais varient énormément selon la région et peuvent atteindre jusqu’à 24 mois.

Pendant l’attente :

  • 54% des personnes attendent à domicile
  • 25% sont hospitalisées (« bouchons » dans le système)
  • Certaines optent pour des hébergements privés temporaires

Choix importants à faire :

  • Nombre de choix d’établissements (1 à 5 généralement)
  • Type de chambre (individuelle vs double – impact sur les coûts)
  • Distance acceptable de la famille

Et si vous refusez la première place offerte?

C’est votre droit. Mais attention : refuser une place peut vous faire perdre votre priorité sur la liste d’attente selon votre région.

Raisons légitimes de refuser :

  • Distance trop grande (impossible pour les visites familiales)
  • Établissement manifestement inapproprié pour les besoins spécifiques
  • Chambre double quand la personne a des besoins qui requièrent chambre individuelle

Ce qui n’est généralement PAS accepté comme raison de refus :

  • « Je n’aime pas le décor »
  • « J’avais espéré mieux »
  • « Je veux attendre celui de mon quartier »

Discutez bien avec le travailleur social AVANT de refuser pour comprendre les conséquences.

Les premiers jours en hébergement : survivre à la transition

Les premiers jours ont été les plus difficiles de ma vie. Pires que le diagnostic. Pires que les pires journées d’aidance.

[IMAGE : Chambre de CHSLD avec effets personnels, humanisation de l’espace institutionnel]

L’installation : personnaliser l’espace

J’ai apporté des photos de notre famille. Sa couverture préférée. Ses livres, même s’il ne lisait plus. Son parfum familier.

Ces petits objets ne transforment pas une chambre de CHSLD en domicile. Mais ils créent des ancres. Des rappels de qui est cette personne au-delà de son dossier médical.

Ce que vous pouvez apporter :

  • Photos encadrées (éviter le verre pour sécurité)
  • Couverture ou oreiller personnel
  • Vêtements confortables et familiers (identifiez tout au nom)
  • Musique préférée
  • Petits objets significatifs (attention aux objets de valeur)

Ce qu’on m’a dit d’éviter :

  • Objets de grande valeur (risque de perte)
  • Trop d’objets (espace limité)
  • Nourriture périssable (règlements sanitaires)

Les visites : trouver un nouveau rythme

Au début, j’y allais tous les jours. Parfois deux fois par jour. J’avais peur que Marc se sente abandonné. J’avais peur que le personnel ne s’occupe pas bien de lui.

Progressivement, j’ai espacé. Pas parce que je l’aimais moins. Mais parce que j’ai compris que je devais reprendre ma vie si je voulais avoir l’énergie d’être présente pour lui sur le long terme.

Trouver votre équilibre :

  • Il n’y a pas de « bon » nombre de visites
  • La qualité compte plus que la quantité
  • Respectez vos propres limites
  • Ne vous comparez pas aux autres familles

Types de visites qui fonctionnent bien :

  • Heures de repas (partager un moment quotidien)
  • Activités organisées (bingo, musique, etc.)
  • Promenades à l’extérieur si possible
  • Moments calmes simplement assis ensemble

Travailler avec le personnel

Le personnel de CHSLD est souvent sous-staffé, surchargé, épuisé. Mais la plupart font ce métier par vocation.

Ce qui aide la relation :

  • Présenter votre proche comme une personne (partagez son histoire)
  • Respecter le personnel et leur expertise
  • Poser des questions poliment plutôt qu’accuser
  • Remercier les bons soins quand vous les observez

Quand il faut intervenir : Si vous constatez des problèmes sérieux – négligence, maltraitance, soins inadéquats – vous avez le droit et le devoir de le signaler.

Comment signaler :

  1. Parlez d’abord à l’infirmière en chef ou au gestionnaire
  2. Si pas de résolution : contactez le commissaire aux plaintes du CHSLD
  3. En dernier recours : Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse

Gérer la régression

Marc a régressé rapidement après son placement. En quelques semaines, il semblait avoir perdu des capacités.

J’étais convaincue que c’était ma faute. « Si je l’avais gardé à la maison, ça ne serait pas arrivé. »

Mais son médecin m’a expliqué : c’était la progression naturelle de sa maladie. Le stress du déménagement a peut-être accéléré l’apparition de symptômes qui seraient venus de toute façon.

Ce qui est normal :

  • Confusion temporaire due au changement d’environnement
  • Résistance ou colère dans les premières semaines
  • Repli sur soi temporaire
  • Demandes répétées de rentrer « à la maison »

Ce qui mérite attention :

  • Détérioration rapide et marquée de l’état physique
  • Signes de dépression sévère et persistante
  • Refus complet de s’alimenter
  • Apparition de comportements qui n’existaient pas avant

Donnez du temps. Habituellement, 4-8 semaines sont nécessaires pour l’adaptation.

Vivre avec la culpabilité (elle ne disparaît jamais complètement)

Je serais malhonnête si je vous disais que la culpabilité disparaît un jour.

Elle s’atténue. Elle devient moins aiguë. Mais elle reste là, tapie quelque part.

[IMAGE : Lumière perçant à travers les nuages, métaphore d’espoir malgré la douleur]

Ce qui m’a aidée :

Me rappeler pourquoi j’ai pris cette décision

J’ai écrit une lettre à moi-même le jour où Marc est entré au CHSLD. J’y ai décrit :

Conférence 2: Nourrir le cerveau ; Énergie, concentration, mémoire
  • Tous les signes de danger que j’observais
  • Mon état de santé à ce moment-là
  • Les chutes, les oublis, les near-misses
  • Ma peur qu’il meure par ma faute parce que je n’étais plus capable

Quand la culpabilité devient trop lourde, je relis cette lettre. Elle me rappelle : « Tu as fait le seul choix possible à ce moment-là. »

Redéfinir mon rôle

Je n’étais plus son aidante principale. Mais j’étais encore – et toujours – sa conjointe. Sa partenaire. Sa défenseure.

Mon rôle avait changé, pas disparu :

  • Je m’assurais qu’il recevait les bons soins
  • Je le visitais régulièrement
  • Je lui apportais des moments de joie
  • Je veillais à ce qu’il soit traité avec dignité

Accepter que la perfection n’existe pas

Il n’y avait pas de « bonne » solution. Aucune option n’était parfaite.

À domicile : risques de sécurité, épuisement de l’aidant, isolement social. En hébergement : perte d’autonomie, environnement institutionnel, sentiment d’abandon.

J’ai choisi l’option la moins dangereuse. Pas l’option parfaite. Elle n’existait pas.

Me pardonner mes limites

Je ne suis qu’humaine. J’ai un corps qui peut se blesser. Un esprit qui peut craquer. Des besoins qui comptent aussi.

Reconnaître mes limites n’est pas un échec. C’est de l’honnêteté.

NOTE IMPORTANTE

Cette décision n’a pas de « bon » moment universel. Chaque situation est unique. Certaines familles réussissent l’aidance à domicile jusqu’à la fin. D’autres ont besoin d’aide plus tôt.

Il n’y a pas de honte à reconnaître que vous avez atteint vos limites. Il n’y a que du courage.

Si vous êtes en train de vivre cette décision en ce moment, sachez ceci : vous n’abandonnez pas votre proche. Vous lui trouvez un endroit où il sera en sécurité, où ses besoins seront comblés, où vous pourrez redevenir son conjoint, son enfant, son ami – et non plus seulement son infirmier épuisé.

NOTE DE JULIE

Écrire cet article m’a ramenée à ce matin où j’ai trouvé Marc par terre. À cette douleur aiguë de réaliser que je ne pouvais plus le protéger seule.

Des années plus tard, je peux dire ceci : placer Marc en CHSLD était la décision la plus difficile de ma vie. Et aussi, rétrospectivement, la bonne.

Ça lui a donné des soins que je ne pouvais plus assurer. Ça m’a permis de retrouver un peu de moi-même. Et paradoxalement, ça nous a redonné des moments de qualité ensemble – parce que je n’étais plus constamment en mode survie.

Si vous êtes à ce carrefour en ce moment, je vous envoie toute ma compassion. Toute ma compréhension. Et toute ma conviction que vous êtes capable de traverser cette épreuve, même si vous ne le croyez pas encore.

Prenez soin de vous. Vous en aurez besoin pour ce qui s’en vient.

Julie

Pour aller plus loin : Ressources professionnelles

Demande d’hébergement et information :

  • Votre CLSC local : Point d’entrée pour évaluation et demande d’hébergement
  • Info-Social : 811, option 2 – Information et orientation vers ressources
  • Bonjour Résidences : bonjourresidences.com – Informations sur tous types d’hébergement au Québec

Soutien pour la décision :

  • L’Appui pour les proches aidants : lappui.org1 855 852-7784
    • Accompagnement dans la transition vers hébergement
    • Groupes de soutien pour aidants
    • Aide pour gérer la culpabilité
  • Ligne d’écoute Tel-Aide : 514 935-1101 (24/7) – Soutien émotionnel
  • Ordre des travailleurs sociaux du Québec : Trouver un professionnel pour accompagnement

Information sur les types d’hébergement :

  • Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) : msss.gouv.qc.ca
    • Plan d’action pour l’hébergement de longue durée 2022-2026
    • Statistiques sur les listes d’attente
  • Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) : ramq.gouv.qc.ca
    • Calcul de la contribution financière en CHSLD
    • Demande d’exonération si revenu insuffisant

Aide financière :

  • Crédit d’impôt pour maintien à domicile : Peut s’appliquer à certains services même en hébergement
  • Programme de contribution financière des adultes hébergés : Via la RAMQ
  • Comptables et fiscalistes spécialisés : Pour optimiser les crédits disponibles

Si problèmes ou plaintes en hébergement :

  • Commissaire local aux plaintes et à la qualité des services : Dans chaque établissement
  • Protecteur du citoyen : protecteurducitoyen.qc.ca1 800 463-5070
  • Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse : Pour cas de maltraitance

Lectures recommandées :

  • « Proche aidant : Un guide pour vous » – Protégez-vous et Gouvernement du Québec
  • Guides de L’Appui : « La transition vers l’hébergement »

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