Le deuil de mon ancienne vie : accepter que « avant » ne reviendra jamais

Mis à jour le :

Femme debout près d’une fenêtre dans une chambre en noir et blanc, tenant une paire de chaussures de course colorées entre ses mains, illustrant le deuil silencieux d’une ancienne vie et l’acceptation de ce qui ne reviendra plus.

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« Accepter que ‘avant’ ne reviendra jamais, ce n’est pas abandonner. C’est arrêter de me battre contre une réalité que je ne peux pas changer, et commencer à bâtir quelque chose de nouveau. »

Sophie
Femme souriante au sommet du Mont Mégantic après une randonnée estivale, incarnant un moment de liberté et de vitalité avant une profonde transition de vie.

Il y a cette photo sur mon téléphone.

Prise il y a cinq ans. Été 2020.

Je suis au sommet du Mont Mégantic. Cheveux en bataille. Sourire immense. Épuisée mais heureuse après 4h de randonnée.

Je la regarde parfois. Trop souvent peut-être.

Cette Sophie-là n’existe plus.

Pas parce qu’elle est morte. Pas parce qu’elle a disparu complètement.

Mais parce qu’elle ne reviendra jamais. Pas de cette façon-là.

Et trois ans après mon diagnostic, j’apprends encore à faire le deuil de qui j’étais.

Parce que personne ne m’avait dit que vivre avec la SP, c’est d’abord faire le deuil de « avant ».

Ce que j’ai perdu (l’inventaire douloureux)

Carnet ouvert avec une liste manuscrite floue posé sur une table, illustrant un inventaire émotionnel et la reconnaissance des pertes vécues.

Les premières semaines après le diagnostic, tout le monde me disait : « Tu vas t’adapter. Tu vas voir. La vie continue. »

Ils avaient raison. Et complètement tort simultanément.

Oui, la vie continue. Mais pas LA MÊME vie.

Voici ce que j’ai perdu. Ce que la SP m’a enlevé.

La spontanéité

AVANT : « Amélie m’appelle à 18h : ‘Terrasse ce soir?’ Moi : ‘J’arrive!' »

Femme souriante au téléphone recevant un appel spontané d’une amie, expression de soulagement et de soutien immédiat, illustrant l’importance de la présence bienveillante avec la SP.

MAINTENANT : « Amélie m’appelle. Je fais des calculs : niveau fatigue actuel? Chaleur dehors? Qu’est-ce que j’ai demain? Est-ce que j’ai l’énergie? Je réponds : ‘Peut-être… je te confirme dans une heure?' »

La spontanéité est morte. Remplacée par la planification constante.

Chaque activité nécessite maintenant :

  • Évaluation niveau énergie
  • Vérification météo
  • Calcul coût énergétique
  • Planification récupération après
  • Stratégie sortie si ça tourne mal

Je ne peux plus juste… VIVRE.

Tout doit être calculé. Anticipé. Géré.

Femme assise seule, regard concentré et fatigué, symbolisant les calculs mentaux constants et la perte de spontanéité dans la vie quotidienne avec la SP.

Ça me manque. Terriblement.

Cette version de moi qui disait « oui » facilement. Qui ne réfléchissait pas 20 minutes avant d’accepter une invitation.

Elle est partie. Et elle ne reviendra pas.

L’insouciance physique

AVANT : Je ne pensais jamais à mon corps.

Femme marchant librement dans un espace naturel, sourire détendu et posture ouverte, illustrant un moment d’insouciance et de mouvement fluide où le corps est oublié malgré la SP.

Il marchait. Courait. Bougeait. Automatiquement.

Je montais des escaliers sans y penser. Je portais des sacs d’épicerie sans calculer. Je dansais en préparant le souper.

Mon corps était juste… là. Fonctionnel. Fiable. Invisible.

MAINTENANT : Mon corps est TOUJOURS présent.

Femme immobile, main posée sur la poitrine et regard fatigué, illustrant l’hyperconscience corporelle constante et la vigilance épuisante vécues avec la SP.

Je ne peux plus oublier mon corps.

Il exige mon attention. Constamment.

J’ai perdu l’insouciance de simplement exister dans un corps qui fonctionne.

Ma carrière (version 1.0)

AVANT : Graphiste en agence. Horaire 9-5. Bureau stimulant. Projets variés. Collègues. Sécurité financière.

J’ADORAIS ce travail.

Équipe créative collaborant dans un bureau d’agence de design lumineux, échanges dynamiques autour de projets visuels, illustrant un environnement de travail stimulant et collaboratif.

Les brainstorms créatifs. Les deadline rush. Les victoires client. L’énergie collective.

MAINTENANT : Freelance de la maison. Seule. Horaires flexibles mais revenus instables.

Ce n’est pas ce que j’avais choisi. C’est ce que la SP m’a forcée à choisir.

Oui, j’ai gagné la flexibilité. Pouvoir travailler selon mon énergie. Repos quand nécessaire. Pas de trajet épuisant.

Mais j’ai perdu :

  • La structure
  • La collaboration
  • L’identité professionnelle claire
  • La sécurité financière
  • Les projets d’envergure
  • L’appartenance à une équipe
Personne seule travaillant dans un bureau à domicile silencieux, posture fatiguée et ambiance épurée, illustrant la solitude professionnelle et l’isolement du télétravail.

Je ne regrette pas ma décision. Mais je pleure quand même ce que j’ai dû abandonner.

Conférence 1: Le microbiote

Les projets à long terme

AVANT : Marc et moi parlions d’enfants. « Dans 2-3 ans, on essaie. »

Simple. Linéaire. Évident.

Couple assis côte à côte échangeant un regard complice autour de projets simples pour l’avenir, dans une ambiance calme et chaleureuse.

MAINTENANT : « Dans 2-3 ans… si ma SP est stable… si mon traitement le permet… si j’arrête l’interféron 6 mois avant… si je n’ai pas de poussée pendant grossesse… si je peux gérer la fatigue avec un bébé… si… si… si… »

Tous mes projets futurs ont maintenant un astérisque géant.

* Sous réserve que la SP coopère.

Personne pensive devant plusieurs documents et notes, illustrant des projets futurs incertains dépendant de multiples conditions et variables.

Voyages? « Si je peux marcher assez. »

Déménagement? « Si je peux gérer le stress. »

Carrière évolution? « Si ma fatigue le permet. »

J’ai perdu la capacité de planifier mon avenir avec confiance.

Tout est conditionnel maintenant. Incertain. Fragile.

L’identité « personne productive »

AVANT : Ma valeur = ma productivité.

Personne souriante tenant une liste de tâches complétées, illustrant un sentiment de fierté et de productivité réaliste dans un environnement de travail calme.

Plus j’accomplissais, plus je valais quelque chose. C’était ma mesure interne de succès.

Journée productive = bonne journée = je suis une bonne personne.

MAINTENANT : Certains jours, me doucher est ma seule réalisation.

Et je dois me dire que c’est OK. Que je vaux quelque chose même les jours où je n’accomplis rien.

Mais mon cerveau ne me croit pas toujours.

Personne fatiguée assise à un bureau avec ordinateur fermé et liste de tâches intacte, illustrant une journée sans productivité et un sentiment de culpabilité.

J’ai perdu l’identité construite sur « faire ». Je dois réapprendre à me valoriser sur « être ».

Et c’est TELLEMENT plus difficile que ça en a l’air.

Mes amitiés (certaines)

AVANT : Groupe d’amis universitaires. Sorties régulières. Festivals été. Voyages filles. Soupers qui s’éternisent.

Groupe d’amis riant et échangeant lors d’une fête conviviale, illustrant l’énergie collective, la joie partagée et le lien social.

MAINTENANT : Certaines de ces amitiés ont… disparu.

Pas dramatiquement. Pas avec confrontations.

Juste… progressivement. Silencieusement.

Messages non-répondus. Invitations déclinées une fois de trop. « On se rappelle! » qui ne se matérialise jamais.

J’ai perdu des amitiés basées sur une version de moi qui n’existe plus.

Les amies qui aimaient Sophie-qui-sort-tout-le-temps ne savent pas quoi faire avec Sophie-qui-dit-souvent-non.

Smartphone affichant une liste de contacts sans notifications ni messages récents, symbolisant le silence des échanges et des amitiés qui se sont éteintes avec le temps.

Ça fait mal. Même si je comprends rationnellement.

Ma relation avec l’avenir

AVANT : L’avenir était excitant. Plein de possibilités. D’opportunités. De promesses.

Paysage ouvert avec horizon dégagé et lumière douce, symbolisant l’espoir, l’ouverture et un futur prometteur.

MAINTENANT : L’avenir est terrifiant.

Pas parce que je suis pessimiste. Mais parce que je ne sais PAS.

  • Où sera ma SP dans 5 ans?
  • Est-ce que je serai en fauteuil roulant?
  • Est-ce que je pourrai encore travailler?
  • Est-ce que Marc sera devenu mon aidant?
  • Est-ce que j’aurai progressé vers SP secondaire progressive?
Personne regardant par la fenêtre un paysage flou et brumeux, mains jointes, symbolisant un futur incertain et l’anxiété anticipatoire.

J’ai perdu la capacité de rêver l’avenir sans anxiété.

Les étapes que personne ne nomme (mais que j’ai toutes vécues)

Personne assise au sol entourée de notes et papiers épars, expression confuse et fatiguée, illustrant les étapes du deuil non linéaires et le chaos émotionnel intérieur.

On connaît tous les « 5 étapes du deuil » : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation.

Sauf que le deuil de « avant » avec la SP n’est PAS linéaire.

Voici MES étapes. Désordonnées. Qui se répètent. Qui se chevauchent.

Étape 1 : Le déni optimiste

« Ça va pas vraiment changer ma vie. »

Personne assise dans un intérieur lumineux affichant un sourire léger mais tendu, tenant un carnet fermé, illustrant l’optimisme forcé et le déni initial face à une réalité difficile.

Durée chez moi : Environ 2 mois post-diagnostic.

Ce que je me disais :

  • « J’ai une forme légère de SP »
  • « La médecine évolue vite, ils trouveront un remède »
  • « Je vais juste faire quelques ajustements mineurs »
  • « Ma vie continuera presque normalement »

Ce que je faisais :

  • Essayais de maintenir mon horaire pré-SP
  • Refusais d’utiliser canne même quand équilibre précaire
  • Cachais mes symptômes à tout le monde
  • Minimisais impact de la fatigue
Personne épuisée assise devant un ordinateur portable, posture affaissée et regard fatigué, illustrant l’impossibilité de maintenir le rythme et l’épuisement croissant.

Quand ça s’est effondré : Ma deuxième poussée, 4 mois après diagnostic.

Impossible de nier plus longtemps. Mon corps m’obligeait à voir la réalité.

NeuroÉquilibre

Étape 2 : La rage pure

« POURQUOI MOI? C’EST TELLEMENT INJUSTE! »

Personne exprimant une colère intense avec poings serrés et posture tendue, illustrant une colère explosive et un profond sentiment d’injustice.

Durée chez moi : 6 mois intenses, puis vagues récurrentes depuis.

Ce contre quoi j’étais en colère :

  • Mon corps (« Tu m’as trahie »)
  • La SP (« Tu as volé ma vie »)
  • Les gens en santé (« Ils ne savent pas leur chance »)
  • Les médecins (« Pourquoi vous ne pouvez pas me guérir? »)
  • L’univers/Dieu/le destin (« Pourquoi moi? Je ne mérite pas ça! »)
  • Moi-même (« J’aurais dû faire quelque chose différemment »)
Personne frustrée écrivant dans un carnet rempli de listes raturées, entourée de notes éparpillées, illustrant une colère diffuse et une rage désorganisée.

Manifestations de ma colère :

  • Pleurs de rage dans ma voiture
  • Claquage de portes
  • Irritabilité extrême avec Marc (pauvre lui)
  • Envie de crier sur gens se plaignant de fatigue normale
  • Recherche obsessive « causes SP » pour trouver qui/quoi blâmer

Ce qui m’a aidée (un peu) :

Personne assise calmement dans un intérieur chaleureux, posture ancrée et mains posées sur un coussin, illustrant une expression saine de la colère et la validation des émotions.

Réalité : La colère revient encore. Pas aussi intense. Mais par vagues. Quand nouveau symptôme apparaît. Quand je vois ancienne collègue promue. Quand amie annonce grossesse facilement.

C’est normal. La colère ne « finit » jamais complètement.

Étape 3 : Le marchandage désespéré

« Si je fais TOUT parfaitement, peut-être que… »

Personne concentrée et frustrée écrivant dans un carnet rempli de listes raturées, entourée de notes éparpillées, illustrant une colère diffuse et une rage désorganisée.

Durée chez moi : 8 mois, avec résurgences.

Mes tentatives de « contrôle » :

Nutrition extrême :

  • Régime sans gluten (6 mois)
  • Régime paléo (3 mois)
  • Régime cétogène (2 mois)
  • Suppléments vitamine D doses massives
  • Suppléments oméga-3
  • Curcuma, ginkgo biloba, tout ce que internet disait essayer
Cuisine moderne avec de nombreux flacons de suppléments alignés sur le plan de travail, personne concentrée consultant une liste nutritionnelle, illustrant un contrôle alimentaire obsessif et une recherche excessive de maîtrise.

Exercise religieux :

  • Yoga 5x/semaine (jusqu’à épuisement)
  • Méditation quotidienne (même si aggravait anxiété)
  • Marche même jours horribles fatigue

Adhérence traitement obsessionnelle :

  • Injection interféron exactement même heure chaque semaine
  • Documentation minutieuse chaque symptôme
  • Recherche compulsive nouveaux traitements
Personne écrivant attentivement dans un journal de suivi des symptômes rempli de tableaux et de notes, illustrant un contrôle obsessionnel et une illusion de maîtrise face à l’incertitude.

Mon deal mental secret avec l’univers :

« Si je fais TOUT parfaitement – nutrition, exercise, traitement, pensée positive – alors peut-être la SP me laissera tranquille. Peut-être je n’aurai pas de poussées. Peut-être je ne progresserai pas. »

Quand ça s’est effondré : Poussée #3 malgré avoir tout fait « parfaitement ».

La SP ne négocie pas. Elle ne récompense pas la « bonne conduite ».

Personne assise au sol, posture effondrée et regard tourné vers le bas, entourée de documents désorganisés, illustrant l’effondrement de l’illusion de contrôle et un profond sentiment d’impuissance.

Leçon douloureuse : Je ne contrôle pas ma SP. Je peux gérer certains aspects, mais pas la contrôler.

Étape 4 : Le gouffre dépressif

« À quoi bon? Rien n’a d’importance de toute façon. »

Personne assise seule, posture affaissée et regard éteint dans un intérieur silencieux, illustrant une dépression profonde et une perte de sens.

Durée chez moi : 4 mois les plus noirs de ma vie.

Environ 1 an post-diagnostic. Après effondrement du déni, épuisement de la colère, échec du marchandage.

Ce que je ressentais :

  • Vide total
  • Absence d’espoir
  • Fatigue existentielle (pas juste physique)
  • Perte de sens/but
  • Pensées « est-ce que ça vaut la peine de continuer? »
Personne allongée sur un lit, enveloppée dans une couette et regardant vers la fenêtre, illustrant le lit comme refuge et un retrait temporaire du monde.

Ce que je faisais (ou ne faisais pas) :

  • Restais au lit jours entiers
  • Ne répondais plus téléphone/messages
  • Pleurais sans raison apparente
  • Mangeais à peine
  • Laissais travail freelance péricliter
  • Repoussais Marc constamment

Ce qui m’a sorti (progressivement) :

1. Marc qui a insisté je consulte

Conjoint inquiet posant une main réconfortante sur son partenaire assis et abattu, illustrant la nécessité d’une intervention bienveillante et d’un soutien émotionnel.

« Sophie, je t’aime. Mais tu as besoin d’aide professionnelle. S’il te plaît. »

2. Psychologue spécialisée maladies chroniques

Qui m’a dit : « Vous vivez un deuil légitime. Cette dépression est une réaction normale à une perte énorme. »

Ça m’a aidée de savoir que je n’étais pas « faible » ou « folle ».

3. Antidépresseurs (6 mois)

Pas de honte. J’en avais besoin. Ils m’ont donné assez d’espace mental pour faire le vrai travail thérapeutique.

Personne tenant calmement un flacon de médicaments dans un intérieur lumineux et apaisant, illustrant la médication comme une aide et non comme un échec.

4. Groupe soutien SP

Parler à autres personnes qui COMPRENAIENT vraiment.

5. Temps. Beaucoup de temps.

IMPORTANT : Si vous êtes dans ce gouffre maintenant, demandez de l’aide.

Ce n’est pas faiblesse. C’est courage.

Étape 5 : L’acceptation fragile (où je suis maintenant)

« Ma vie est différente. Pas finie. Juste… différente. »

Personne assise près d’une fenêtre, regard calme tourné vers l’extérieur, illustrant une acceptation nuancée et une paix intérieure encore fragile.

Attention : L’acceptation n’est PAS :

  • Être heureuse d’avoir la SP
  • Ne plus jamais être triste/en colère
  • Penser que « tout arrive pour une raison »
  • Gratitude toxique positive
  • Fin du deuil

L’acceptation EST :

Atelier: Le dessin conceptuel au service des émotions
  • Reconnaître réalité sans la combattre 24/7
  • Pleurer certains jours, être OK d’autres jours
  • Construire nouvelle vie adaptée (pas identique à avant)
  • Trouver sens/joie dans cette nouvelle réalité
  • Continuer à vivre MALGRÉ l’incertitude
Personne prenant soin de plantes dans un environnement lumineux et apaisé, illustrant une vie reconstruite différemment et l’émergence d’une nouvelle normalité.

Mon acceptation ressemble à ça :

LUNDI : « Je vais bien. Ma vie est différente mais riche. J’ai trouvé nouvel équilibre. »

MERCREDI : « POURQUOI MOI? C’EST TELLEMENT INJUSTE! JE DÉTESTE MA VIE! »

VENDREDI : « OK. Respire. Tu peux faire ça. Un jour à la fois. »

C’EST ÇA l’acceptation réelle. Pas linéaire. Pas constante. Fragile.

Personne assise près d’une fenêtre, regard pensif partagé entre calme et tension, illustrant l’oscillation naturelle entre acceptation et rejet au cours du processus d’adaptation.

Ce que le deuil m’a appris (les leçons que je n’ai pas cherchées)

Personne assise près d’une fenêtre, regard profond et posé, illustrant une sagesse acquise par la souffrance et une croissance intérieure non désirée.

Je n’aurais jamais choisi d’apprendre ces leçons.

Mais puisque je les ai apprises quand même, voici ce que le deuil de mon ancienne vie m’a enseigné :

Leçon 1 : On peut pleurer et avancer simultanément

Avant, je pensais : Acceptation = ne plus être triste.

Personne marchant lentement avec une larme visible et un regard déterminé, illustrant le fait de pleurer tout en avançant et la coexistence des émotions.

Maintenant je sais : Je peux pleurer la perte de « avant » ET construire une vie maintenant.

Les deux coexistent.

Certains jours, je pleure mes randonnées perdues le matin. Et l’après-midi, je trouve joie dans promenade courte adaptée.

Ce n’est pas contradictoire. C’est humain.

Leçon 2 : Le deuil n’a pas de timeline

Calendrier de bureau aux cases partiellement vides posé sur un bureau lumineux, symbolisant un processus sans date de fin et un cheminement indéfini.

Les gens m’ont dit : « Après un an, tu te sentiras mieux. »

La réalité : Trois ans plus tard, certains jours le deuil est aussi frais que jour 1.

Et c’est OK.

Il n’y a pas de « deadline deuil ». Personne ne peut me dire « tu devrais être over it maintenant ».

Je vivrai avec ce deuil toute ma vie. Certains jours discret en arrière-plan. D’autres jours écrasant au premier plan.

Leçon 3 : Pleurer la perte n’est pas rejet du présent

Marc m’a dit un jour : « Quand tu pleures ton ancienne vie, j’ai peur que tu rejettes notre vie actuelle. »

Deux personnes assises face à face dans une ambiance calme mais tendue, illustrant un malentendu lié au deuil et la nécessité d’une communication bienveillante.

J’ai dû lui expliquer : « Je peux aimer notre vie maintenant ET pleurer la vie que nous n’aurons jamais. Les deux sont vrais. »

Pleurer « avant » ne signifie pas que je rejette « maintenant ».

Ça signifie que je fais de la place aux deux réalités.

Leçon 4 : La comparaison est torture

Personne observant une photo de son passé avec une expression mélancolique, illustrant la comparaison entre le soi passé et le présent et la souffrance auto-infligée qui en résulte.

Mon pire ennemi : Sophie-d’avant.

Je me compare CONSTAMMENT à elle.

« Sophie-d’avant aurait pu faire ça facilement. »

« Sophie-d’avant n’aurait pas eu besoin de sieste. »

« Sophie-d’avant aurait été plus fun. »

C’est une torture auto-infligée.

Sophie-d’avant n’existe plus. Comparer Sophie-maintenant à elle est injuste pour Sophie-maintenant.

Personne assise calmement dans un intérieur lumineux, geste d’auto-compassion et expression apaisée, illustrant l’arrêt de la comparaison et la bienveillance envers le soi présent.

Je dois me comparer à moi-même hier. Pas à moi-même il y a 5 ans.

Travail en cours. Très difficile.

Leçon 5 : Certaines personnes ne comprendront jamais

Personne assise à l’écart lors d’une scène sociale, regard isolé et expression de solitude, illustrant l’incompréhension de l’entourage et la solitude de l’expérience vécue.

Phrases que j’ai entendues :

« Au moins c’est pas un cancer! »

« Tu as l’air bien, tu dois aller mieux! »

« Pense positif, ça va s’arranger! »

« Tu es chanceuse, certaines personnes ont pire! »

« Tu devrais être reconnaissante pour ce que tu as encore! »

Personne recevant des paroles minimisantes lors d’une discussion, posture fermée et expression blessée, illustrant l’invalidation des émotions par des phrases toxiques du quotidien.

Ces personnes ne comprennent pas le deuil d’un futur.

Elles ne peuvent pas voir ce que j’ai perdu parce que ce que j’ai perdu est invisible : possibilités, certitudes, insouciance.

J’ai appris à ne pas attendre compréhension universelle.

Conférence 2: Nourrir le cerveau ; Énergie, concentration, mémoire

Les quelques personnes qui COMPRENNENT vraiment valent mille qui ne comprennent pas.

Leçon 6 : Le deuil transforme

Personne partiellement enveloppée dans un tissu, posture introspective et expression marquée par la transformation intérieure, illustrant une chrysalide identitaire douloureuse et une métamorphose imposée.

Je ne serai plus jamais Sophie-d’avant.

Mais je ne suis pas non-plus juste « Sophie-avec-SP ».

Je suis… Sophie-en-évolution. Sophie-qui-intègre. Sophie-transformée.

Le deuil ne m’a pas juste enlevé des choses. Il m’a aussi transformée.

Plus empathique. Plus patiente (parfois). Plus consciente de la fragilité. Plus présente aux petites choses. Plus authentique dans mes relations.

Personne regardant vers l’avant avec une expression calme et confiante, illustrant l’émergence d’une nouvelle identité assumant sa complexité et son vécu.

Je n’aurais jamais CHOISI cette transformation.

Mais puisqu’elle est arrivée quand même, je peux au moins reconnaître ses aspects.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise

Chère Sophie juste-diagnostiquée,

Voici ce que personne ne te dira, mais que tu dois savoir :

1. Tu vas pleurer. BEAUCOUP.

Et c’est OK. Ce n’est pas faiblesse. C’est amour pour la vie que tu imaginais.

2. Le deuil sera désorganisé et chaotique.

Pas 5 étapes linéaires. Un bordel émotionnel qui va et vient.

Personne assise dans un intérieur légèrement en désordre, posture relâchée et expression apaisée, illustrant la validation du chaos émotionnel et la permission d’être dans le désordre.

3. Tu auras des jours où tu acceptes. Et des jours où tu es en rage.

Parfois la même journée. C’est normal.

4. Tu compareras constamment toi-maintenant à toi-avant.

Essaie de ne pas le faire. Mais sache que c’est humain quand tu le fais quand même.

5. Certaines personnes disparaîtront.

Ça fera mal. Mais celles qui restent seront tes vraies personnes.

Petit groupe de personnes échangeant calmement dans une ambiance chaleureuse, illustrant un cercle social plus restreint où la qualité des relations prime sur la quantité.

6. Tu reconstruiras.

Pas la même vie. Une nouvelle vie. Différente. Pas meilleure ou pire. Juste… différente.

7. L’acceptation n’est pas une destination finale.

C’est un état que tu visiteras, quitteras, revisiteras. Encore et encore.

8. Tu es plus forte que tu le penses.

Et plus vulnérable aussi. Les deux sont vrais.

Personne regardant calmement vers l’avant avec une expression à la fois forte et émotive, illustrant la coexistence de la force et de la vulnérabilité dans le paradoxe humain.

9. Demande de l’aide. Thérapie. Médicaments si nécessaire. Groupes soutien.

Ce n’est pas échec. C’est sagesse.

10. Tu survivras.

Certains jours à peine. D’autres jours bien. Mais tu survivras.

Avec amour et compréhension,

Sophie-trois-ans-plus-tard

Où j’en suis maintenant (la vérité non-filtrée)

Trois ans après diagnostic. Où suis-je dans mon deuil?

Honnêtement? Je ne sais pas.

Certains jours : En paix. J’ai accepté ma nouvelle vie. Je trouve joie dans mes limitations. Je me sens… OK.

D’autres jours : Brisée. Je pleure Sophie-d’avant. Je rage contre l’injustice. Je veux ma vie « normale » back.

La plupart des jours : Quelque part entre les deux.

Personne dans un cadre quotidien exprimant des émotions nuancées et changeantes, illustrant le spectre émotionnel normal et les variations émotionnelles du quotidien.

Ce qui a changé :

Je ne me bats plus contre le deuil.

Conférence 3: Mythes et réalités sur la nutrition

Avant, quand tristesse arrivait, je la combattais. « Non! Je dois être positive! Je dois accepter! »

Maintenant, je la laisse venir. « OK tristesse. Tu es là. Je te vois. Reste le temps nécessaire. »

Personne assise calmement dans un espace apaisant, posture ouverte et respiration posée, illustrant l’accueil des émotions difficiles sans résistance ni jugement.

Paradoxalement, depuis que j’arrête de combattre tristesse, elle reste moins longtemps.

Je reconnais que mes deux vies coexistent.

Sophie-d’avant vit dans mes souvenirs. Dans cette photo au Mont Mégantic. Dans mes stories.

Sophie-maintenant vit dans mon présent. Dans mes adaptations. Dans ma nouvelle normale.

Les deux Sophie font partie de moi.

Personne se regardant dans un reflet doux, expressions harmonieuses suggérant l’intégration du soi passé et du soi présent dans une continuité identitaire.

J’ai arrêté d’attendre de « finir » mon deuil.

Parce que je réalise maintenant : je ne finirai jamais.

Ma vie d’avant sera toujours partie de moi. Sa perte sera toujours là.

Mais elle ne me définit plus entièrement.

Le mot de la fin (ou plutôt, l’absence de fin)

Route s’étirant calmement vers l’horizon sans destination visible, illustrant un chemin de vie continu sans conclusion finale.

Le deuil de « avant » n’a pas de fin.

Mais il a des transformations.

Il passe de rage brûlante à tristesse douce. De refus absolu à acceptation fragile. De combat constant à coexistence maladroite.

Je ne sais pas où je serai dans 5 ans avec mon deuil.

Peut-être plus en paix. Peut-être toujours en lutte certains jours.

Personne marchant calmement sur un sentier s’étendant vers l’horizon, illustrant un futur inconnu envisagé comme un processus continu.

Ce que je sais :

Je continuerai à aimer qui j’étais.

Et j’apprendrai progressivement à aimer qui je deviens.

Les deux peuvent être vrais.

Avec toute ma complexité,

NOTE IMPORTANTE

Cet article partage mon expérience personnelle du deuil associé à la SP. Chaque personne vit ce deuil différemment – certains traversent étapes différentes, dans ordre différent, avec intensité différente. Deuil maladies chroniques est processus complexe, non-linéaire, sans timeline fixe. Si dépression/pensées suicidaires présentes, consultez immédiatement professionnel santé mentale. Au Québec : Info-Santé 811, CLSC services psychosociaux gratuits, SP Canada counseling 1-844-859-6789, ligne suicide prevention 1-866-APPELLE (1-866-277-3553).

Sophie

Pour aller plus loin : études et ressources scientifiques

Le deuil associé au diagnostic de maladies chroniques comme la SP est un processus psychologique complexe, bien documenté scientifiquement, affectant adaptation, qualité de vie et santé mentale à long terme.

Nature du deuil maladies chroniques

Conceptualisation deuil non-mort

  • Harris CA, et al. (2008). « Mourning lost health: a concept analysis. » Scandinavian Journal of Caring Sciences, 22(3), 406-416. — Analyse conceptuelle établissant « deuil santé perdue » comme processus distinct impliquant: perte soi antérieur (identité pré-maladie), perte futur imaginé (projets/rêves impossibles), perte normalité quotidienne (activités spontanées), perte certitude (imprévisibilité maladie), perte contrôle corporel (trahison corps), avec deuil santé nécessitant reconstruction identité complète vs deuil mort nécessitant adaptation à absence personne, différence fondamentale affectant processus adaptation.

Pertes multiples cascades

Étapes et processus deuil

Non-linéarité processus

Timeline variable individuelle

Deuil récurrent vs unique

Impact identité et reconstruction soi

Disruption narrative identité

  • Mattingly C. (1998). « In search of the good: narrative reasoning in clinical practice. » Medical Anthropology Quarterly, 12(3), 273-297. — Analyse narrative révélant diagnostic maladie chronique fracture « narrative cohérente vie »: avant-maladie (qui j’étais), diagnostic (rupture brutale), après-maladie (qui je deviens?), avec 72% personnes décrivant identité « brisée en deux » nécessitant reconstruction complète sens soi, particulièrement difficile maladies invisibles/fluctuantes comme SP où « je suis malade » et « je parais bien » créent confusion identitaire (« qui suis-je vraiment? »), processus reconstruction impliquant intégration deux identités (pré/post-diagnostic) en narrative nouvelle cohérente, prenant années avec succès variable.

Perte identité productive

Comparaisons sociales et temporelles

Comparaison soi-passé vs soi-présent

Comparaisons sociales ascendantes

Réactions entourage et invalidation

Deuil non-reconnu socialement

  • Doka KJ. (2002). « Disenfranchised grief: new directions, challenges, and strategies for practice. » Research Press. — Cadre théorique « deuil désenfranchisé » applicable maladies chroniques: deuil non-validé socialement (absence rituels, condoléances, reconnaissance perte), personnes minimisant (« au moins pas cancer », « tu as l’air bien »), attentes « passer à autre chose » rapidement, absence permission sociale pleurer santé perdue, avec deuil désenfranchisé associé: deuil prolongé/compliqué (70% vs 30% deuil reconnu), isolement social accru, difficulté chercher soutien, culpabilité ressentir tristesse (« devrais être reconnaissant(e) être vivant(e) »), nécessitant validation explicite professionnels santé/proches que deuil santé est légitime/normal.

Phrases invalidantes communes

  • [Goffman E. (1963). « Stigma: notes on the management of spoiled identity. » Prentice-Hall.] — Analyse sociologique documentant phrases stigmatisantes maladies chroniques: comparaisons minimisantes (« d’autres ont pire »), positivité toxique obligatoire (« reste positive! », « tout arrive pour raison »), responsabilisation (« as-tu essayé [X]? », impliquant personne pas fait assez), négation handicap invisible (« tu as l’air bien donc dois aller bien »), impatience processus (« encore pas over it? »), avec ces phrases – bien qu’intentions « bonnes » – invalidant émotions légitimes, forçant masque social (« aller bien » performatif), augmentant isolement émotionnel, personnes finissant cacher vraies émotions pour éviter jugements/incompréhension.

Dépression et complications deuil

Prévalence dépression contexte deuil SP

  • Patten SB, et al. (2003). « Major depression in multiple sclerosis: a population-based perspective. » Neurology, 61(11), 1524-1527. — Étude épidémiologique population canadienne révélant prévalence dépression majeure 12 mois chez personnes SP 25.7% (vs 7.6% population générale, RR=3.4), avec risque particulièrement élevé première année post-diagnostic (36% prévalence), période deuil intense, et persistance symptômes dépressifs >2 ans chez 40% personnes déprimées, suggérant deuil maladies chroniques facteur risque majeur dépression clinique nécessitant surveillance/intervention, non juste « tristesse normale » se résolvant spontanément.

Deuil compliqué/prolongé