« Je ne suis pas folle » : pourquoi j’ai minimisé mes symptômes pendant des mois

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Femme debout dans une cuisine, versant du café dans une tasse colorée, entourée d’un environnement quotidien en noir et blanc, illustrant un moment ordinaire où l’effort et les symptômes sont minimisés aux yeux des autres.

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« J’ai passé des mois à me convaincre que ce n’était rien. Maintenant, j’écoute mon corps plutôt que de le faire taire. »

Sophie

Il y a cette petite voix dans ta tête qui commence à murmurer. D’abord doucement, puis de plus en plus fort : « Quelque chose ne va pas. Vraiment pas. »

Mais il y a une autre voix, beaucoup plus forte, qui lui répond : « Tu exagères. Arrête de dramatiser. Tu es juste fatiguée. »

Pendant six mois, j’ai écouté la deuxième voix. Pendant six mois, j’ai trouvé des excuses pour chaque symptôme bizarre. Pendant six mois, j’ai fait semblant que tout allait bien.

L’art de rationaliser l’irrationnel

Je suis devenue experte dans l’art de minimiser ce qui se passait dans mon corps. Chaque symptôme avait son explication rassurante, soigneusement construite pour ne pas avoir à affronter la possibilité que quelque chose de sérieux se tramait.

Cahier de notes ouvert avec des listes et des explications manuscrites, évoquant un journal personnel et une réflexion intime.

Mes pieds engourdis ? « C’est sûrement mes nouvelles chaussures de course. Ou peut-être que je reste trop assise à mon bureau. » La fatigue écrasante ? « Je travaille trop. J’ai besoin de mieux dormir. Peut-être des vitamines ? »

Les problèmes de vision ? « Trop d’heures devant l’écran. Je vais prendre une pause numérique ce weekend. » Ma maladresse grandissante ? « Je suis juste distraite en ce moment. Beaucoup de projets en tête. »

Chaque explication semblait logique prise individuellement. C’est seulement quand on regarde l’ensemble du tableau qu’on voit le vrai problème. Mais je refusais de regarder l’ensemble du tableau.

La peur de savoir

Pourquoi on fait ça ? Pourquoi on ignore des signaux aussi clairs de notre propre corps ?

Pour moi, la réponse est simple mais difficile à admettre : j’avais peur. Terriblement peur.

Silhouette d’une personne devant une fenêtre la nuit, baignée de lumière froide, évoquant l’anxiété et la solitude.

Peur de découvrir que j’avais quelque chose de grave. Peur de perdre le contrôle sur ma vie. Peur de devenir un fardeau. Peur de ne plus être la Sophie productive, indépendante, capable de tout gérer.

Si je n’allais pas chez le médecin, si je ne cherchais pas de réponses, alors peut-être que le problème n’existait pas vraiment. Peut-être qu’il disparaîtrait tout seul. Peut-être que je pouvais continuer à vivre comme avant.

C’est fou comme logique notre cerveau peut être dans le déni. Et comme persuasif.

« Tu as juste besoin de te reposer »

Mon entourage, sans le vouloir, a renforcé ma tendance à minimiser. Quand je mentionnais ma fatigue, on me répondait : « C’est normal, tu travailles tellement fort ! » Quand je parlais de mes engourdissements, on me suggérait un massage.

Ces réponses bien intentionnées me donnaient la permission de ne pas m’inquiéter. Si les gens autour de moi trouvaient mes symptômes normaux, alors ils devaient l’être, non ?

Groupe d’amis assis autour d’une table de café, échangeant et discutant dans une ambiance sociale chaleureuse.

Même Marc, qui me connaît mieux que personne, n’avait pas encore saisi l’ampleur de ce qui se passait. « Peut-être que tu devrais prendre quelques jours de congé ? Te reposer vraiment ? » me suggérait-il.

Je hochais la tête, en me disant que oui, c’était probablement ça. Juste du repos. Rien de plus sérieux.

Personne ne savait que je me réveillais certaines nuits, paniquée, en me demandant ce qui n’allait pas avec moi. Personne ne voyait que je pleurais parfois dans ma voiture avant d’entrer au bureau, épuisée avant même de commencer ma journée.

Le prix de la productivité

Il y a quelque chose de plus profond dans ma résistance à chercher de l’aide. Quelque chose qui touche à ma conception même de ma valeur en tant que personne.

J’ai grandi avec l’idée que ma valeur se mesurait à ce que j’accomplissais. À mon travail. À ma productivité. À ma capacité de tout gérer sans aide.

Admettre que quelque chose n’allait pas signifiait admettre une faiblesse. Et la faiblesse n’avait pas sa place dans l’image que je voulais projeter. Je devais être forte. Capable. Indépendante. Toujours.

Ralentir ? Demander de l’aide ? Reconnaître mes limites ? Impensable. Cela remettait en question toute mon identité, tout ce que je pensais devoir être pour avoir de la valeur.

Alors je continuais. Je poussais. Je faisais semblant. Même quand mon corps criait qu’il fallait arrêter.

Les signaux que je ne pouvais plus ignorer

Mais notre corps est têtu. Il continue d’envoyer des messages, de plus en plus forts, jusqu’à ce qu’on soit obligé d’écouter.

Pour moi, le point de rupture est arrivé lors de cette randonnée avec Amélie que j’ai mentionnée dans mon article précédent. Mais il y avait eu d’autres incidents avant, des moments où j’aurais dû comprendre que quelque chose de sérieux se passait.

[IMAGE SUGGÉRÉE : Sentier de randonnée avec une personne assise sur un rocher, air épuisé, nature québécoise]

Personne assise sur un rocher le long d’un sentier de randonnée en nature québécoise, semblant fatiguée et en pause.

Comme ce jour où j’ai dû m’excuser en plein meeting client parce que je ne me souvenais plus du mot « palette de couleurs ». Mon cerveau était dans le brouillard, et le mot, ce mot simple que j’utilisais dix fois par jour, restait coincé quelque part, inaccessible.

Ou cette soirée où j’ai dû quitter un souper entre amis après seulement une heure, tellement j’étais épuisée que je ne pouvais plus suivre les conversations. Marc a dû inventer une excuse pour moi.

Ou ce matin où je me suis rendu compte que mes mains tremblaient tellement que je ne pouvais plus dessiner avec précision. Moi, graphiste de métier, incapable de tracer une ligne droite.

Le moment où tout a basculé

C’est Amélie qui m’a finalement forcé à regarder la vérité en face. Après cette randonnée désastreuse où j’avais dû m’arrêter après quinze minutes, elle m’a regardée droit dans les yeux.

« Sophie, ça fait trois mois que tu me dis que tu es juste fatiguée. Que c’est le stress. Que ça va passer. Mais ça ne passe pas, ça empire. Tu ne trouves pas ça bizarre ? »

Deux femmes assises côte à côte sur un banc de parc, échangeant une conversation sérieuse avec une complicité évidente.

Elle a sorti son téléphone et m’a montré ses notes. Oui, elle prenait des notes. Depuis des semaines, elle documentait chaque fois que je mentionnais un symptôme, chaque activité que j’avais dû annuler, chaque changement qu’elle observait en moi.

La liste était longue. Beaucoup plus longue que je ne l’aurais imaginé. Voir tous ces incidents réunis ensemble, écrits noir sur blanc par quelqu’un d’autre, a brisé mes défenses.

« Tu dois voir un médecin. Pas dans deux semaines. Maintenant. Je vais t’accompagner si tu veux, mais tu y vas. »

Admettre qu’on a besoin d’aide

Cette nuit-là, j’ai pleuré. Longtemps. Marc me tenait dans ses bras, silencieux, me laissant évacuer des mois d’anxiété refoulée.

Admettre que quelque chose n’allait pas, vraiment pas, était à la fois terrifiant et libérateur. C’était comme si j’enlevais enfin un masque que je portais depuis des mois, un masque qui pesait de plus en plus lourd.

Gros plan de deux mains qui se tiennent doucement, symbolisant le soutien, la connexion et la solidarité.

« J’ai peur, » ai-je finalement murmuré à Marc. « J’ai vraiment peur de ce qu’ils vont trouver. »

« Je sais, » a-t-il répondu. « Mais c’est peut-être quelque chose de simple. Et si ce n’est pas simple, on va affronter ça ensemble. Mais on ne peut pas affronter quelque chose qu’on refuse de nommer. »

Il avait raison. Le déni ne me protégeait pas. Il me rendait juste plus vulnérable, plus isolée, plus effrayée.

Le lendemain du déni

Le lendemain matin, j’ai pris rendez-vous avec mon médecin de famille. La prochaine disponibilité était dans trois semaines. Trois semaines qui m’ont semblé une éternité.

Pendant ces trois semaines d’attente, quelque chose a changé en moi. Maintenant que j’avais admis qu’il y avait un problème, je ne pouvais plus l’ignorer. Chaque symptôme devenait plus présent, plus réel, plus effrayant.

Calendrier avec une date encerclée en rouge indiquant un rendez-vous médical important.

J’ai commencé à documenter mes symptômes sérieusement. Pas pour les minimiser ou les expliquer, mais simplement pour les noter. Quand ils apparaissaient. Leur intensité. Leur impact sur ma vie quotidienne.

C’était étrange de voir tout ça écrit. Certains jours, la liste était courte. D’autres jours, elle remplissait une page entière. La variation elle-même était un symptôme – cette imprévisibilité qui rendait tout encore plus déstabilisant.

Ce que j’ai appris sur le déni

Avec le recul, je comprends mieux pourquoi j’ai minimisé mes symptômes pendant si longtemps. Ce n’était pas de la stupidité ou de l’entêtement. C’était une tentative de protection, une façon de gérer une peur trop grande pour être affrontée d’un coup.

Le déni est un mécanisme de défense normal. Notre cerveau essaie de nous protéger de ce qui pourrait nous submerger. Mais il y a un moment où ce qui devait nous protéger devient ce qui nous met en danger.

Personne debout devant un miroir, observant son reflet avec une expression de réflexion et d’acceptation.

Si je pouvais parler à quelqu’un qui est en train de minimiser ses propres symptômes en ce moment, voici ce que je dirais :

Je comprends ta peur. Je comprends pourquoi tu veux que ce soit juste du stress, juste de la fatigue, juste n’importe quoi d’autre que quelque chose de sérieux. Je comprends pourquoi tu rationalises, pourquoi tu attends, pourquoi tu espères que ça va juste disparaître.

Mais écoute-moi : chercher des réponses ne fait pas apparaître un problème. Le problème existe déjà, que tu le reconnaisses ou non. La seule différence, c’est qu’en cherchant des réponses, tu te donnes le pouvoir d’agir.

Les signes que vous minimisez peut-être vos symptômes

Comment savoir si vous êtes en train de faire ce que j’ai fait ? Voici quelques signes qui m’ont caractérisée pendant ces mois de déni :

Vous trouvez une explication différente pour chaque symptôme, mais vous ne regardez jamais l’ensemble du tableau. Vous dites souvent « c’est juste… » ou « c’est probablement… » avant d’expliquer vos symptômes.

liste-verification-journal

Vous annulez ou évitez des activités que vous aimiez, mais vous ne reconnaissez pas vraiment pourquoi. Vous attendez que les symptômes deviennent « assez graves » avant de consulter, sans vraiment définir ce que « assez grave » signifie.

Vous vous comparez aux autres pour minimiser ce que vous vivez : « D’autres gens ont des problèmes bien plus sérieux. » Vous avez peur de ce que le médecin pourrait trouver, alors vous reportez le rendez-vous.

Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces points, il est peut-être temps d’arrêter de minimiser et de commencer à chercher des réponses.

Le courage de regarder la vérité en face

Prendre ce rendez-vous médical a été l’un des actes les plus courageux que j’ai posés. Pas parce que c’était difficile physiquement, mais parce que ça signifiait accepter ma vulnérabilité, admettre que je ne contrôlais pas tout, reconnaître que j’avais besoin d’aide.

Dans quelques semaines, je me retrouverais dans le cabinet de mon médecin, commençant le marathon médical qui mène au diagnostic. Mais à ce moment-là, tout ce que j’avais fait, c’était admettre la vérité : quelque chose n’allait pas, et je ne pouvais plus faire semblant.

Main ouvrant une porte laissant entrer la lumière, symbolisant le passage à l’action et un nouveau départ.

Si vous êtes en train de vivre cette même lutte intérieure en ce moment, sachez que vous n’êtes pas seul(e). La peur est normale. Le déni est compréhensible. Mais votre corps mérite qu’on l’écoute. Vous méritez des réponses.

Et non, vous n’êtes pas fou/folle. Vos symptômes sont réels. Votre inquiétude est légitime. Et chercher de l’aide n’est pas une faiblesse – c’est un acte de courage et de respect envers vous-même.

NOTE IMPORTANTE

La minimisation des symptômes est une réaction psychologique normale face à des nouvelles inquiétantes, mais elle peut retarder le diagnostic et le traitement. Si vous reconnaissez ce pattern chez vous, parlez-en à un professionnel de la santé qui peut vous aider à trouver des stratégies d’adaptation plus constructives.

NOTE DE SOPHIE

Lire ces études sur les stratégies d’évitement me fait sourire jaune – j’étais un cas d’école! Ce qui est fascinant, c’est de voir que mon réflexe de minimiser n’était pas unique, mais une réaction humaine documentée. Maintenant, je comprends que reconnaître mes symptômes n’était pas du catastrophisme, mais plutôt du réalisme nécessaire. Le déni m’a peut-être protégée temporairement, mais il m’a aussi coûté du temps précieux.

Pour aller plus loin : études et ressources scientifiques

Stratégies d’adaptation et déni

Impact psychologique du déni et de la minimisation

Relation entre stratégies d’adaptation et résultats cliniques

Acceptation versus déni