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« La fatigue de la SP n’est pas de la paresse. C’est mon corps qui crie qu’il a besoin de repos. Apprendre à l’écouter plutôt qu’à le combattre a tout changé. »
Sophie
« Tu as juste besoin de mieux dormir. » « Tout le monde est fatigué, Sophie. » « Essaie de faire plus d’exercice, ça va te donner de l’énergie. »
Si j’avais un dollar pour chaque fois qu’on m’a dit quelque chose comme ça depuis mon diagnostic, je pourrais prendre ma retraite. Les gens bien intentionnés qui ne comprennent tout simplement pas.
La fatigue de la SP n’est pas la fatigue normale. Ce n’est pas être fatiguée après une longue journée. Ce n’est pas avoir besoin d’un café pour démarrer le matin. Ce n’est pas même l’épuisement que tu ressens après une semaine difficile au travail.
C’est quelque chose de complètement différent. Et c’est le symptôme le plus invalidant de ma vie avec la SP.
Sommaire
La première fois que j’ai vraiment compris
Je me souviens du jour où j’ai réalisé que cette fatigue était différente. C’était quelques mois avant mes premiers symptômes évidents, avant même que je sache que quelque chose n’allait pas.
Je m’étais réveillée après neuf heures de sommeil ininterrompu. Un samedi matin. Pas de réveil. Pas d’obligations. Juste un réveil naturel dans mon lit confortable.

J’ai ouvert les yeux et j’ai su immédiatement que quelque chose n’allait pas. Mon corps était lourd. Pas endormi – lourd. Comme si chaque muscle, chaque os, chaque cellule pesait dix fois son poids normal.
L’idée de me lever me semblait aussi épuisante que de courir un marathon. Prendre une douche? Insurmontable. Préparer le déjeuner? Impossible. Même rester assise dans le lit me demandait un effort colossal.
Marc m’a demandé si je voulais aller bruncher avec des amis. Je ne pouvais même pas répondre. L’énergie nécessaire pour former des mots, pour articuler une réponse, me manquait complètement.
C’est là que j’ai su : ce n’était pas normal. Ce n’était pas juste être fatiguée.
Ce que la fatigue de la SP ressent vraiment
Comment décrire quelque chose d’indescriptible? Comment expliquer à quelqu’un qui n’a jamais vécu ça ce que c’est vraiment?
La fatigue de la SP, c’est comme si quelqu’un avait débranché ta batterie interne. Pas graduellement – instantanément. Un moment, tu vas relativement bien. Le suivant, tu es complètement vidée.

C’est une épuisement profond, ancré dans les os. C’est sentir que ton corps est fait de béton. C’est avoir l’impression que la gravité a doublé d’intensité et que chaque mouvement te tire vers le bas.
C’est aussi un épuisement mental. Mon cerveau devient enveloppé dans du coton. Les pensées se déplacent comme de la mélasse. Je lis la même phrase cinq fois sans en comprendre le sens. Les mots que je veux dire restent coincés quelque part entre mon cerveau et ma bouche.
Les médecins l’appellent « fatigue neurologique » ou « lassitude ». Moi, je l’appelle le symptôme qui a volé ma vie telle que je la connaissais.
Les différents types de fatigue SP
J’ai appris qu’il n’y a pas qu’un seul type de fatigue avec la SP. Il y en a plusieurs, chacune avec ses propres caractéristiques frustrantes.
La fatigue primaire est causée directement par la SP elle-même. Les dommages à mon système nerveux créent une sorte de court-circuit qui épuise mon corps de l’intérieur. Pas de sommeil, pas d’exercice, pas de vitamine magique ne peut la réparer.
La fatigue secondaire vient des autres symptômes de la SP. Les problèmes de sommeil causés par les douleurs neuropathiques. L’épuisement de composer avec la douleur chronique. La fatigue de maintenir mon équilibre quand mes jambes sont faibles.

La fatigue émotionnelle vient de vivre avec une maladie chronique imprévisible. L’anxiété constante. La gestion des émotions. L’effort mental de naviguer chaque jour avec une maladie invisible.
Et puis il y a ce que j’appelle la fatigue sociale – l’épuisement de devoir constamment expliquer, justifier, défendre mon niveau d’énergie aux autres. De prétendre que je vais bien quand je suis épuisée. De sourire à travers la fatigue pour ne pas inquiéter les gens.
Tous ces types de fatigue s’entremêlent, se superposent, créent une tempête parfaite d’épuisement qui me suit partout.
Quand la fatigue frappe
Le pire avec la fatigue SP? Son imprévisibilité totale.
Certains jours, je me réveille et je sens que j’ai de l’énergie. Je peux travailler sur mes projets graphiques, faire quelques tâches ménagères, peut-être même sortir pour une courte marche. Ces jours sont précieux et je les chéris.

D’autres jours, je me réveille déjà épuisée. Comme si j’avais couru un marathon pendant mon sommeil. Ces jours-là, prendre une douche est une victoire. Préparer un repas simple est un exploit. Travailler est hors de question.
Mais le plus frustrant? Quand la fatigue frappe au milieu de la journée, sans prévenir. Je peux être en train de travailler sur un projet, complètement concentrée, et soudainement – BAM. Le mur de fatigue me frappe comme un train.
Un moment, je vais bien. Le suivant, je peux à peine garder les yeux ouverts. Mon corps s’arrête presque. C’est comme si quelqu’un avait actionné un interrupteur d’urgence.
Quand ça arrive, je n’ai pas le choix. Je dois arrêter. Immédiatement. Il n’y a pas de « tenir le coup encore un peu ». Il n’y a pas de « finir juste cette dernière chose ». Mon corps m’ordonne de me reposer, et si je n’obéis pas, il me force.
L’impact sur mon travail
Avant la SP, j’étais une machine de productivité. Je travaillais huit, neuf, parfois dix heures par jour. Je jonglais avec plusieurs projets clients simultanément. Je respectais toujours mes délais. Je disais oui à presque tout.
La fatigue SP a complètement chamboulé ça.

Six mois après mon diagnostic, j’ai quitté mon emploi en agence. Les horaires rigides étaient impossibles à maintenir. Les jours où je me réveillais épuisée, je devais quand même me traîner au bureau. Les après-midis où la fatigue me frappait, je devais quand même rester jusqu’à 17h.
C’était insoutenable. Mon corps me suppliait de ralentir, mais ma vie professionnelle exigeait que j’accélère. Quelque chose devait céder.
Maintenant, en freelance, j’ai la flexibilité dont j’ai besoin. Mais ça vient avec ses propres défis. Moins de revenus. Plus d’insécurité financière. La culpabilité constante de ne pas être aussi productive que « je devrais ».
Certaines semaines, je peux travailler 25-30 heures. D’autres semaines? Peut-être 10 heures si je suis chanceuse. Et les semaines où je suis en poussée? Zéro. Je dois accepter une perte de revenus complète.
La fatigue SP n’a pas juste changé comment je travaille. Elle a changé ma définition même de la productivité et du succès.
L’impact sur ma vie sociale
« Désolée, je ne peux pas venir ce soir. Je suis trop fatiguée. »
J’ai envoyé ce message tellement de fois. Tellement de fois que certains amis ont arrêté d’inviter.

Avant la SP, j’étais cette personne qui disait toujours oui. Sortie spontanée un jeudi soir? Oui! Weekend de camping? Oui! Souper suivi d’un spectacle? Absolument!
Maintenant, je dois calculer chaque sortie. Est-ce que j’ai assez d’énergie? Est-ce que ça vaut la dépense énergétique? Combien de temps vais-je me reposer après?
Les gens ne comprennent pas toujours. « Mais tu as l’air bien! » « Tu viens de dire non la dernière fois aussi. » « Tu dois juste te forcer un peu. »
Ce qu’ils ne voient pas, c’est le prix que je paie pour chaque sortie. Une soirée entre amis peut me coûter deux jours de repos complet. Un mariage peut me mettre hors service pendant une semaine.
J’ai appris à choisir. Certaines occasions valent ce prix. D’autres non. Mais chaque décision vient avec de la culpabilité et la peur de perdre mes amitiés.
Certaines amitiés n’ont pas survécu. Les gens qui pensaient que j’exagérais, que j’utilisais ma maladie comme excuse, qui ne pouvaient pas comprendre pourquoi je disais non si souvent. Leur départ a fait mal, mais il a aussi clarifié qui étaient mes vrais amis.
Les relations avec Marc
Marc voit ma fatigue d’une façon que personne d’autre ne voit. Il me voit les jours où je peux à peine sortir du lit. Les jours où prendre une douche m’épuise tellement que je dois me recoucher après.
Il a appris à reconnaître les signes avant même que je les admette. Le ralentissement de mes mouvements. Le ton de ma voix qui devient plus plat. La façon dont mes épaules s’affaissent.

« Tu as besoin de te reposer, » il dit doucement quand il voit les signes. Parfois, je proteste. Souvent, il a raison.
Mais vivre avec ma fatigue n’est pas facile pour lui non plus. Il a dû reprendre des tâches que je faisais avant. La cuisine certains jours. Le ménage. Les courses. Tout ce que je ne peux pas faire quand je suis épuisée.
Il ne se plaint jamais. Mais je vois la fatigue dans ses yeux aussi. Pas la fatigue neurologique que je vis, mais l’épuisement de devoir compenser pour ma maladie, de s’inquiéter constamment, de prendre soin de moi en plus de tout le reste.
La culpabilité est réelle. Je me sens comme un fardeau les jours où je ne peux rien faire pendant qu’il fait tout. Nous travaillons encore à naviguer cette dynamique, à trouver l’équilibre entre son soutien et ma préservation de dignité et d’indépendance.
Ce qui empire ma fatigue
J’ai appris, souvent à la dure, quels facteurs empirent ma fatigue. C’est devenu une science imprévisible que j’essaie encore de maîtriser.
La chaleur est mon ennemi numéro un. L’été québécois, que j’aimais tant avant, est maintenant une épreuve. Même une augmentation de température de quelques degrés peut déclencher une fatigue écrasante. Le phénomène d’Uhthoff, ils appellent ça. Moi, je l’appelle l’enfer.

Le stress amplifie tout. Une deadline serrée, une dispute avec Marc, des soucis financiers – tout ça draine mon énergie plus vite qu’un robinet ouvert. Comme si la fatigue neurologique n’était pas assez, le stress ajoute une couche supplémentaire d’épuisement.
Les infections sont catastrophiques. Un simple rhume peut me mettre K.O. pendant des semaines. Pas juste à cause du rhume lui-même, mais parce que mon système immunitaire déjà déréglé travaille en surcapacité, volant toute mon énergie.
Le manque de sommeil, ironiquement, crée un cercle vicieux. Je suis trop fatiguée pour bien dormir. Le mauvais sommeil empire ma fatigue. La fatigue empire mon sommeil. Et ainsi de suite.
La suractivité – même les bonnes journées. Si je profite trop d’une journée où j’ai de l’énergie, si je fais trop de choses en pensant « je me sens bien aujourd’hui! », je paie le prix pendant les jours suivants. C’est comme emprunter de l’énergie à mon futur moi.
Les stratégies qui m’aident (parfois)
Il n’y a pas de remède magique pour la fatigue SP. Mais j’ai développé quelques stratégies qui aident, du moins certains jours.
La gestion d’énergie est devenue mon mode de vie. Je visualise mon énergie comme une banque limitée. Chaque activité coûte des points d’énergie. Prendre une douche? 20 points. Faire l’épicerie? 50 points. Un projet client? 100 points. Je dois budgéter soigneusement.

Les siestes stratégiques sont essentielles. Pas les siestes de « je m’endors accidentellement sur le canapé », mais les siestes planifiées. 20-30 minutes en début d’après-midi peuvent parfois recharger juste assez pour finir la journée.
La pacing technique – faire les choses par petites tranches avec des pauses entre. Avant, je nettoyais toute la maison d’un coup. Maintenant? Une pièce par jour. Parfois une tâche par jour. Laver la vaisselle un jour, passer l’aspirateur le lendemain.
Prioriser impitoyablement. Je ne peux pas tout faire. Alors je choisis. Les choses essentielles en premier. Tout le reste? Ça peut attendre. Ou ne pas se faire du tout. Et apprendre à être en paix avec ça.
Accepter l’aide – probablement ma stratégie la plus difficile. Laisser Marc faire plus. Demander à ma mère de m’aider avec les courses. Payer quelqu’un pour nettoyer la maison quand je peux me le permettre. Abandonner l’idée que je dois tout faire moi-même.
Les médicaments et suppléments
Mon neurologue m’a prescrit de l’amantadine pour la fatigue. Ça aide certaines personnes avec la SP. Pour moi? L’effet est minimal. Peut-être une légère amélioration certains jours. Peut-être un effet placebo. Je continue de le prendre au cas où.

J’ai essayé les suppléments. Vitamine D (mes niveaux sont toujours bas). Vitamine B12. Coenzyme Q10. Oméga-3. La liste est longue et coûteuse.
Est-ce qu’ils aident? Honnêtement, je ne sais pas. Peut-être un peu. Peut-être pas. Mais j’ai peur d’arrêter et de découvrir qu’ils aidaient plus que je pensais.
Le café? Il marchait avant la SP. Maintenant, il ne fait presque rien. Je peux boire trois expressos et être toujours épuisée. La fatigue neurologique ne répond pas à la caféine comme la fatigue normale.
La vérité frustrante est qu’il n’y a pas de solution médicale efficace pour la fatigue SP. On gère, on s’adapte, on espère. Mais on ne guérit pas.
L’invalidité invisible
Le plus frustrant avec la fatigue SP? Elle est complètement invisible.
Je peux être épuisée au point de ne pas pouvoir fonctionner, et de l’extérieur, j’ai l’air normale. Je n’ai pas de plâtre. Je ne suis pas en fauteuil roulant. Je ne porte pas de signe visible de ma maladie.

Alors les gens jugent. « Elle a l’air bien. » « Elle exagère probablement. » « Si elle était vraiment si fatiguée, elle ne pourrait pas [insérer activité qu’ils m’ont vue faire]. »
Ce qu’ils ne voient pas, c’est le prix que je paie. Que cette sortie au restaurant leur a coûté deux jours de repos. Que ce projet que j’ai livré m’a épuisée pendant une semaine. Que maintenir une apparence de normalité est épuisant en soi.
J’ai arrêté d’essayer de convaincre tout le monde. Ceux qui veulent comprendre feront l’effort. Ceux qui ne veulent pas? Je ne peux pas gaspiller ma précieuse énergie à les convaincre.
Les jours où je ne reconnais plus ma vie
Il y a des jours où je regarde ma vie et je ne la reconnais plus.
Avant la SP, je courais des 10km. Je randonnais chaque weekend. Je travaillais sur trois projets en même temps. Ma vie sociale était riche et spontanée.

Maintenant? Certains jours, marcher jusqu’à la cuisine m’épuise. Prendre une douche nécessite de la planification et du repos après. Mes weekends sont souvent passés sur le canapé, récupérant de la semaine.
Le deuil de cette ancienne vie revient par vagues. Je pleure parfois pour la Sophie qui pouvait tout faire, qui n’avait jamais à calculer son énergie, qui ne connaissait pas cette fatigue écrasante.
Mais je suis aussi en train d’apprendre à accepter cette nouvelle réalité. À trouver de la valeur dans les petites victoires. À redéfinir ce que signifie « vivre pleinement » quand mon énergie est si limitée.
Ce que je voudrais que les gens comprennent
Si je pouvais faire comprendre une chose aux gens qui n’ont pas la SP, ce serait celle-ci :
Ma fatigue n’est pas votre fatigue.
Quand vous dites « je suis fatiguée aussi », ce n’est pas la même chose. Quand vous suggérez que je dorme mieux ou que je fasse plus d’exercice, vous ne comprenez pas. Quand vous êtes frustrés que j’annule des plans, vous ne voyez pas l’invisible.

Je ne choisis pas d’être fatiguée. Je ne suis pas paresseuse. Je ne manque pas de motivation. Mon système nerveux endommagé créé un type de fatigue que vous ne pouvez pas comprendre si vous ne l’avez pas vécu.
Quand j’annule des plans, ce n’est pas parce que je ne veux pas venir. C’est parce que je ne peux littéralement pas. Quand je dis que je suis trop fatiguée, je ne cherche pas d’excuse. Je suis honnête.
Votre patience, votre compréhension, votre croyance en mon expérience – c’est tout ce que je demande.
Apprendre à vivre avec
Trois ans après mon diagnostic, je suis toujours en train d’apprendre à vivre avec cette fatigue. Certains jours sont meilleurs que d’autres. Certains jours, j’accepte mes limites avec grâce. D’autres jours, je suis en colère contre mon corps qui me trahit.
J’ai appris que la fatigue SP n’est pas quelque chose que je peux « vaincre ». Je ne peux pas la pousser à travers. Je ne peux pas l’ignorer. Je ne peux pas la souhaiter disparaître.

Tout ce que je peux faire, c’est m’adapter. Ralentir. Écouter mon corps. Accepter que certains jours, accomplir le minimum est suffisant. Redéfinir la productivité et la valeur au-delà de ce que je peux faire.
La fatigue SP a volé beaucoup de choses de ma vie. Mon emploi. Une partie de ma vie sociale. Ma capacité de planifier avec certitude. Mon ancienne définition de moi-même.
Mais elle ne peut pas voler tout. Elle ne peut pas voler ma valeur en tant que personne. Elle ne peut pas voler les relations qui ont survécu. Elle ne peut pas voler les moments de joie que je trouve entre les périodes d’épuisement.
Je suis toujours Sophie. Juste une Sophie qui doit se reposer beaucoup plus maintenant.
Un message pour ceux qui vivent cette fatigue
Si vous lisez ceci et que vous vivez aussi cette fatigue écrasante de la SP, je veux que vous sachiez quelque chose :
Vous n’êtes pas paresseux. Vous n’exagérez pas. Vous n’êtes pas faible.
Votre fatigue est réelle. Elle est valide. Elle est une manifestation légitime d’une maladie neurologique. Vous n’avez pas à vous justifier, à prouver, à convaincre.
Donnez-vous la permission de vous reposer sans culpabilité. Votre corps se bat contre une maladie chronique. Il a besoin et mérite du repos.
Redéfinissez la productivité. Certains jours, prendre une douche EST un accomplissement. Préparer un repas EST une victoire. Survivre à une journée difficile EST suffisant.
Trouvez votre communauté. Les gens qui comprennent vraiment. Pour moi, ça a été un groupe en ligne de personnes avec la SP. Ces connexions sont précieuses.
Et rappelez-vous : vous êtes plus que votre niveau d’énergie. Vous êtes plus que ce que vous pouvez accomplir en une journée. Votre valeur n’est pas liée à votre productivité.
Les jours difficiles ne durent pas toujours. Il y aura des jours meilleurs. Pas parfaits, mais meilleurs. Accrochez-vous à cet espoir.
NOTE IMPORTANTE
La fatigue liée à la SP est un symptôme médical réel, pas de la paresse ou un manque de motivation. Si votre fatigue devient ingérable, discutez avec votre équipe médicale des options de traitement, incluant possiblement des médicaments spécifiques, la physiothérapie, ou des stratégies de conservation d’énergie.
NOTE DE SOPHIE
De tous mes symptômes, la fatigue est celui qui m’a le plus surprise et le plus affectée. Avant la SP, j’étais une pile électrique. Maintenant, certains jours, prendre une douche est un marathon. Ces études me rassurent en confirmant que je ne suis pas seule – 61% des jeunes avec la SP mentionnent la fatigue comme symptôme principal. C’est réel, c’est documenté, et c’est OK de reconnaître qu’on ne peut pas tout faire.
Pour aller plus loin : ce que dit la science
Prévalence et impact de la fatigue dans la SP
La fatigue est reconnue comme l’un des symptômes les plus fréquents et les plus invalidants de la SP. Une revue systématique et méta-analyse récente (2024) rapporte que la prévalence de la fatigue varie entre 52% et 90% des personnes vivant avec la SP, avec une prévalence globale estimée à environ 81%. Cette variabilité s’explique par les différentes échelles de mesure utilisées et les populations étudiées.
Référence : Global prevalence of fatigue in patients with MS: systematic review and meta-analysis – Frontiers in Neurology 2024
Une étude norvégienne contemporaine portant sur 1 599 personnes atteintes de SP a confirmé une prévalence de fatigue de 81%, avec une prévalence significativement plus élevée chez les femmes (83%) que chez les hommes (78%, p=0,02). La prévalence augmente avec l’âge et la sévérité de la maladie, bien qu’en analyse multivariée, seuls le sexe et la sévérité de la maladie demeurent des facteurs significativement associés.
Référence :
Une revue systématique évaluant le fardeau de la fatigue liée à la SP a analysé 54 études et démontre que la fatigue affecte négativement la qualité de vie et les résultats professionnels. Bien que les preuves concernant les coûts de santé directs soient limitées, l’impact sur l’emploi est considérable, avec une proportion significative de personnes atteintes rapportant que leur capacité à travailler ou étudier est négativement affectée.
Référence : Prevalence and burden of MS-related fatigue: systematic literature review – BMC Neurology 2021
Pathophysiologie de la fatigue dans la SP
La pathophysiologie exacte de la fatigue liée à la SP n’est pas complètement élucidée, mais elle est considérée comme multifactorielle. Une revue complète de 2023 analysant 88 études scientifiques suggère que la fatigue SP pourrait être causée par des anomalies dans la structure et la fonction du système nerveux central, incluant les dommages à la gaine de myéline, des altérations dans la fonction des neurotransmetteurs et un métabolisme cellulaire altéré.
Référence : Overview of current pathophysiology of fatigue in MS – Neuropsychiatric Disease and Treatment 2023
La fatigue motrice et la fatigabilité dans la SP résultent soit de lésions dans les réseaux corticaux ou les voies motrices (fatigue primaire), soit d’un déconditionnement avec adaptations musculaires et autonomiques subséquentes. Le lien pathophysiologique entre la dysrégulation cardiovasculaire et la performance physique altérée est bien établi, avec une prévalence élevée de dysfonction autonome chez les personnes atteintes de SP.
Référence : The pathophysiology of motor fatigue and fatigability in MS – Frontiers in Neurology 2022
Des recherches utilisant la stimulation magnétique transcrânienne et d’autres paradigmes d’excitabilité corticale ont été largement utilisées pour examiner les processus pathophysiologiques derrière la fatigue SP, impliquant la neurotransmission GABAergique, glutamatergique et cholinergique. Bien que ces techniques fournissent des informations sur les circuits de modulation neuronale, la compréhension complète des mécanismes reste un domaine de recherche active.
Référence : Fatigue in MS: Review of exploratory and therapeutic potential of non-invasive brain stimulation – Frontiers in Neurology 2022
Interventions pharmacologiques pour la fatigue SP
Une revue systématique récente (2025) analysant 28 essais contrôlés randomisés publiés entre 2016 et 2023 a révélé que les interventions pharmacologiques pour la fatigue SP sont peu nombreuses et ont des effets limités. Les médicaments étudiés incluent l’amantadine, l’ondansétron, le méthylphénidate et le modafinil, avec peu d’effets démontrés sur la fatigue.
Référence : Fatigue in MS: Scoping review of pharmacological and nonpharmacological interventions – Multiple Sclerosis and Related Disorders 2025
La conclusion générale est qu’il n’existe actuellement aucun traitement pharmacologique convaincant disponible pour la fatigue liée à la SP. Le manque de connaissance de la pathophysiologie de la fatigue limite les recommandations de prévention, de contrôle et de gestion, suggérant qu’une approche globale et interdisciplinaire est nécessaire pour gérer ce symptôme.
Référence : Current perspectives on diagnosis and management of fatigue in MS – Expert Review of Neurotherapeutics 2022
Gestion d’énergie et techniques de conservation
Une revue systématique évaluant l’efficacité du traitement de conservation d’énergie a inclus six essais (quatre ECR et deux essais cliniques contrôlés) impliquant 494 participants. Les interventions de conservation d’énergie basées sur des protocoles fondés sur des données probantes incluaient l’éducation sur l’équilibrage, la modification et la priorisation des activités, le repos, les soins personnels, la communication efficace, la biomécanique, l’ergonomie et les modifications environnementales.
Référence : Management of Fatigue in Persons with MS – Clinical Medicine Insights: Therapeutics 2014
La méta-analyse de deux études de haute qualité a démontré que les interventions de conservation d’énergie étaient significativement plus efficaces que l’absence de traitement pour réduire l’impact de la fatigue et améliorer la qualité de vie à court terme. Les interventions peuvent être efficaces pour réduire l’impact de la fatigue et améliorer trois échelles de qualité de vie : le fonctionnement du rôle physique, la fonction sociale et la santé mentale.
Référence : Effectiveness of energy conservation treatment: systematic review and meta-analysis – Archives of Physical Medicine and Rehabilitation 2013
Le cadre des 4 P pour la gestion d’énergie
Les professionnels de santé travaillant avec des conditions chroniques enseignent fréquemment le cadre des « 4 P » pour guider les efforts de conservation d’énergie :
- Planification (Plan) : Planifier les activités selon les niveaux d’énergie
- Rythme (Pace) : Se donner un rythme avec des pauses régulières
- Priorisation (Prioritize) : Prioriser ce qui compte le plus
- Positionnement (Position) : Positionner son corps pour travailler efficacement
Référence : Energy Conservation for Multiple Sclerosis – Solace Health
Une étude de suivi à long terme (5 ans) d’un programme d’autogestion multimodal de la fatigue (Fatigue: Take Control) a identifié que les stratégies les plus couramment utilisées par les participants incluaient l’amélioration de l’efficacité par la planification stratégique, la conservation d’énergie par le rythme et le repos, et l’amélioration de la qualité du sommeil. Les participants qui étaient conscients que leur fatigue progressait typiquement au cours de la journée arrangeaient la plupart de leurs activités pendant les périodes de plus haute énergie.
Référence : MS Fatigue Self-Management: Strategies 5 Years After Multimodal Intervention – International Journal of MS Care 2024
Interventions psychologiques et éducatives
Une revue systématique évaluant les interventions éducatives a inclus huit essais contrôlés randomisés impliquant 662 personnes atteintes de SP. Les interventions éducatives comprenaient des programmes de gestion de la fatigue, des programmes de conservation d’énergie, des interventions de pleine conscience et la thérapie cognitivo-comportementale. Les auteurs ont trouvé une amélioration globale significative avec une taille d’effet poolée importante de 0,54 (IC 95% : 0,30-0,77, p<0,001).
Référence : Management of Fatigue in Persons with MS – Clinical Medicine Insights: Therapeutics 2014
Un programme structuré de gestion de la fatigue basé sur des approches psychologiques délivré par des professionnels de santé peut être efficace pour réduire la sévérité de la fatigue et augmenter l’auto-efficacité face à la fatigue. Il peut être cliniquement bénéfique et peut être facilement intégré dans les services existants.
Prédicteurs de réponse aux interventions
Une analyse secondaire d’un essai contrôlé randomisé a investigué si des déterminants démographiques, liés à la maladie ou personnels pouvaient prédire une réponse positive à la gestion de conservation d’énergie (ECM). Les résultats suggèrent que les personnes atteintes de fatigue liée à la SP qui avaient une perception moins négative de la fatigue et qui percevaient moins de bénéfices de la maladie avaient une probabilité plus élevée d’être des répondeurs au traitement.
Référence : Energy Conservation Management for People With MS-Related Fatigue: Who Benefits? – The American Journal of Occupational Therapy 2019
Avertissement médical important
La fatigue liée à la SP est un symptôme médical complexe nécessitant une évaluation professionnelle. Bien que les stratégies de gestion d’énergie décrites dans cet article soient basées sur des données probantes, elles ne remplacent pas une consultation médicale appropriée.
Si votre fatigue devient ingérable ou s’aggrave significativement, consultez votre neurologue ou votre équipe médicale. Des causes secondaires de fatigue (troubles du sommeil, dépression, anémie, troubles thyroïdiens, effets secondaires médicamenteux) doivent être évaluées et traitées. Des options de traitement incluant des médicaments spécifiques, la physiothérapie, l’ergothérapie ou des programmes d’autogestion structurés peuvent être appropriées selon votre situation individuelle.
Les informations présentées dans cet article sont basées sur l’expérience personnelle de Sophie et sur des études scientifiques, mais ne constituent pas un avis médical. Chaque personne atteinte de SP présente une évolution unique de la maladie et peut réagir différemment aux stratégies de gestion. N’hésitez pas à discuter de vos symptômes de fatigue avec votre équipe de soins.
Pour obtenir du soutien ou des ressources supplémentaires, contactez la Société canadienne de la sclérose en plaques au 1-800-268-7582.
