Les engourdissements et picotements : mes compagnons imprévisibles

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Sophie Martineau, représentée en couleur et assise sur un canapé, observe sa main avec attention en la tenant délicatement, tandis que l’environnement du salon est en noir et blanc; une lueur colorée discrète au niveau de la main évoque les engourdissements et picotements liés à la sclérose en plaques.

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« Mes engourdissements sont imprévisibles, mais je ne le suis plus. J’ai appris à m’adapter à chaque sensation nouvelle que mon corps décide d’inventer. »

Sophie

[Image suggérée : Gros plan sur des mains avec effet visuel suggérant des picotements. Alt: « Représentation visuelle des engourdissements et picotements liés à la SP »]

La première fois que c’est arrivé, j’étais convaincue que mon pied s’était endormi. Vous savez, cette sensation désagréable quand vous êtes restés assis sur votre jambe trop longtemps.

Sauf que cette fois, je n’étais pas assise bizarrement. J’étais juste debout dans ma cuisine, préparant le café du matin. Et la sensation ne partait pas.

Trois jours plus tard, l’engourdissement était toujours là. Et il avait invité son ami picotement à la fête.

Le début d’une relation compliquée

C’était en fait l’un de mes tout premiers symptômes, bien avant mon diagnostic. Des engourdissements dans les pieds qui montaient lentement vers les chevilles.

Au début, j’ai cherché des explications rationnelles. Peut-être que mes chaussures étaient trop serrées ? Ou que je marchais bizarrement ? Peut-être un nerf coincé ?

J’ai même acheté trois paires de nouvelles chaussures, convaincue que c’était le problème. Spoiler alert : ce n’était pas ça.

Décrire l’indescriptible

Comment expliquer à quelqu’un qui ne l’a jamais vécu ce que ça fait vraiment ? Les engourdissements, ce n’est pas juste une perte de sensation. C’est plus complexe que ça.

Parfois, c’est comme porter des gants invisibles trop épais. Je sens que mes doigts touchent les choses, mais à travers une couche de quelque chose. La sensation est émoussée, distante.

D’autres fois, c’est carrément bizarre. Une partie de mon corps semble appartenir à quelqu’un d’autre. Je vois ma main bouger, mais elle ne se sent pas comme MA main.

[Image suggérée : Femme touchant son bras avec expression perplexe. Alt: « Sensation d’engourdissement et de déconnexion avec une partie du corps »]

Les picotements, c’est autre chose

Les picotements, eux, c’est l’opposé de l’engourdissement. Au lieu d’une absence de sensation, c’est un excès. Comme si des milliers de petites aiguilles dansaient sous ma peau.

Parfois, c’est léger, juste agaçant. Comme des fourmis qui se promènent sur ma peau. D’autres fois, c’est plus intense, presque douloureux.

Le pire, c’est que ça peut changer d’une minute à l’autre. Un engourdissement peut se transformer en picotements. Ou vice versa. Mon système nerveux joue à la roulette russe avec mes sensations.

Où ça frappe

Pour moi, les engourdissements et picotements adorent mes pieds et mes mains. C’est leur zone de prédilection. Mes pieds surtout – ils sont rarement complètement « normaux » maintenant.

Mais parfois, ça voyage. Mon visage, mon bras, une partie de mon torse. La SP a une créativité infinie pour inventer de nouvelles façons de me rappeler qu’elle est là.

L’engourdissement du visage, c’était particulièrement perturbant la première fois. La moitié de ma bouche se sentait bizarre, comme après une visite chez le dentiste. Sauf que je n’étais pas allée chez le dentiste.

Les défis quotidiens

Vivre avec des engourdissements constants change plus de choses qu’on pourrait penser. Marcher devient une aventure quand vous ne sentez pas vraiment vos pieds toucher le sol.

J’ai dû réapprendre à marcher consciemment. Je dois regarder où je mets mes pieds parce que je ne peux pas toujours me fier aux sensations. Les escaliers ? Ils demandent maintenant toute mon attention.

Travailler sur mon ordinateur avec des mains engourdies, c’est un défi de précision. Certains jours, ma dextérité en prend un coup. Mon travail de graphiste nécessite de la finesse avec la souris – pas facile quand tes doigts ne collaborent pas.

[Image suggérée : Main tenant une souris d’ordinateur avec difficulté. Alt: « Travailler avec les mains engourdies »]

La nuit, c’est pire

Il y a quelque chose dans le silence et l’immobilité de la nuit qui amplifie ces sensations. Quand il n’y a plus de distractions, les picotements prennent toute la place.

J’ai passé des nuits entières à essayer d’ignorer les fourmillements dans mes pieds. À changer de position encore et encore, cherchant un arrangement qui apporterait du soulagement.

Marc me demandait parfois : « Est-ce que ça fait mal ? » Pas vraiment. C’est juste… dérangeant. Constamment présent. Impossible à ignorer complètement. C’est épuisant d’une façon différente de la douleur.

L’anxiété que ça provoque

Au début, chaque nouvel engourdissement me terrifiait. Est-ce que c’était une nouvelle poussée ? Est-ce que ça allait rester ? S’étendre ? Empirer ?

J’appelais Dr. Bergeron à chaque changement. « Mon bras gauche est engourdi depuis ce matin. » « Les picotements dans mes jambes sont plus intenses. » Il était patient, mais je voyais bien que je paniquais pour chaque variation.

Avec le temps, j’ai appris à faire la différence entre mes engourdissements « de base » et quelque chose de nouveau et préoccupant. Ça reste un apprentissage constant.

Ce que Dr. Bergeron m’a expliqué

Les engourdissements et picotements sont causés par les lésions de la SP qui perturbent la transmission des signaux nerveux. Comme des fils électriques endommagés qui envoient des messages confus au cerveau.

Le cerveau reçoit soit trop d’information (picotements), soit pas assez (engourdissement), ou encore des informations incorrectes. Il fait de son mieux pour interpréter ces signaux mixtes, mais le résultat est… bizarre.

Quand j’ai eu ma première vraie poussée après le diagnostic, les engourdissements se sont intensifiés dramatiquement. Toute ma jambe droite était affectée. Ça m’a pris des semaines pour récupérer partiellement.

[Image suggérée : Schéma simplifié montrant les nerfs et la transmission des signaux. Alt: « Illustration de la transmission nerveuse perturbée par la SP »]

Mes stratégies d’adaptation

J’ai développé toute une collection de trucs pour vivre avec ces sensations étranges. Le massage aide parfois. Pas pour faire disparaître l’engourdissement, mais pour créer d’autres sensations qui le masquent temporairement.

Les bains chauds me donnaient du répit au début. Jusqu’à ce que je découvre le phénomène d’Uhthoff et ma relation compliquée avec la chaleur. Maintenant, je dois faire attention.

Bouger aide aussi. Quand les picotements dans mes pieds deviennent insupportables, marcher un peu – même juste dans l’appartement – apporte parfois un soulagement temporaire.

L’impact sur mes activités

Certaines choses que j’aimais faire sont devenues plus difficiles. Le yoga, par exemple. Difficile de tenir certaines poses en équilibre quand tu ne sens pas vraiment tes pieds.

J’ai dû adapter. J’utilise maintenant un tapis plus épais pour plus de stabilité. Je me concentre davantage sur les poses au sol. J’accepte que certains jours, mon équilibre est simplement trop compromis pour certaines positions.

Cuisiner avec des mains engourdies demande plus d’attention. Je dois regarder mes mains constamment pour m’assurer que je tiens bien les objets. J’ai échappé plus d’un verre cette année.

Les moments embarrassants

Il y a eu ce dîner avec des clients potentiels où mes pieds étaient tellement engourdis que j’ai trébuché en me levant de table. Heureusement, Marc m’a rattrapée.

Ou cette fois où j’ai renversé mon café parce que mes doigts engourdis n’ont pas tenu la tasse aussi fermement que je le pensais. En pleine rencontre Zoom. Génial.

Ces moments me rappellent que même si je m’adapte, la SP trouve toujours de nouvelles façons de me surprendre. Parfois au pire moment possible.

[Image suggérée : Tasse de café renversée sur un bureau. Alt: « Accidents quotidiens liés aux engourdissements »]

Apprendre à communiquer

J’ai dû apprendre à expliquer ces sensations aux autres. « Non, mon pied ne s’est pas endormi. Oui, ça fait plusieurs jours. Non, bouger ne va pas arranger ça. »

C’est frustrant de devoir expliquer encore et encore. Les gens ne comprennent pas pourquoi je vérifie constamment où je mets mes pieds, ou pourquoi je tiens les rampes dans les escaliers même si je suis jeune et en apparence en forme.

Marc a appris à reconnaître quand mes engourdissements sont particulièrement intenses. Il voit ma démarche légèrement différente, ma façon de tenir les objets avec plus de prudence.

Les bons jours

Il y a des périodes où les engourdissements diminuent. Où mes sensations se rapprochent de la normale. Ces jours-là, je réalise à quel point j’avais oublié ce que « normal » voulait dire.

Ces moments de répit me donnent de l’espoir. Ils me rappellent que mon corps est capable de récupérer, même partiellement. Que les symptômes ne sont pas nécessairement permanents ou progressifs.

Mais j’ai aussi appris à ne pas trop m’y attacher. Parce que les engourdissements reviennent toujours. C’est la nature cyclique de ma SP rémittente-récurrente.

Vivre avec l’imprévisibilité

Le plus difficile avec les engourdissements et picotements, c’est leur imprévisibilité totale. Je ne peux jamais prédire comment mes mains ou mes pieds vont se sentir un jour donné.

Certains matins, je me réveille et tout va relativement bien. D’autres matins, je sais dès que je pose les pieds par terre que ça va être une journée difficile. Je dois constamment m’adapter.

Cette imprévisibilité affecte ma planification. Je ne peux jamais être certaine à 100% de mes capacités pour une journée donnée. C’est frustrant quand on essaie de gérer une carrière freelance.

[Image suggérée : Agenda avec plusieurs plans A, B et C marqués. Alt: « Planification flexible pour gérer l’imprévisibilité de la SP »]

Ce que j’ai appris

Après trois ans à vivre avec ces sensations bizarres, j’ai appris quelques leçons importantes. La première : mon corps n’est pas défectueux, il fait face à un défi neurologique complexe.

J’ai appris que même si je ne peux pas contrôler les engourdissements, je peux contrôler comment j’y réponds. Est-ce que je passe ma journée à me focaliser dessus, ou est-ce que je trouve des façons de vivre malgré eux ?

J’ai aussi appris que c’est correct de reconnaître que c’est difficile. Que je n’ai pas besoin de minimiser l’impact de ces symptômes sur ma vie quotidienne.

Le regard des autres

Les gens ne voient pas mes engourdissements. C’est un symptôme invisible, comme tant d’autres aspects de la SP. Ça rend les choses compliquées quand j’ai besoin d’accommodements.

« Pourquoi tu tiens la rampe ? » « Tu marches bizarrement aujourd’hui. » « Attention, tu vas échapper ça ! » Les commentaires bien intentionnés qui ne comprennent pas ce qui se passe réellement.

J’ai appris à partager mon diagnostic de façon sélective, à expliquer seulement quand c’est nécessaire ou utile. Pas besoin de justifier chaque adaptation à tout le monde.

L’espoir dans la recherche

Dr. Bergeron me tient au courant des avancées en recherche. Il y a des études sur des traitements qui pourraient aider à réparer les dommages nerveux, pas seulement à prévenir de nouveaux dommages.

Pour l’instant, mon traitement modificateur vise surtout à empêcher de nouvelles lésions. Mais l’idée qu’un jour, on pourrait possiblement restaurer une partie des fonctions perdues… c’est encourageant.

En attendant, je fais de mon mieux avec ce que j’ai. Certains jours, c’est suffisant. D’autres jours, moins. Mais je continue.

Un message pour ceux qui comprennent

Si vous vivez aussi avec des engourdissements et picotements, vous savez à quel point c’est étrange et frustrant. Vous n’êtes pas seuls. Ces sensations bizarres, aussi dérangeantes soient-elles, ne définissent pas qui vous êtes.

On apprend à s’adapter. À développer de nouvelles stratégies. À être patients avec nous-mêmes quand notre corps ne coopère pas. C’est un processus continu.

Et certains jours, on gagne. On réussit à ignorer les picotements assez longtemps pour profiter d’un bon moment. On trouve un équilibre avec ces compagnons indésirables mais permanents.