Quand ton corps devient l’ennemi : colère et ressentiment avec la SP

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Femme assise sur un canapé, tenant fermement sa jambe avec une expression de tension et de frustration, dans un salon en noir et blanc, illustrant la colère et le ressentiment dirigés vers son propre corps avec la SP.

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« Mon corps n’est pas mon ennemi, même s’il me semble l’être parfois. C’est mon allié qui traverse quelque chose de difficile. »

Sophie

Tu sais ce qu’on ne te dit pas assez? Que c’est normal d’être en colère contre ton corps.

Vraiment normal.

Cette colère qui ne veut pas partir

Sophie m’a appelé un mardi matin. Sa voix tremblait. « Daniel, je suis tellement en colère. Contre mon corps. Contre cette maudite maladie. J’ai 34 ans et je dois planifier mes sorties en fonction des toilettes disponibles. Mon propre corps me trahit. »

Elle a fait une pause. « Et le pire? C’est que j’ai honte d’être en colère. »

Je lui ai dit la même chose que je te dis maintenant : cette colère, elle est légitime.

Vivre avec la SP, c’est affronter un corps qui semble te tourner le dos. Qui t’empêche de faire des choses simples. Qui te fatigue sans raison apparente. Qui te fait mal.

Comment ne pas être en colère?

Pourquoi cette rage contre son propre corps?

La colère n’arrive pas par hasard. Elle vient de pertes bien réelles.

Tu as perdu le contrôle. Ton corps faisait ce que tu voulais avant. Maintenant, il décide. La fatigue arrive quand elle veut. Les symptômes apparaissent sans prévenir. Tu ne peux plus faire des plans certains.

Tu as perdu ta confiance. Tu ne peux plus te fier à ton corps. Chaque nouvelle sensation est suspecte. Est-ce une poussée? Un nouveau symptôme? Ton anxiété monte.

Tu as perdu ton image. Le corps que tu vois dans le miroir n’est plus celui que tu imaginais à 30, 40 ou 50 ans. Les traitements changent ton apparence. Les symptômes modifient ta démarche. Ton identité corporelle s’effrite.

La colère, c’est une réaction à toutes ces pertes. C’est ton cerveau qui crie « ce n’est pas juste ».

Et tu sais quoi? Il a raison. Ce n’est pas juste.

Mains serrées en poings, posées sur les genoux, exprimant la frustration et la colère contenue vécues avec la sclérose en plaques.

Les visages de cette colère

La colère contre son corps prend plusieurs formes. Peut-être que tu te reconnais dans l’une d’elles.

La colère explosive. Tu claques les portes. Tu pleures de rage. Tu voudrais crier contre ce corps qui ne fait rien comme tu veux. Un symptôme apparaît et tu exploses.

La colère froide. Tu ignores ton corps. Tu fais comme s’il n’existait pas. Tu pousses, tu forces, tu refuses d’écouter ses signaux. Tu veux prouver que tu es plus fort que lui.

La colère retournée. Tu te blâmes. « Si j’avais fait plus de sport. » « Si j’avais mieux mangé. » « C’est de ma faute. » Tu punis ton corps par négligence.

La colère qui ronge. Tu ressasses. Tu rumines. Chaque symptôme devient une preuve supplémentaire que ton corps te hait. Tu te réveilles en colère. Tu t’endors en colère.

Aucune de ces colères n’est « mauvaise ». Ce sont des réactions humaines à une situation inhumaine.

Ce que cette colère fait à ta vie

La colère, quand elle s’installe, ne reste pas isolée. Elle envahit.

Elle détériore ta santé mentale. Des études montrent que la colère chronique est fortement liée à la dépression et à l’anxiété chez les personnes atteintes de SP. Elle augmente ton stress. Elle te garde éveillé la nuit.

Elle isole. Tu évites les conversations avec ton entourage parce que tu as peur d’exploser. Tu refuses l’aide de tes proches parce que tu es en guerre contre ton propre corps. Comment accepter de l’aide quand tu refuses même d’accepter ta réalité?

Elle t’empêche d’avancer. Tant que tu es en guerre avec ton corps, tu ne peux pas négocier avec lui. Tu ne peux pas apprendre ses nouveaux signaux. Tu ne peux pas adapter ton quotidien.

Elle te fait souffrir davantage. Le stress émotionnel aggrave les symptômes. Ton corps tendu se fatigue plus vite. Ta douleur augmente. C’est un cercle vicieux.

Mais reconnaître cette colère, c’est déjà un pas

Écoute-moi bien : être en colère ne fait pas de toi une mauvaise personne. Ça fait de toi quelqu’un qui vit quelque chose de difficile.

La première étape, c’est de nommer cette colère. De te dire « oui, je suis en colère contre mon corps ». Sans jugement. Sans honte.

Marc l’a fait pendant une de nos rencontres. « Je déteste mon corps. » Les mots sont sortis comme ça. Il s’est mis à pleurer. « Je ne pensais jamais dire ça un jour. »

Je lui ai répondu : « Maintenant qu’on l’a dit, on peut commencer à travailler avec. »

Personne écrivant dans un journal à la lumière douce, symbolisant l’introspection et la mise en mots des émotions vécues avec la sclérose en plaques.

Du ressentiment à la reconnaissance (sans pression)

Je ne vais pas te mentir. Je ne vais pas te dire que tu vas te réveiller demain en aimant ton corps. Ce serait faux et insultant.

Mais il y a un chemin entre « je hais mon corps » et « j’accepte mon corps ». Un chemin long, pas droit, avec des détours.

Étape 1 : Arrête de te battre contre ta colère. Elle est là. Elle a le droit d’être là. Plus tu essaies de la supprimer, plus elle devient forte. Laisse-la exister.

Étape 2 : Comprends ce que ton corps essaie de faire. Ton corps ne t’attaque pas. Il est attaqué. Par la SP. Il se bat, à sa façon. Les symptômes ne sont pas des trahisons. Ce sont des conséquences d’une bataille neurologique.

Étape 3 : Trouve de petits moments de trêve. Pas d’acceptation totale. Juste des moments où tu ne combats pas. Un bain chaud où tu laisses ton corps se détendre. Une marche lente où tu ne forces pas. Des activités adaptées où tu collabores avec ton corps au lieu de le dominer.

Étape 4 : Parle à quelqu’un. Un psychologue. Un groupe de soutien. Un proche qui comprend. La colère qui reste enfermée devient toxique. La colère qu’on partage peut se transformer.

Étape 5 : Donne du temps au temps. L’acceptation n’est pas un interrupteur. C’est un gradateur. Certains jours, tu seras plus en paix. D’autres jours, la colère reviendra. C’est normal. Le deuil de ton ancienne vie prend du temps.

Les outils concrets pour gérer cette colère

Parlons pratique. Parce que la théorie, c’est bien, mais quand tu es en pleine crise de rage, tu as besoin d’outils concrets.

L’écriture défouloir. Prends un cahier. Écris tout ce qui te met en colère contre ton corps. Tout. Sans censure. Sans chercher à être « positif ». Laisse sortir. Parfois, mettre des mots sur la rage la rend moins explosive.

La respiration en colère. Oui, même en colère, respirer aide. Pas pour « calmer » la colère, mais pour éviter qu’elle te submerge complètement. Inspire sur 4 temps. Retiens 4 temps. Expire sur 6 temps. Répète.

Le mouvement qui libère. Trouve un mouvement qui évacue. Pas pour punir ton corps, mais pour libérer la tension. Une marche rapide si tu peux. Des étirements doux. Même juste serrer fort un coussin. L’exercice adapté peut être un exutoire sain.

La conversation honnête. Parle à ton corps. Oui, je sais, ça semble bizarre. Mais dis-lui ce que tu ressens. « Je suis en colère contre toi. Tu me fatigues. Tu me fais mal. » Puis écoute. Qu’est-ce que ton corps essaie de te dire?

Personne assise en méditation sur un tapis, dans une pièce lumineuse, symbolisant la reconnexion corps-esprit dans le vécu de la SP.

Quand la colère devient dangereuse

Il faut que je te parle de quelque chose de sérieux. Parfois, la colère franchit une ligne.

Si tu te retrouves à :

  • Négliger volontairement tes traitements pour « punir » ton corps
  • Pousser ton corps au-delà de ses limites jusqu’à te blesser
  • Avoir des pensées d’automutilation
  • Penser que la vie ne vaut plus la peine
  • Être incapable de fonctionner au quotidien à cause de la rage

C’est le moment de demander de l’aide professionnelle. Vraiment.

Les ressources existent. Un psychologue spécialisé en maladies chroniques. Un psychiatre. Ton médecin de famille qui peut t’orienter. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est de l’intelligence.

La relation avec ton corps va changer

Je ne vais pas te promettre que tu vas aimer ton corps. Peut-être que oui, peut-être que non. Ce n’est pas l’objectif.

L’objectif, c’est de passer d’une relation de guerre à une relation de cohabitation. Puis, peut-être, un jour, de collaboration.

Julie me l’a dit il y a quelques mois : « Je ne suis pas encore amie avec mon corps. Mais on n’est plus ennemis. On est… colocataires forcés qui apprennent à vivre ensemble. »

C’est déjà énorme.

Ton corps n’est pas ton ennemi. Il est victime de la même maladie que toi. Il se bat aussi. Il mérite ta compassion, même si c’est difficile à donner.

Et toi? Tu mérites de la compassion aussi. Pour ta colère. Pour ta peine. Pour ta fatigue de tout ça.

Apprendre l’auto-compassion n’est pas une solution magique. Mais c’est un outil puissant pour transformer ta relation avec ton corps.

Ce que tu peux faire aujourd’hui

Pas demain. Pas la semaine prochaine. Aujourd’hui.

Nomme ta colère. Dis-toi ou écris : « Je suis en colère contre mon corps parce que… » Complète la phrase. Trois fois. Dix fois. Autant qu’il faut.

Trouve une chose que ton corps fait encore. Une seule. Il respire? Il te permet de serrer quelqu’un dans tes bras? Il goûte ton café? Trouve une chose. Pas pour annuler la colère. Juste pour commencer à équilibrer.

Fais quelque chose de doux pour ton corps. Même si tu es en colère contre lui. Un bain. Une crème hydratante. Un repas que tu aimes. Montre-lui que même dans la colère, il mérite des soins.

Vivre avec une maladie chronique, c’est aussi apprendre à négocier avec son ressentiment

La SP t’a volé des choses. C’est vrai. Ta colère est justifiée. Mais si tu laisses cette colère te consumer, la SP t’aura aussi volé ta capacité à vivre pleinement avec ce qui reste.

Je ne te demande pas de pardonner à ton corps. Je ne te demande pas d’être reconnaissant pour la maladie.

Je te demande juste de considérer que la guerre permanente t’épuise plus que ton corps te trahit.

Et qu’un jour, peut-être, tu pourrais passer d’ennemi à partenaire improbable. Pas tout de suite. Mais un jour.

NOTE IMPORTANTE

La colère contre son corps avec une maladie chronique comme la SP est fréquente et normale. Cependant, si cette colère t’empêche de fonctionner au quotidien, te pousse à négliger tes soins ou génère des pensées d’automutilation, consulte immédiatement un professionnel de la santé mentale. Les ressources existent et peuvent vraiment aider. Tu n’as pas à traverser ça seul.

NOTE DE SOPHIE

J’ai rencontré tellement de personnes en colère contre leur corps. Et tu sais ce qui m’a frappé? Ce n’est pas la colère elle-même qui cause le plus de souffrance. C’est la honte d’être en colère.

On nous dit tellement qu’il faut « accepter », « être positif », « être reconnaissant ». Comme si être en colère faisait de nous de mauvaises personnes. Comme si on n’« essayait pas assez ».

Laisse-moi te dire quelque chose : tu as le droit d’être en colère. Vraiment. La SP, c’est injuste. Ton corps qui te trahit, c’est injuste. Avoir 30 ans et devoir planifier ta journée autour de tes symptômes, c’est injuste.

Ta colère ne fait pas de toi quelqu’un de négatif. Elle fait de toi quelqu’un qui traverse quelque chose de vraiment difficile.

Ce que j’espère, c’est que cet article t’aide à comprendre que tu n’es pas seul dans cette colère. Et qu’il existe des chemins pour transformer cette rage en quelque chose de moins dévastateur. Pas demain. Pas dans une semaine. Mais progressivement.

Sois patient avec toi-même. Cette colère a le droit d’exister. Et toi aussi, tu as le droit d’aller mieux, même avec elle.

Pour aller plus loin : Ressources professionnelles

Soutien psychologique

  • Ordre des psychologues du Québec : 1-800-363-2644 | ordrepsy.qc.ca – Pour trouver un psychologue spécialisé en maladies chroniques dans ta région
  • Info-Social : 811 – Ligne d’écoute et de référence disponible 24h/7j
  • Tel-Aide : 1-877-700-2433 – Service d’écoute téléphonique gratuit et confidentiel

Ressources SP

  • Société canadienne de la SP : 1-800-268-7582 | spcanada.ca – Information sur les groupes de soutien et les services psychosociaux
  • Programme de soutien psychologique de la Société de la SP – Accès à des psychologues spécialisés en SP

Gestion émotionnelle

  • Mindspace Clinic : Programmes de méditation et pleine conscience adaptés aux personnes vivant avec des maladies chroniques
  • Centre de méditation pleine conscience de Montréal : Ateliers et formations MBSR (Réduction du stress basée sur la pleine conscience)

Groupes de soutien

  • Groupes locaux de la Société de la SP – Rencontres entre personnes atteintes de SP dans plusieurs régions du Québec
  • Consulte notre article sur les ressources de soutien pour une liste complète des ressources disponibles dans ta région

En cas de crise

  • Ligne québécoise de prévention du suicide : 1-866-APPELLE (1-866-277-3553) – Disponible 24h/7j
  • Urgence : 911