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« Choisir un traitement, c’était intimidant. Mais devenir experte de ma propre maladie m’a donné du pouvoir sur une situation qui me semblait incontrôlable. »
Sophie

« Vous allez devoir choisir un traitement modificateur de la maladie. »
C’est ce que le Dr. Bergeron m’a dit deux semaines après mon diagnostic de SP. Il m’a remis une pile de brochures sur différents médicaments. Des noms que je ne pouvais même pas prononcer : interféron bêta, acétate de glatiramère, natalizumab, fingolimod.
« Prenez quelques semaines pour y penser. Faites vos recherches. Nous en reparlerons à votre prochain rendez-vous. »
Faire mes recherches. Comme si j’étais qualifiée pour prendre une décision médicale aussi importante. Comme si je pouvais comprendre la science complexe derrière ces traitements. Comme si je savais comment peser les bénéfices contre les risques.
Mais c’était ma décision à prendre. Mon corps. Ma maladie. Mon choix.
Alors j’ai fait mes recherches. Beaucoup de recherches. Parfois trop de recherches. Voici ce que j’ai appris sur les traitements modificateurs de la maladie pour la SP.
Sommaire
Qu’est-ce qu’un traitement modificateur de la maladie?
Avant de plonger dans les options spécifiques, laissez-moi expliquer ce que ces traitements font réellement. Parce que j’ai dû apprendre tout ça de zéro.
Les traitements modificateurs de la maladie (TMM) ne guérissent pas la SP. Je veux être très claire là-dessus. Il n’y a pas de remède. Ces médicaments ne font pas disparaître la maladie.

Ce qu’ils font, c’est modifier le cours de la maladie. Ils ralentissent la progression. Ils réduisent la fréquence et la sévérité des poussées. Ils diminuent l’accumulation de nouvelles lésions dans le cerveau et la moelle épinière.
La SP est une maladie auto-immune. Mon système immunitaire attaque par erreur la myéline – la gaine protectrice autour de mes nerfs. Les TMM modulent ou suppriment cette réponse immunitaire défectueuse.
C’est un équilibre délicat. Supprimer assez le système immunitaire pour protéger la myéline, mais pas tellement que je deviens vulnérable aux infections.
Chaque traitement trouve cet équilibre différemment. Et aucun ne fonctionne parfaitement pour tout le monde.
Les catégories de traitements : efficacité vs risques
J’ai rapidement appris que les traitements SP se classent généralement en trois catégories selon leur efficacité et leurs risques.
Les traitements de première ligne (efficacité modérée, risques plus faibles) incluent les interférons bêta, l’acétate de glatiramère, le tériflunomide, et le diméthyl fumarate. Ce sont généralement les premiers traitements offerts lors du diagnostic.
[SUGGESTION IMAGE 3 : Tableau comparatif simple avec trois colonnes (première ligne, deuxième ligne, troisième ligne), style infographique]

Les traitements de deuxième ligne (efficacité plus élevée, risques modérés à élevés) incluent le natalizumab, le fingolimod, et d’autres. On les offre généralement si les traitements de première ligne ne fonctionnent pas ou si la maladie est très active dès le début.
Les traitements de troisième ligne (très haute efficacité, risques élevés) comme l’alemtuzumab et l’ocrelizumab. Réservés pour les cas plus sévères ou les formes progressives.
Cette hiérarchie n’est pas absolue. Certains neurologues commencent maintenant directement avec des traitements plus efficaces pour certains patients. Le débat « escalade » (commencer doux et augmenter si nécessaire) versus « induction » (commencer fort d’emblée) continue dans la communauté médicale.
Mais au Québec, avec notre système de santé public, la RAMQ favorise généralement l’approche d’escalade. Tu dois « échouer » un traitement de première ligne avant d’avoir accès aux options plus puissantes.
Cette politique a du sens d’un point de vue de gestion des coûts et de risques. D’un point de vue patient? C’est terrifiant de savoir que tu ne peux accéder au meilleur traitement qu’après avoir laissé ta maladie progresser.
L’interféron bêta : mon choix (pour l’instant)
Après des semaines de recherches obsessionnelles, j’ai choisi l’interféron bêta-1a (Rebif). C’est un traitement de première ligne, administré par injection sous-cutanée trois fois par semaine.
Pourquoi ce choix? Plusieurs raisons:
L’historique d’utilisation. L’interféron bêta est utilisé depuis les années 1990. Il y a des décennies de données sur son efficacité et sa sécurité. Pas de surprises à long terme inconnues.

Le profil de sécurité. Comparé aux traitements plus puissants, les risques sont relativement faibles. Pas de risque de LEMP (leucoencéphalopathie multifocale progressive), pas de suppression immunitaire majeure, pas de risques cardiaques importants.
L’accès facile. Comme traitement de première ligne, il était immédiatement approuvé par la RAMQ. Pas de bataille bureaucratique pour y accéder.
Le contrôle. Je m’administre moi-même les injections à la maison. Je ne dépends pas de perfusions à l’hôpital ou de rendez-vous réguliers pour recevoir mon traitement.
Mais ce choix venait aussi avec des compromis. L’interféron bêta n’est pas le traitement le plus efficace disponible. Son taux de réduction des poussées est d’environ 30-35%. D’autres traitements offrent 50%, 60%, même 70% de réduction.
J’ai essentiellement choisi la sécurité et l’accessibilité au détriment de l’efficacité maximale. C’était la bonne décision pour moi à ce moment-là. Mais je me demande parfois « et si ».
Les effets secondaires : ce qu’on ne te dit pas toujours
Les brochures mentionnent les effets secondaires. Mais elles ne te préparent pas vraiment à la réalité de les vivre.
Les premiers mois avec l’interféron ont été difficiles. Les symptômes pseudo-grippaux après chaque injection – fièvre, frissons, douleurs musculaires, fatigue intense – duraient 12-24 heures. Trois fois par semaine, je me sentais comme si j’avais la grippe.

« Prenez de l’ibuprofène avant l’injection, » m’avait conseillé Marie-Claude, mon infirmière pivot. « Ça aide à prévenir les symptômes. »
Ça aidait un peu. Mais pas complètement. J’ai dû planifier mes injections pour les soirs où je n’avais rien le lendemain. Parce que le lendemain, j’étais souvent incapable de fonctionner normalement.
Les réactions au site d’injection étaient une autre surprise désagréable. Rougeur, gonflement, douleur. J’ai développé des nodules sous la peau aux endroits d’injection répétés. Maintenant, trois ans plus tard, j’ai une carte mentale des zones de mon corps à éviter parce qu’elles sont trop sensibles.
Puis il y a les effets secondaires moins discutés. Les changements d’humeur. L’aggravation de mon anxiété les premiers mois. Les perturbations du cycle menstruel. La perte de cheveux (légère mais quand même préoccupante).
Ces effets se sont généralement améliorés avec le temps. Mon corps s’est adapté. Mais personne ne m’avait vraiment préparée à quel point les premiers mois seraient difficiles.
Je me demandais constamment : est-ce que le traitement vaut ces effets secondaires? Est-ce que je devrais essayer autre chose?
Le processus de décision : peser l’impesable
Choisir un traitement pour la SP, c’est comme jouer aux probabilités avec ta propre vie.
Le Dr. Bergeron m’a expliqué : « L’interféron réduit le taux de poussées d’environ 30-35%. Ça ralentit l’accumulation de nouvelles lésions. Mais nous ne pouvons pas prédire comment VOTRE SP va répondre spécifiquement. »

Comment es-tu censée prendre une décision avec tant d’incertitude?
J’ai fait des tableaux comparatifs. Traitement A vs Traitement B. Efficacité, effets secondaires, mode d’administration, coût (même si couvert par la RAMQ), impact sur la vie quotidienne.
J’ai lu des études scientifiques que je comprenais à moitié. J’ai regardé des webinaires. J’ai rejoint des groupes Facebook de personnes avec la SP pour entendre leurs expériences avec différents traitements.
J’ai passé des nuits à 2h du matin à lire des forums médicaux, essayant de comprendre des termes comme « taux annualisé de poussées » et « progression soutenue du handicap ».
Marc m’a trouvée en larmes plusieurs fois. « Je ne sais pas quoi choisir. Comment suis-je censée savoir? »
« Tu fais de ton mieux avec l’information que tu as, » m’a-t-il dit. « Tu n’as pas à faire le choix parfait. Tu dois juste faire un choix raisonnable maintenant. Tu peux toujours changer plus tard si ça ne fonctionne pas. »
Cette perspective m’a aidée. Le choix n’était pas permanent. C’était un point de départ, pas une destination finale.
Les traitements que j’ai considérés (et pourquoi je les ai rejetés)
Avant de choisir l’interféron, j’ai sérieusement considéré d’autres options:
L’acétate de glatiramère (Copaxone). Efficacité similaire à l’interféron, mais injection quotidienne. L’idée de m’injecter CHAQUE jour me terrifiait. L’interféron trois fois par semaine semblait déjà beaucoup.

Le tériflunomide (Aubagio). Comprimé oral, ce qui était attrayant. Mais les risques hépatiques nécessitaient une surveillance étroite. Et surtout, les avertissements sur la grossesse étaient sérieux – le médicament peut causer des malformations congénitales sévères, et il reste dans le système pendant des années.
Marc et moi parlions encore de peut-être avoir des enfants un jour. Je ne voulais pas un traitement qui compliquerait encore plus cette décision déjà difficile.
Le natalizumab (Tysabri). Plus efficace que l’interféron, mais avec le risque rare mais terrifiant de LEMP – une infection cérébrale potentiellement mortelle. Les perfusions mensuelles à l’hôpital étaient aussi un facteur.
J’ai décidé que je voulais essayer un traitement de première ligne d’abord. Si ça ne fonctionnait pas, je pourrais escalader. Mais commencer avec quelque chose de plus puissant et plus risqué semblait prématuré pour ma situation.
C’était peut-être la décision trop prudente. Peut-être que j’aurais dû être plus agressive dès le début. Je ne le saurai jamais vraiment.
Vivre avec le traitement au quotidien
Trois ans plus tard, l’interféron fait partie de ma routine. Comme me brosser les dents ou prendre mes vitamines.
Je m’injecte les lundis, mercredis et vendredis soirs. J’ai mes sites d’injection préférés (cuisses et abdomen) et ceux que j’évite (bras – trop douloureux, trop visible).

J’ai mon rituel: sortir le médicament du frigo 30 minutes avant. Prendre de l’ibuprofène. Nettoyer le site. Prendre une grande respiration. Injecter. Appliquer une compresse froide après.
Les symptômes pseudo-grippaux sont moins intenses maintenant. Mon corps s’est adapté. Mais ils sont toujours là, subtils, les lendemains d’injection.
Le plus difficile? La constance. Trois fois par semaine, chaque semaine, indéfiniment. Pas de vacances. Pas de pauses. Si je voyage, je dois amener mon médicament dans un sac isotherme. Si je sors un soir d’injection, je dois quand même rentrer pour m’injecter.
Cette routine constante est parfois un fardeau. La fatigue SP certains soirs rend l’idée de me préparer et de m’injecter épuisante. Mais je le fais quand même. Parce que c’est important. Parce que ça protège mon cerveau.
Du moins, j’espère que ça protège mon cerveau. C’est le défi avec ces traitements – tu ne VOIS pas leur effet. Tu ne SENS pas qu’ils fonctionnent. Tu dois juste avoir foi qu’ils font quelque chose.
Surveiller l’efficacité : les IRM et les examens
Comment sait-on si un traitement fonctionne? C’est une question plus compliquée qu’elle ne paraît.
L’absence de poussées est un bon signe. J’ai eu une poussée environ six mois après avoir commencé l’interféron (perte de vision partielle dans un œil qui a heureusement récupéré). Depuis? Rien de majeur. Pas de nouvelles poussées significatives en deux ans et demi.

Mais l’absence de poussées ne signifie pas nécessairement que la maladie ne progresse pas. C’est pourquoi les IRM régulières sont cruciales. Elles peuvent montrer de nouvelles lésions même quand tu ne sens aucun nouveau symptôme.
Mon IRM un an après avoir commencé le traitement montrait aucune nouvelle lésion. Le Dr. Bergeron était content. « Ça suggère que le traitement fonctionne bien pour vous. »
Mais depuis, comme j’ai mentionné dans mon article sur le système de santé, j’attends ma prochaine IRM depuis 18 mois. Alors est-ce que le traitement continue de fonctionner? Je ne sais pas. J’espère. Mais je ne sais pas.
Cette incertitude crée son propre stress. Chaque nouveau symptôme – même mineur – me fait me demander : est-ce une nouvelle lésion? Est-ce que mon traitement ne fonctionne plus? Devrais-je changer?
Les critères pour changer de traitement
Le Dr. Bergeron m’a expliqué quand on considère changer de traitement:
Activité de la maladie malgré le traitement. Deux poussées ou plus par année, ou nouvelles lésions actives sur l’IRM, suggèrent que le traitement actuel est insuffisant.

Effets secondaires intolérables. Si les effets secondaires affectent tellement ta qualité de vie que tu ne peux pas continuer, un changement est justifié.
Progression soutenue du handicap. Aggravation mesurable et persistante des symptômes sur six mois ou plus.
« Jusqu’à maintenant, vous ne répondez à aucun de ces critères, » m’a-t-il dit lors de mon dernier rendez-vous. « Alors nous continuons avec votre traitement actuel. »
Je suis soulagée. Mais aussi un peu frustrée. Parce que « pas assez mauvais pour changer » ne signifie pas « optimal ». Peut-être qu’un traitement plus puissant préviendrait même les symptômes mineurs que je vis. Peut-être que je laisserais ma maladie progresser lentement alors qu’une intervention plus agressive pourrait mieux la contrôler.
Mais dans le système québécois, comme je l’ai appris, tu dois généralement « échouer » ton traitement actuel avant d’avoir accès à quelque chose de plus puissant. C’est frustrant, mais c’est la réalité.
Les traitements plus récents : tenter ou non?
La recherche sur les traitements SP avance constamment. De nouveaux médicaments sont approuvés régulièrement. Des options qui n’existaient pas quand j’ai commencé mon traitement sont maintenant disponibles.
L’ocrelizumab (Ocrevus), par exemple. Une perfusion intraveineuse deux fois par année. Très efficace. Approuvé même pour certaines formes progressives de SP.

Suis-je tentée de demander à changer? Parfois. Surtout les jours où je fais face à ma troisième injection de la semaine et que je me sens épuisée.
Mais changer de traitement n’est pas anodin. Il y a des risques associés à l’arrêt d’un traitement. Il y a une période de lavage. Il y a l’incertitude de comment mon corps réagira à un nouveau médicament.
Et surtout, l’ocrelizumab vient avec ses propres risques. C’est une thérapie qui dépléte les cellules B – elle supprime significativement une partie du système immunitaire. Risque accru d’infections. Besoin de surveillance étroite. Et nous ne connaissons pas encore les effets à très long terme parce que c’est relativement nouveau.
Mon interféron n’est peut-être pas parfait. Mais il est familier. Je connais ses effets secondaires. Je sais comment mon corps réagit. Il semble fonctionner relativement bien pour moi.
« Si ce n’est pas cassé, ne le répare pas » semble être la philosophie du Dr. Bergeron. Et pour l’instant, je suis d’accord. Mais je garde un œil sur les nouvelles options, au cas où.
L’aspect psychologique du traitement
Une chose dont on ne parle pas assez : l’impact psychologique de dépendre d’un traitement pour le reste de ta vie.
Chaque injection me rappelle que j’ai la SP. Trois fois par semaine, je dois confronter physiquement ma maladie. Je ne peux pas l’oublier. Je ne peux pas prétendre que tout va bien.

C’est épuisant mentalement. Certains jours, je ressens du ressentiment. Pourquoi dois-je faire ça? Pourquoi moi? Ce n’est pas juste.
D’autres jours, je me sens reconnaissante. Reconnaissante qu’un traitement existe. Reconnaissante qu’il soit accessible. Reconnaissante de vivre à une époque où ces options sont disponibles.
Ces deux sentiments coexistent. Le ressentiment et la gratitude. L’acceptation et la rébellion. C’est compliqué.
Il y a aussi l’anxiété constante. Est-ce que ça fonctionne vraiment? Comment saurais-je si ça arrête de fonctionner? Et si je développe des anticorps neutralisants qui rendent le traitement inefficace? (Oui, c’est une chose qui peut arriver avec les interférons.)
Cette vigilance mentale constante est fatigante. Je dois faire confiance au traitement tout en restant attentive aux signes qu’il pourrait ne pas suffire. C’est un équilibre mental délicat.
Le coût réel (au-delà de l’argent)
Mon traitement coûte environ 20 000$ par année. Heureusement, la RAMQ couvre ce coût. Mais il y a d’autres coûts dont on ne parle pas.
Le coût en temps. Gérer les prescriptions. Recevoir les livraisons mensuelles. Prendre le temps trois fois par semaine pour l’injection et la récupération après.

Le coût émotionnel. Le stress de s’assurer de ne jamais manquer de médicament. L’anxiété quand il y a un retard de livraison. La charge mentale de gérer tout ça.
Le coût physique. Les effets secondaires, même atténués maintenant. La fatigue supplémentaire les jours post-injection. Les marques et nodules sur ma peau.
Le coût en spontanéité. Je ne peux pas juste décider spontanément de partir en voyage. Je dois planifier autour de mes injections. Je dois m’assurer d’avoir accès à un frigo. Je dois transporter mon médicament correctement.
Ces coûts sont réels, même s’ils ne sont pas financiers. Ils font partie du prix de vivre avec la SP et de la gérer.
Les recherches en cours : l’espoir pour l’avenir
Une des choses qui me donne de l’espoir : la recherche continue.
Quand j’ai été diagnostiquée, j’ai appris qu’il y avait des dizaines d’essais cliniques en cours. De nouveaux mécanismes d’action explorés. De potentiels traitements qui pourraient un jour non seulement ralentir la SP mais la stopper complètement, voire la renverser.

Des recherches sur la remyélinisation – réparer les dommages existants, pas juste prévenir de nouveaux dommages. Des thérapies cellulaires. Des approches complètement nouvelles.
Ça ne m’aide pas aujourd’hui. Mais ça donne de l’espoir que dans 10 ans, dans 20 ans, les options de traitement seront radicalement meilleures.
Peut-être qu’un jour, les gens diagnostiqués avec la SP n’auront pas à faire les mêmes choix difficiles que j’ai faits. Peut-être qu’il y aura un traitement qui fonctionne vraiment, sans tous ces compromis entre efficacité et sécurité.
En attendant, je fais ce que je peux avec les options disponibles maintenant.
Mes conseils pour ceux qui choisissent un traitement
Si vous êtes nouvellement diagnostiqué et que vous devez choisir un traitement, voici ce que je conseillerais:
Prenez votre temps (mais pas trop). Quelques semaines pour rechercher et réfléchir sont raisonnables. Mais ne laissez pas la paralysie de l’analyse retarder indéfiniment le début du traitement. Commencer un traitement, même imparfait, vaut mieux que ne rien faire.
Posez TOUTES vos questions à votre neurologue. Aucune question n’est stupide. Amenez une liste écrite. Demandez des clarifications si vous ne comprenez pas.

Parlez aux infirmières pivots. Elles ont souvent plus de temps que les neurologues et une perspective pratique précieuse sur la vie quotidienne avec différents traitements.
Connectez avec d’autres patients. Les expériences réelles de gens qui vivent avec ces traitements sont inestimables. Mais rappelez-vous que chaque personne est différente.
Considérez votre vie entière. Pas juste l’efficacité médicale, mais comment le traitement s’intégrera dans votre vie quotidienne. Pouvez-vous gérer des injections fréquentes? Des perfusions à l’hôpital? Des effets secondaires spécifiques?
Acceptez l’incertitude. Vous ne pouvez pas prédire comment vous réagirez à un traitement jusqu’à ce que vous l’essayiez. Faites le meilleur choix que vous pouvez avec l’information disponible.
Rappelez-vous que ce n’est pas permanent. Si votre premier choix ne fonctionne pas, vous pouvez changer. Ce n’est pas confortable, mais c’est possible.
Trois ans plus tard : où j’en suis
Trois ans après avoir commencé l’interféron bêta, suis-je satisfaite de mon choix?
Oui et non.
Oui, parce que ma maladie semble relativement stable. Pas de nouvelles poussées majeures. Capacité de fonctionner au quotidien (avec ajustements pour la fatigue, bien sûr). Le traitement semble faire son travail.

Non, parce que je me demande parfois si un traitement plus puissant aurait été mieux. Si j’ai été trop prudente. Si je laisse ma maladie progresser lentement alors qu’une approche plus agressive aurait pu mieux la contrôler.
Mais ces « et si » ne mènent nulle part. J’ai fait le meilleur choix que je pouvais à l’époque avec l’information et les options disponibles. C’est tout ce que je pouvais faire.
Et pour l’instant, je continue. Une injection à la fois. Un jour à la fois. En espérant que la recherche continue d’avancer et que de meilleures options émergent.
Parce qu’au final, c’est tout ce que nous pouvons faire. Faire de notre mieux avec ce qui est disponible maintenant, tout en gardant espoir pour ce qui viendra ensuite.
NOTE IMPORTANTE
Le choix d’un traitement modificateur de la maladie est une décision personnelle qui doit être prise en collaboration étroite avec votre neurologue. Chaque traitement a son propre profil de bénéfices et de risques. N’hésitez pas à poser toutes vos questions et à demander du temps pour réfléchir avant de prendre une décision.
NOTE DE SOPHIE
Commencer l’interféron bêta a été une décision difficile. Lire ces études me rappelle que la science progresse rapidement – de nouveaux traitements émergent constamment, offrant plus d’options et d’espoir. Mon traitement n’est pas parfait, les effets secondaires sont réels, mais c’est mon bouclier imparfait contre les attaques de mon système immunitaire. La clé a été de trouver le bon équilibre entre efficacité, effets secondaires supportables, et qualité de vie.
Pour aller plus loin : ce que dit la science
Efficacité clinique de l’interféron bêta
Les interférons bêta ont été les premiers traitements modificateurs approuvés pour la SP et bénéficient de plus de 30 ans de données cliniques. L’étude pivot du groupe IFNB MS Study (1993) a démontré une réduction de 34% du taux annualisé de poussées avec l’interféron bêta-1b à haute dose (8 MIU), passant de 1,27 poussée par an sous placebo à 0,84 sous traitement (p=0,0001). Cette étude a également montré une réduction de 80% de l’activité IRM, établissant l’efficacité des interférons comme traitements de première ligne.
Référence : Interferon beta-1b is effective in relapsing-remitting multiple sclerosis. I. Clinical results – IFNB Multiple Sclerosis Study Group, Neurology 1993
L’étude de suivi à long terme (1995) a confirmé la persistance des bénéfices thérapeutiques sur 5 ans, avec une réduction maintenue de 33% du taux de poussées dans chaque année de traitement et une réduction significative de l’accumulation de lésions à l’IRM. Bien que la progression du handicap ait montré une tendance favorable (35% dans le groupe traité vs 46% sous placebo), l’étude n’était pas initialement conçue pour démontrer cet effet.
Référence : Interferon beta-1b in the treatment of MS: final outcome of the controlled trial – IFNB MS Study Group, Neurology 1995
L’essai PRISMS (Prevention of Relapses and Disability by Interferon beta-1a Subcutaneously in Multiple Sclerosis) a établi l’efficacité de l’interféron bêta-1a sous-cutané trois fois par semaine, avec des réductions dose-dépendantes des poussées et de l’activité IRM. Une revue de 2024 analysant 20 ans de données cliniques confirme l’efficacité soutenue et le profil de sécurité favorable de l’interféron bêta-1a sous-cutané, incluant des études d’extension allant jusqu’à 15 ans post-traitement initial.
Référence : Twenty Years of Subcutaneous Interferon-Beta-1a for Multiple Sclerosis – Giovannoni et al., Neurology and Therapy 2024
Approche escalade versus induction précoce : le débat actuel
La question de commencer avec un traitement de première ligne (escalade) ou d’emblée avec un traitement de haute efficacité (induction) demeure controversée dans la communauté neurologique. Une étude utilisant les registres MSBase et suédois a comparé des personnes atteintes ayant débuté un traitement de haute efficacité dans les 2 années suivant l’apparition des symptômes (traitement précoce, n=213) à celles l’ayant débuté après 4 à 6 ans (traitement tardif, n=253). Après 6 à 10 ans de suivi, le groupe traitement précoce présentait significativement moins de handicap (score EDSS moyen de 2,3 vs 3,5, p<0,001).
Référence : Commentary: The MS Controversy: Is It Escalation or Induction High Efficacy? – Saul & Weiner, Neurotherapeutics 2020
Une méta-analyse systématique de sept études a révélé une réduction de 30% de l’aggravation du handicap à 5 ans avec l’induction précoce par rapport à l’escalade thérapeutique. Cependant, une étude observationnelle utilisant les registres danois, tchèque et suédois suggère que la stratégie suédoise d’induction de haute efficacité a entraîné une réduction du risque de progression du handicap et de poussées comparativement aux stratégies d’escalade danoise et tchèque.
Référence : Early use of high-efficacy therapies in MS in the United States – Cortese et al., Journal of Neurology 2024
Il est important de noter que l’approche d’escalade, lorsqu’elle est attentive avec surveillance rigoureuse et changement précoce en cas d’activité de percée, n’entraîne pas nécessairement un âge dramatiquement plus élevé pour débuter un traitement de haute efficacité. Elle permet plutôt d’éliminer le besoin d’utiliser une thérapie plus efficace chez ceux qui répondent bien aux traitements d’efficacité modérée, évitant ainsi les risques accrus associés aux thérapies plus puissantes.
Référence : Treating Early Relapsing MS: Induction & Escalation Approaches – Hersh & Fox, Practical Neurology 2022
Classification des traitements par efficacité
Les traitements modificateurs sont généralement classés en trois catégories selon leur capacité à réduire le taux annualisé de poussées dans les essais cliniques de phase 3. Les thérapies de faible efficacité (interféron bêta, acétate de glatiramère, tériflunomide) réduisent le taux de poussées de 20-40% par rapport au placebo. Les thérapies d’efficacité modérée (fumarates, cladribine, modulateurs des récepteurs S1P) réduisent le taux de poussées de 40-60% par rapport au placebo. Les thérapies de haute efficacité (natalizumab, alemtuzumab, ocrelizumab, ofatumumab, rituximab) réduisent le taux de poussées de plus de 60% par rapport au placebo ou de plus de 50% par rapport à un comparateur actif.
Référence : Disease-modifying therapies for MS – MS News Today 2025
Un consensus d’experts de 2022 suggère que l’utilisation précoce de traitements de haute efficacité pourrait représenter la fenêtre d’opportunité optimale pour retarder les dommages irréversibles du système nerveux central et la progression du handicap lié à la SP, en entravant les processus pathophysiologiques hétérogènes contribuant à la progression du handicap.
Référence : Early use of high-efficacy disease-modifying therapies makes the difference – Filippi et al., CNS Drugs 2022
Effets secondaires et adhérence au traitement
Les effets secondaires les plus fréquents associés aux interférons bêta sont les symptômes pseudo-grippaux et les réactions au site d’injection. Une revue de 2020 rapporte que ces effets secondaires surviennent chez environ la moitié des personnes traitées aux interférons et peuvent affecter l’adhérence thérapeutique. Les symptômes pseudo-grippaux incluent pyrexie, frissons, malaise, myalgie et céphalées, se résolvant généralement dans les 24 heures ou persistant de manière intermittente après chaque injection.
Référence : Interferons in the Treatment of MS: Clinical Efficacy, Safety, and Tolerability Update – Wingerchuk & Carter, CNS Drugs 2020
Une méta-analyse de 2023 analysant les essais contrôlés randomisés a confirmé que l’administration d’interféron bêta augmente significativement le risque de symptômes pseudo-grippaux par rapport au placebo, avec un rapport de cotes de 4,08 (IC 95% : 2,24-7,40, p<0,00001) pour l’IFNβ-1a. Ces symptômes apparaissent généralement tôt dans le cours du traitement et diminuent avec le temps.
Référence : IFN-β Injection Related to Headache and Flu-Like Symptoms: Meta-Analysis – Vieira et al., Pharmaceutics 2023
L’adhérence au traitement est influencée par la fréquence des injections, avec des taux d’adhérence moyens de 69,4% pour l’IFNβ-1a intramusculaire (une fois par semaine), 63,8% pour l’IFNβ-1a sous-cutané (trois fois par semaine) et 58,4% pour l’IFNβ-1b sous-cutané (tous les deux jours). L’anxiété liée aux injections, les difficultés d’auto-injection et les effets secondaires jouent également un rôle dans la non-adhérence.
Référence : Nurses’ Perspective on Approaches to Limit Flu-Like Symptoms – Filipi et al., International Journal of MS Care 2014
Stratégies d’atténuation des effets secondaires
Les stratégies de gestion des symptômes pseudo-grippaux incluent la titration graduelle de la dose sur 4 à 6 semaines, l’administration d’analgésiques/antipyrétiques (ibuprofène ou acétaminophène) avant l’injection, l’injection le soir pour dormir pendant la période symptomatique, l’hydratation adéquate et une alimentation nutritive. Ces interventions, lorsqu’intégrées efficacement dans les routines quotidiennes, peuvent significativement améliorer l’adhérence thérapeutique.
Référence : Management Strategies for Flu-Like Symptoms and Injection-Site Reactions – Halper et al., International Journal of MS Care 2016
Considérations québécoises sur l’accès aux traitements
Au Québec, la RAMQ (Régie de l’assurance maladie du Québec) favorise généralement une approche d’escalade thérapeutique, où l’accès aux traitements de haute efficacité nécessite souvent un « échec » documenté d’un traitement de première ligne. Cette politique vise à équilibrer la gestion des coûts et des risques, bien qu’elle puisse parfois retarder l’accès à des options thérapeutiques plus puissantes pour certaines personnes atteintes.
Essais cliniques en cours
Deux essais randomisés sont actuellement en cours pour comparer directement l’escalade et l’induction précoce de haute efficacité : DELIVER-MS (Effectiveness of earLy Intensive Vs. Escalation approaches, NCT03535298) et TREAT-MS (Traditional Vs. Early Aggressive Therapy Trial, NCT03500328). Ces études fourniront des données importantes pour guider la prise de décision clinique future.
Référence : Evolution of DMT Benefits and Risks: Argument for De-escalation – Hua et al., Frontiers in Neurology 2021
Avertissement médical important
Les traitements modificateurs de la maladie nécessitent une supervision médicale rigoureuse. Le choix d’un traitement doit être fait en collaboration étroite avec votre neurologue, en tenant compte de vos caractéristiques individuelles, de l’activité de votre maladie, de vos facteurs pronostiques, de vos préférences personnelles et du profil risques-bénéfices de chaque option thérapeutique.
Les informations présentées dans cet article sont basées sur l’expérience personnelle de Sophie et sur des études scientifiques, mais ne constituent pas un avis médical. Chaque personne atteinte de SP présente une évolution unique de la maladie et peut réagir différemment aux traitements. Ne modifiez jamais votre traitement sans consulter votre neurologue.
Pour toute question sur les traitements modificateurs ou pour discuter de votre plan thérapeutique, consultez votre équipe médicale ou contactez la Société canadienne de la sclérose en plaques au 1-800-268-7582.
