Être malade chronique dans un couple : les conversations qu’il faut avoir

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Sophie Martineau, assise en couleur sur un canapé, regarde vers l’avant avec une expression calme et attentive, tandis que son partenaire, en arrière-plan en noir et blanc, est assis pensif; deux tasses en couleur reposent sur la table, évoquant une conversation délicate au sein du couple face à la sclérose en plaques.

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« Les conversations difficiles ne détruisent pas les relations. C’est l’évitement qui les détruit. Nous avons appris à parler de tout, même quand c’est inconfortable. »

Sophie

[IMAGE SUGGESTION 1 – Image d’en-tête] Alt text: Couple assis face à face en train de discuter sérieusement dans un salon confortable Placement: Immédiatement après le titre

Il y a des conversations que Marc et moi aurions dû avoir bien avant de les avoir. Des discussions qu’on repoussait parce qu’elles semblaient trop lourdes, trop effrayantes, trop définitives.

Mais vivre avec la SP dans un couple, ça demande de parler de choses dont les autres couples n’ont pas besoin de discuter à 35 ans. Et j’ai appris que le silence fait souvent plus de dégâts que les mots difficiles.

La conversation qu’on évite le plus : l’évolution de la maladie

La première vraie conversation difficile, on l’a eue six mois après mon diagnostic. On était dans notre lit un dimanche matin, et Marc m’a demandé tout simplement : « À quoi ça pourrait ressembler dans dix ans? »

J’ai voulu lui mentir. Lui dire que tout irait bien, que les traitements fonctionneraient, que je serais exactement la même personne. Mais ma SP rémittente-récurrente ne vient pas avec de garanties.

[IMAGE SUGGESTION 2] Alt text: Personne regardant par la fenêtre d’un air pensif Placement: Après cette section

Alors on a parlé des scénarios possibles. Pas pour se faire peur, mais pour se préparer ensemble. On a parlé de ce qui pourrait changer physiquement, cognitivement, professionnellement.

Cette conversation m’a brisé le cœur. Mais elle nous a aussi rapprochés d’une manière que je n’aurais jamais imaginée.

Les rôles qui changent sans qu’on s’en rende compte

Avant la SP, Marc et moi étions vraiment égaux dans tout. Les tâches ménagères, les décisions, les responsabilités – tout était partagé équitablement.

Puis la fatigue est entrée dans ma vie comme une tornade. Marc a commencé à en faire plus. Beaucoup plus.

Au début, je me sentais coupable. Puis j’ai commencé à me sentir dépendante. Et finalement, j’ai eu peur qu’il me voie comme un fardeau plutôt que comme une partenaire.

[IMAGE SUGGESTION 3] Alt text: Liste de tâches domestiques sur un tableau ou carnet Placement: Après ce paragraphe

Il a fallu qu’on s’assoie et qu’on redéfinisse nos rôles. Pas pour créer une nouvelle inégalité, mais pour reconnaître que l’équité ne ressemble pas toujours à l’égalité parfaite.

Maintenant, les jours où je suis épuisée, Marc prend en charge plus de tâches domestiques. Mais les jours où j’ai de l’énergie, je compense en m’occupant de choses qu’il déteste, comme gérer nos finances ou planifier nos vacances.

L’intimité quand le corps ne coopère pas

Personne ne veut vraiment parler de ça, mais c’est tellement important. La SP affecte l’intimité physique de tellement de façons – la fatigue, les douleurs neuropathiques, les problèmes de sensibilité, sans parler de l’impact psychologique de se sentir moins désirable.

Les premiers mois après le diagnostic, notre vie intime a complètement changé. J’étais trop épuisée, trop stressée, trop dans ma tête. Marc ne voulait pas « imposer » quoi que ce soit, craignant de me mettre mal à l’aise.

Le silence autour de ce sujet créait une distance entre nous. On évitait le contact physique pour ne pas créer d’attentes qu’on ne pourrait pas combler.

[IMAGE SUGGESTION 4] Alt text: Couple se tenant la main de manière tendre et complice Placement: Après cette section

Puis un soir, j’ai décidé d’être complètement honnête. Je lui ai dit que je le désirais toujours, mais que mon corps ne coopérait pas comme avant. Qu’on devait réinventer notre intimité ensemble.

Cette conversation a tout changé. On a découvert qu’être proche physiquement pouvait prendre plein de formes différentes. Que l’intimité n’était pas qu’une question de performance, mais de connexion.

La question de l’avenir professionnel

Quand j’ai quitté mon emploi en agence pour devenir graphiste freelance, Marc et moi avons dû avoir une conversation très pragmatique sur nos finances.

Ma nouvelle situation signifiait des revenus moins stables. Plus de risques financiers. Mais aussi plus de flexibilité pour gérer ma santé.

On a créé un budget détaillé. On a parlé de nos peurs respectives – moi, de devenir un fardeau financier; lui, de la pression d’être le seul avec un revenu stable. On a mis en place un plan pour protéger notre sécurité financière tout en me permettant d’adapter mon travail à ma maladie.

[IMAGE SUGGESTION 5] Alt text: Couple travaillant ensemble sur des documents financiers avec ordinateur portable Placement: Après ce paragraphe

Cette conversation nous a permis de voir ma transition vers le freelance comme une décision de couple, pas juste la mienne. Ça a enlevé beaucoup de culpabilité que je portais.

Les limites et les besoins de chacun

Marc est incroyable. Vraiment. Mais il n’est pas surhumain. Et pendant longtemps, j’ai eu peur de reconnaître ça.

J’avais tellement peur de perdre son soutien que je ne voulais pas admettre qu’il pouvait avoir ses propres limites. Que lui aussi pouvait être épuisé. Frustré. Avoir besoin d’une pause.

Il a fallu qu’il craque un soir pour qu’on ait enfin cette conversation. Il m’a dit, en pleurant : « Je t’aime et je veux t’aider, mais parfois j’ai besoin de ne pas penser à la SP pendant quelques heures. »

[IMAGE SUGGESTION 6] Alt text: Personne assise seule dehors, prenant un moment pour elle-même Placement: Après cette section

Ça m’a fait mal à entendre. Mais c’était exactement ce qu’on avait besoin de dire à voix haute.

Maintenant, on se donne mutuellement la permission de prendre de l’espace. Marc peut aller faire du vélo ou voir ses amis sans se sentir coupable. Moi, je peux avoir mes moments de tristesse sans sentir que je dois le protéger de mes émotions.

La conversation sur l’aide extérieure

Il est venu un moment où j’ai réalisé que Marc ne pouvait pas être mon seul système de soutien. Ce n’était pas juste pour lui, et honnêtement, ce n’était pas sain pour notre couple.

On a dû parler de faire appel à de l’aide extérieure – une aide ménagère pour les semaines difficiles, un physiothérapeute, peut-être même un thérapeute de couple un jour si on en a besoin.

Au début, Marc résistait. Il voyait ça comme un échec de sa part, comme s’il n’en faisait pas assez. J’avais peur que ça montre à quel point j’étais devenue dépendante.

[IMAGE SUGGESTION 7] Alt text: Professionnelle de la santé ou aide à domicile en train d’aider une personne Placement: Après ce paragraphe

Mais on s’est rendus compte que faire venir de l’aide extérieure nous permettait de redevenir un couple plutôt qu’une relation aidant-aidé. Que parfois, accepter du soutien professionnel protège la relation amoureuse.

Les peurs qu’on doit nommer

Il y a des peurs qu’on porte en silence et qui grandissent dans l’obscurité. Des peurs qui peuvent ronger une relation de l’intérieur si on ne les met pas sur la table.

Ma plus grande peur? Que Marc reste avec moi par obligation plutôt que par amour. Qu’il se sente piégé.

Sa plus grande peur? Me perdre progressivement, voir la personne qu’il aime disparaître derrière les symptômes.

[IMAGE SUGGESTION 8] Alt text: Couple se regardant dans les yeux avec tendresse et vulnérabilité Placement: Après cette section

On a dû avoir le courage de nommer ces peurs à voix haute. C’était terriffant, mais libérateur. Parce qu’une fois nommées, on pouvait les affronter ensemble plutôt que de les laisser nous isoler l’un de l’autre.

La question des enfants

C’est probablement la conversation la plus difficile qu’on ait jamais eue. La question d’avoir des enfants avec la SP reste complexe et chargée émotionnellement. (Article à venir)

On en avait parlé avant mon diagnostic, bien sûr. On voulait des enfants « un jour ». Mais la SP a transformé cette conversation abstraite en quelque chose de très concret et urgent.

Les questions se bousculent : Est-ce que je peux gérer une grossesse? Comment mon corps réagira-t-il? Est-ce que j’aurai l’énergie pour être la mère que je veux être? Et si ma condition empire et que je ne peux plus m’occuper d’un enfant?

[IMAGE SUGGESTION 9] Alt text: Couple regardant par la fenêtre ensemble, l’air pensif Placement: Après ce paragraphe

Cette conversation n’est pas terminée. On la reprend régulièrement, avec de nouvelles informations, de nouvelles perspectives. Parfois j’ai l’impression qu’on ne trouvera jamais la bonne réponse.

Mais ce qui est important, c’est qu’on en parle. Qu’on partage nos peurs et nos espoirs. Qu’on prend cette décision ensemble, pas dans le silence.

Les stratégies qui nous ont aidés

Après trois ans à naviguer la SP ensemble, Marc et moi avons développé quelques stratégies pour faciliter ces conversations difficiles :

Les check-ins réguliers. Une fois par mois, on prend un moment pour faire le point. Comment je me sens physiquement. Comment il se sent émotionnellement. Ce qui fonctionne dans notre organisation. Ce qui doit changer.

Les « safe words » émotionnels. On a des phrases code pour communiquer nos besoins sans longues explications. « J’ai besoin d’espace » signifie qu’on a besoin de temps seul. « Je suis dans le rouge » veut dire que je suis au bout de mes forces.

[IMAGE SUGGESTION 10] Alt text: Couple en train de discuter calmement autour d’un café Placement: Après ce paragraphe

Le moment et le lieu. On évite les conversations importantes quand je suis épuisée ou quand lui est stressé par le travail. On choisit nos moments – souvent le samedi matin, quand on est tous les deux reposés et détendus.

Écrire avant de parler. Parfois, j’écris ce que je veux dire avant de l’exprimer verbalement. Ça m’aide à clarifier mes pensées et à trouver les bons mots pour des sujets délicats.

La validation avant la solution. On a appris à écouter et valider les émotions de l’autre avant de sauter aux solutions. Parfois, on a juste besoin d’être entendu, pas fixé.

Ce que ces conversations nous ont appris

Ces conversations difficiles nous ont donné quelque chose d’inattendu : une intimité plus profonde. Parce que quand tu partages tes peurs les plus sombres avec quelqu’un et qu’il reste là, quelque chose de puissant se crée.

Marc me connaît maintenant d’une façon que personne d’autre ne me connaît. Il connaît mes limites, mes peurs, mes forces cachées. Et moi, je connais les siennes.

[IMAGE SUGGESTION 11] Alt text: Couple souriant ensemble, air complice et heureux Placement: Après cette section

On n’a pas toutes les réponses. Notre avenir reste incertain. Mais on a créé un espace où on peut parler de tout – même des choses qui font peur, même des choses qui font mal.

Et dans cet espace de vulnérabilité partagée, j’ai trouvé quelque chose que je ne savais pas que je cherchais : un partenariat véritable. Pas parfait, mais authentique.

Les conversations qu’il faut continuer d’avoir

Ce qui me rassure, c’est de savoir que ces conversations ne se terminent jamais vraiment. Vivre avec la SP signifie que notre réalité change constamment. Ce qui fonctionne aujourd’hui ne fonctionnera peut-être pas dans six mois.

Alors on continue de parler. De s’adapter. De grandir ensemble à travers les défis.

Certains jours, c’est épuisant. D’autres jours, c’est ce qui nous garde connectés. Mais toujours, c’est nécessaire.

NOTE IMPORTANTE

Les relations de couple sont complexes, et la SP ajoute des défis supplémentaires. Si vous vivez des difficultés relationnelles importantes, une thérapie de couple avec un professionnel familier avec les maladies chroniques peut être très bénéfique. Ces conversations ne doivent pas remplacer un accompagnement professionnel si votre relation est en crise.

NOTE DE SOPHIE

Ma relation avec Marc a été testée de bien des façons par la SP. Il y a eu des conversations difficiles, des larmes, des frustrations.

Mais ces conversations nécessaires – même les plus inconfortables – ont renforcé notre lien plutôt que de le briser. Parce qu’on a choisi d’être honnêtes l’un avec l’autre, même quand c’était dur.

Votre relation mérite cette honnêteté aussi. Votre partenaire ne peut pas lire dans vos pensées, et vous ne pouvez pas porter tout le poids seul. Parlez-vous.

Écoutez-vous. Grandissez ensemble à travers ça.

Pour aller plus loin : Études et ressources scientifiques

Si vous souhaitez approfondir votre compréhension de l’impact de la SP sur les relations de couple, voici quelques études scientifiques pertinentes :

Impact sur les relations interpersonnelles

Dynamique de couple et adaptation

Soutien aux aidants et changements de rôles

Interventions et programmes de soutien

Impact des symptômes cognitifs